Faute de soutien financier des studios de cinéma, le réalisateur franco-algérien Jean-Pierre Lledo en appelle à la générosité des spectateurs pour mener à bien son nouveau projet. Le réalisateur d' »Un rêve algérien » veut s’attaquer à la « force des préjugés » des Algériens contre les juifs dans son nouveau documentaire « Alger-Jérusalem : voyage dans le tabou ».

Dans le milieu du film documentaire, on ne présente plus Jean-Pierre Lledo. A 66 ans, le réalisateur franco-algérien né à Tlemcen, a été plusieurs fois salué par la critique pour ses long-métrages sur le pays de son enfance. Malgré un cv impressionnant, l’auteur d' »Un rêve algérien », qui revient sur la trajectoire du journaliste engagé Henri Alleg, est aujourd’hui dans l’incapacité de trouver un financement pour son prochain film.

Un sujet polémique

Les producteurs de cinéma sont frileux, cette fois, car Jean-Pierre Lledo veut s’attaquer de front à un tabou, qui gangrène la société algérienne : la relation tumultueuse qu’entretiennent les Algériens et  avec Israël et de façon général la communauté juive. Jean-Pierre Lledo, issue d’une famille juive, confie nouer lui-même un rapport compliqué et complexe avec ce pays. « Ayant moi-même occulté Israël durant près de 50 ans, je suis assez bien placé pour affirmer que nous assistons à une des plus vastes entreprises de judéophobie jamais conçue par l’humanité. Délégitimer un des plus anciens peuples du monde, tenter de le déposséder d’une histoire plusieurs fois millénaire et de son propre etat, voire de le déraciner à nouveau de sa terre, équivaut à une nouvelle shoah. Celle-là visait à détruire physiquement un peuple entier. Celle-ci à le détruire symboliquement, dans son âme », considère-t-il.

Dans une vidéo diffusée le 26 décembre dernier, sur la plateforme Youtube, le cinéaste explique que pour la première fois de sa carrière il fait face à tel silence de la part des producteurs de cinéma, d’Algérie, de France et d’ailleurs, en raison du sujet délicat, voire polémique, qu’il a choisi de traiter : « J’ai avant trouvé aisément des financements. Ce qui n’est pas le cas pour ce film malheureusement », regrette-t-il. Les investisseurs privés comme les fondations publiques, personne ne mise sur « Alger-Jérusalem : voyage dans le tabou ». « Toutes les portes des fondations publiques m’ont été fermées. Le CNC (Centre national de la cinématographie française) a trouvé qu’il « manquait d’universalité »! Ce qui n’est d’ailleurs pas faux : ne pas agonir Israël, par les temps qui courent, est particularisme », écrit-il sur la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank.

10.000 euros de dons

Car, déterminé à mener son projet jusqu’au bout, Jean-Pierre Lledo, exilé d’Algérie depuis 1993, s’en remet à la générosité des internautes, en ayant recours au crowdfunding. Comprendre le financement participatif. Les internautes sont appelés à participer au financement, à leur échelle, d’un projet en faisant une promesse de don. Le cinéaste franco-algérien, menacé de mort par les terroristes, demande aux particuliers de contribuer au financement de son prochain documentaire à hauteur de 10.000 euros, espérant compléter grâce à un mécène le reste du budget, estimé à 100.000 euros au total. L’appel au don étant ouvert durant 3 mois sur le site de KissKissBankBank, les intéressés ont jusqu’au 3 mars, soit encore 65 jours, pour se manifester. Si la totalité de la somme n’est pas rassemblée à temps, les promesses de dons seront annulées et les donateurs ne seront pas facturés. A ce jour, 47 « Kisskissbankers » ont apporté leur soutien à Jean-Pierre Lledo, promettant de lui donner 4.407 euros. Soi quasiment la moitié de la mise.

Bien que la réalisation de « Alger-Jérusalem : voyage dans le tabou » soit compromise, faute de financement, le réalisateur de Algérie, mes fantômes a déjà reçu le soutien de Ziva Postec, la chef-monteuse de « Shoah » de Claude Lanzmann, ainsi que celui d’un exploitant de salle de cinéma en France, qui veut diffuser le film dans la vingtaine de salles qu’il gère.

VIDEO. L’appel de Jean-Pierre Lledo aux susceptibles donateurs :

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