Comme un certain Valéry Giscard d’Estaing, qui avait déclaré en 1974 sur sa conquête du Palais de l’Elysée: « c’est la rencontre d’un homme avec son destin », Ahmed Ouyahia, l’ancien Premier ministre, voit son destin se rapprocher de plus en plus du Palais d’El Mouradia. 

Plusieurs sources concordantes et proches du sérail ainsi que de l’entourage de l’ancien homme fort du RND, nous ont confié que les décideurs du régime algérien étudient sérieusement la « solution » Ahmed Ouyahia pour résoudre la succession d’Abdelaziz Bouteflika. En effet, nos sources affirment à ce propos que celui qui fut plusieurs fois ministre et Chef de gouvernement mutliplie ces dernières semaines les rencontres et les contacts avec de nombreux acteurs militaires et politiques dont des émissaires de la Présidence de la République et des conseillers d’Abdelaziz Bouteflika. Au cours de ces discussions, Ahmed Ouyahia a reçu des propositions qualifiées d' »alléchantes » par nos sources.

Ahmed Ouyahia bénéficie clairement de la confiance des hauts gradés de l’armée et des renseignements algériens. Il est présenté également comme le seul politicien de l’heure qui dispose de toutes les qualités intellectuelles nécessaires pour diriger l’Etat algérien en période de transition. Homme fort du « courant éradicateur », apprécié par les technocrates et respecté par les partenaires étrangers de l’Algérie, notamment la France et les Etats-Unis, Ahmed Ouyahia a l’étoffe d’un potentiel successeur d’Abdelaziz Bouteflika. Le retour en force de ses partisans au RND, après avoir été écartés durant de longs mois, a été perçu comme un signe avant-coureur qui ne trompe pas. Mais selon nos sources, avec Ahmed Ouyahia, le régime et les tenants du clan présidentiel négocient en ce moment un arrangement qui donnera naissance à un scénario bien huilé.

Ce scénario consiste en premier lieu à convaincre Ahmed Ouyahia de diriger la campagne électorale d’Abdelaziz Bouteflika qui briguera ainsi un 4e mandat. Mais en échange, Ahmed Ouyahia sera désigné juste après les résultats des élections présidentielles, et au lendemain de l’amendement de la Constitution,  Vice-Président de la République Algérienne. Ce poste lui donnera le précieux avantage de se positionner définitivement comme étant l’homme qui succèdera à Bouteflika dès que ce dernier présente le moindre signe de faiblesse. En clair, à la mort d’Abdelaziz Bouteflika au cours de son 4e mandat, Ahmed Ouyahia deviendra le Président des Algériens sans passer par aucun scrutin immédiat. Pour l’heure, ce scénario n’a pas été officiellement adopté, mais tout indique qu’il est en cours de connaître une issue favorable car Ahmed Ouyahia dégage un véritable consensus autour de sa personne.

Son expérience au service de l’Etat, sa proximité avec les différents cercles composant l’ossature du régime algérien, et sa réputation de « bosseur » et d’homme « au poing de fer » lui confère une avance considérable sur tous les autres prétendants à un plan B dans la succession d’Abdelaziz Bouteflika à l’image d’Abdelaziz Belkhadem, l’ancien secrétaire général du FLN qui affiche aussi ces derniers jours ses ambitions. Toutefois, personne ne semble pouvoir peser aussi fortement sur les cours des évènements qu’un certain Ahmed Ouyahia. En prenant place dans le staff de campagne d’Abdelaziz Bouteflika, même si les deux hommes ne s’apprécient pas beaucoup, mais en politique il n’y a pas de place aux sentiments, Ahmed Ouyahia pourrait imposer son nom en tête de liste pour le futur poste de Vice-Président. Et rien ne vaut un tel poste pour se rapprocher sérieusement du trône du Palais d’El Mouradia.