Lu sur El Watan

Qui veut brûler Ghardaïa ? C’est la lancinante question que se posent tous les citoyens de cette ville qui a basculé dans l’horreur de la violence. Rien ne présageait une telle fureur qui vient de faire une autre victime.

«Que M. Sellal dise maintenant à ses représentants de pacotille, qu’il a accueillis avec des gâteaux et des sourires à Djenane El Mithak, de se montrer et d’éteindre l’incendie qui est en train de détruire la région», tonne Mustapha, professeur d’université. Et d’ajouter : «Quand l’Etat comprendra-til que le mal est profond et qu’il nécessite une thérapie de choc ? Le folklore protocolaire n’amènera rien de bon à la région.» Qu’est-ce qui a bien pu se passer ?

Nul n’est en mesure d’avancer la moindre hypothèse sur les raisons qui ont plongé les quartiers de Ghardaïa, l’un après l’autre, dans la violence. Pourtant, la matinée avait bien commencé ; les enfants avaient rejoint comme d’habitude les écoles et les travailleurs leurs postes de travail. Et, d’un coup, c’est la panique générale.

Pour des élèves du lycée de Sidi Abbaz, c’est l’incompréhension. «Nous n’avons rien compris, nous étions en plein cours et, tout d’un coup, comme si quelqu’un avait donné un signal, c’est la panique générale. Nous nous sommes tous enfermés dans nos classes ; nos professeurs ont séparé les deux communautés pour éviter toute confrontation. Tout le monde crie, mais personne ne sait ce qui se passe», raconte Nadia, sous le choc. Sa copine, toute tremblante, ajoute : «C’était préparé et bien planifi é. En un instant, simultanément, toutes les classes ont été prises de panique.

Ce n’est pas un hasard. On a voulu nous opposer violemment les uns aux autres, heureusement que les enseignants et surtout les forces de sécurité sont intervenus très rapidement.» Entre temps, une rumeur se propage : des élèves auraient été agressés dans leur lycée. Alors, de violents affrontements intercommunautaires ont éclaté dans plusieurs quartiers de la ville. Les violences se sont rapidement étendues aux autres quartiers de la commune de Bounoura, Echaâba, Sidi Abbaz et Ezzouil.

Des affrontements opposent les jeunes des deux communautés. Les violences font tache d’huile, atteignant la commune de Ghardaïa. Dans le quartier populaire de Theniet El Makhzen, des jeunes ont gravi la colline pour affronter les Mozabites de Oudjoudjen et Tafi lelt dans le ksar de Beni Izguen. Même la 1re sûreté urbaine du quartier Chaâbet Ennichène fait l’objet d’une attaque à coups de cocktails Molotov et de pierres.

Mais les pires violences se sont déroulées à 10 km au nord de Ghardaïa, entre le périmètre agricole Laâdhira et la palmeraie Touzzouz, dans la daïra de Dhaïa Ben Dahoua, où l’on a malheureusement enregistré deux morts. «Voilà, maintenant que ça a dégénéré dans toute la vallée et que le sang a coulé, M. Sellal peut-il continuer à déclarer qu’il n’y a aucun problème à Ghardaïa ? Adopter la politique de l’autruche mène à la catastrophe.

Prier c’est bien, c’est facile, nous prions tous, nous sommes tous musulmans, mais assumer ses responsabilités, c’est encore mieux», vocifère Abdennour sous les détonations des grenades lacrymogènes et de tirs de balles en caoutchouc. Nadir, lui, assène : «L’Etat est responsable de tout ce qui se passe dans cette vallée. Il est en possession de renseignements sur tous les responsables de ces événements et ne fait rien pour arrêter l’effusion de sang.» Alors que l’on essaye de s’entendre sous les explosions des grenades lacrymogènes, un jeune s’affale à quelques mètres devant nous, touché en pleine tête par une balle en caoutchouc.

Il est rapidement évacué par ses amis. Sa blessure semble sérieuse, il est inconscient. Plus de 100 blessés, dont une vingtaine de policiers, sont dénombrés alors que 12 arrestations ont été opérées par les forces de police. L’on nous signale quatre maisons incendiées dans le quartier Chaâbet Ennichène, trois à Sidi Abbaz et huit à Hadj Messaoud.

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