Lu sur France Football

Paraît que c’est toujours la même rengaine avec les Algériens, Marocains et Tunisiens. Ça ne lâche pas le ballon, ça caresse le cuir de manière passionnelle sans penser aux autres. Pire encore, ça préfère le petit pont à l’efficacité devant le but. Régaler la galerie compose l’ADN de ces artistes parfois incompris…C’est vrai, mais pas seulement. Profitons ensemble de cet espace pour aller plus loin pour analyser, décrypter et découvrir la richesse du football maghrébin. Terre qui respire le ballon rond.

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13 juillet 2014, stade du Maracana. Surréaliste, incroyable, effarant, génial… L'Algérie est championne du monde. Devant le regard médusé de Brésiliens, surclassés en finale par les Fennecs (2-0, doublé d’Islam Slimani), le capitaine Madgid Bougherra soulève la trophée dans une joie indescriptible. Derrière cet exploit insensé, le plus grand de l’histoire du football, l’ombre d’un homme, toujours aussi discret et humble, Zinedine Zidane. Arrivé à la tête de la sélection algérienne en mai dernier, il a transformé les Verts en véritable machine de guerre. Son prédécesseur, Vahid Halilhozdic n’a pas résisté à la tempête médiatique qui l’a balayé. Maudit, l’ancien coach du PSG s’est fait surprendre par la presse algérienne en train de fumer la chicha à Marrakech, au Monte Cristo, avec le roi du Maroc. En catimini, le Bosnien négociait sa future prise en main des Lions de l’Atlas pour la CAN 2015, organisée au Royaume. Vécue comme une trahison en Algérie, l’affaire a brisé son rêve de diriger les Fennecs à la Coupe du monde. Après les charges unanimes du Buteur, Compétition, dzfoot, 123algeriasport.com, Halilhodzic démissionne. Pour la fédération algérienne, l’heure est grave. Que faire ? Rabah Saadane est ok pour reprendre du service, mais à la condition que Karim Ziani soit de retour avec les pleins pouvoirs sur le terrain dont celui de ne pas faire de passes à ses copains… Réelu pour un quatrième mandat, Abdelaziz Bouteflika himself refuse.

C’est finalement un sondage organisé par la page de l’Équipe Nationale Algérienne sur Facebook qui a provoqué le déclic. Les internautes algériens plébiscitent Zizou. Mandaté par Mohamed Raouraoua, Nourredine Kourichi, adjoint de Vahid et ancien grand défenseur des Verts dans les années 80, contacte la star du Mondial 98, désormais apprenti entraîneur au Real. Le rendez-vous est pris. Les deux hommes se voient aux Quatre Frères, restaurant algérien à Belleville. Poli, Zidane refuse l’offre mais finit en revanche son couscous royal. Ce jour là, Mohamed Baya, supporter invétéré des Verts, habitué du stade Tchaker de Blida, organisateur de tournoi à Bagnolet et fan du duo Soudani-Slimani, est dans la place. Le gamin du 93 a tout entendu, le temps de finir ses brochettes sauce samouraï avec son pote Smail Addala, il se rapproche de Zizou pour lui expliquer que le pays a besoin de lui, avec des mots vrais et sincères… Sur un coup de tête, l’ancien meneur de jeu des Bleus accepte. Zidane fait le pari de l’opération commando. Il emmène son équipe dans le complexe gazier d’In Amenas pour un stage avec les forces spéciales algériennes… Aucune négociation n’est possible pour les sorties nocturnes comme pour les étirements.

(La batterie de votre manette numéro 2 est faible, veuillez la reconnecter).

Au premier tour de la compétition, l'Algérie est la grande révélation. Mais personne ne se doute encore que cette équipe est taillée pour aller au bout… Face aux Belges, les Verts créent la surprise grâce à un but de Feghouli dans les arrêts de jeu. La Corée du Sud perd son jeu et le nord contre El-Khedra, les Algériens s’imposent 4-0 avec un triplé de Soudani. Déjà qualifié, Zidane gère son effectif. Les coiffeurs renforcés par Taider, en mode Taxi Driver, font le boulot en battant la Russie de Capello (1-0, but de Abdelmoumen Djabou, le Messi algérien). En huitième de finale, 32 ans après la victoire historique de la bande de Rabah Madjer à Gijon (2-1), l’Allemagne chute de nouveau. Sur un corner, Madjid Bougherra domine Jérôme Boateng et place une tête puissante (1-0). Déroutant de facilité, Yacine Brahimi, placé en meneur de jeu, en fait voir de toutes les couleurs à Philipp Lahm et Bastian Schweinsteiger. En quart de finale, l’Algérie et la France ont rendez-vous pour le premier match officiel de leur histoire. Les Verts l’emportent sur un penalty litigieux. En réalisant une Panenka, Sofiane Feghouli rend hommage à Zizou, son mentor. La fin de rencontre est mouvementée. Samir Nasri craque et assène un coup de boule à Essaid Belkalem. Le roc kabyle ne bouge pas d’un iota sur l’impact.

En demi-finale, l’Espagne est dépassée techniquement par la vista de Boudebouz, Brahimi et Feghouli. Les champions du monde en titre s’arrêtent là (2-0, Boudebouz et Brahimi). Iniesta et Xavi, subjugués par les Verts, coursent Mostefa dans les vestiaires pour récupérer le maillot du joueur de l’AC Ajaccio. En finale, Pelé, les yeux rougis devant tant de maestria technique, voit l’Algérie assomer la Seleçao et le monde. La ligne 4 du métro Porte de Clignancourt-Montrouge, est envahie. Le match s’avère une formalité. Thiago Silva est littéralement dépassé par la puissance d’un Islam Slimani, au sommet de son art. En défense le 3-5-2 mis en place par Zidane avec Bougherra, Belkalem et Medjani est tout simplement impressionnant, encore moins perméable que la douane algérienne. Impérial, avec zéro but encaissé lors de ce tournoi, Rais M’bolhi a déjà l’esprit à ses vacances à Dubaï avec Foued Kadir et Faouzi Ghoulam que l’on dit très proche du Real Madrid. Les Fennecs reviennent triomphant, « sains et saufs » du Brésil… Et « c’est déjà beaucoup »!

(Vous pouvez éteindre votre Playstation 4. Bonne année 2014 à tous).