La Tunisie doit adopter sa nouvelle Constitution ce dimanche. Mais le pays peine toujours à former un gouvernement, dans lequel pourrait figurer René Trabelsi, un homme d’affaire juif, au poste de ministre du Tourisme.

On avait cru la Tunisie sortie d’affaire, ayant trouvé une issue de secours à la crise politique que traverse le pays depuis l’assassinat du député d’opposition Mohamed Brahmi, il y a six mois. Mais coup de tonnerre dans la nuit du samedi au dimanche, Mehdi Jomaâ, le ministre de l’Industrie chargé de former un gouvernement apolitique, a reconnu son échec au bout d’un long suspense. Plusieurs fois reportée au cours de la journée de samedi, la rencontre entre Mehdi Jomaâ et le Président Moncef Marzouki pour sceller la liste des ministres composant le nouveau gouvernement n’a finalement pas eu lieu. Et le ministre de l’Intérieur est apparu en public, tard dans la soirée, quelques minutes avant la date butoir, pour annoncer que les différentes formations politiques du pays ne sont pas parvenues à un consensus sur la répartition des portefeuilles. « Nous ne sommes pas loin de la solution, nous continuons encore les concertations […] Peut-être que je serai chargé (de nouveau de former un cabinet), peut-être que ce sera une autre personne », a déclaré Mehdi Jomaâ, désigné par la classe politique en décembre, après le départ des islamistes d’Ennahda, pour diriger un cabinet d’indépendants pour conduire la Tunisie vers des élections législative et présidentielle, prévues au cours de l’année 2014. Le ministre de l’Industrie a tenté de minimiser cet échec : ce n’est qu’une « difficulté parmi d’autres » et « ce n’est pas un échec pour le dialogue national », a-t-il soutenu, lors de son point presse, samedi soir.

Les consultations entre mouvements politiques n’ont donc pas porté leurs fruits. Principal point litigieux : l’identité du ministre de l’Intérieur. Les forces politiques tunisiennes ne s’entendent pas sur un nom. D’un côté, les islamistes et Mehdi Jomaâ militent pour le maintien de Lotfi Ben Jeddou, en poste depuis mars 2013, tandis que de l’autre des responsables politiques exigent son départ car ce dernier était en fonction au moment de l’assassinat du député Mohamed Brahmi, en juillet dernier.

« Pas un Tunisien à part entière »

Un autre potentiel candidat à l’entrée dans le nouveau gouvernement tunisien a suscité la polémique. Il s’agit de René Trabelsi, fils du président de la communauté juive de Djerba, Perez Trabelsi. Le directeur général de Royal First Travel, tour-opérateur français spécialisé dans la destination Tunisie, était pressenti pour s’occuper du tourisme, un secteur en difficulté trois ans après la révolution. René Trabelsi aurait été le deuxième Tunisien de confession juive à occuper une fonction ministérielle, après André Baruch, ministre sous Bourguiba. Mais une campagne hostile à sa désignation a gagné la Tunisie en janvier. Ses adversaires ne remettaient pas en cause ses compétences mais estimaient que « sa confession juive n’en fait pas un Tunisien à part entière ». Sous la pression populaire, Mehdi Jomaâ a cédé, préférant Mounir Sahli, patron d’un hôtel à Djerba, à René Trabelsi.

Finalement, ni l’un ni l’autre ne siégera dans le nouveau gouvernement. Et selon la législation en vigueur, « en cas d’échec de la formation du gouvernement (…) le président de la République, après concertation avec les partis, les coalitions et groupes de l’Assemblée, désigne la personnalité la plus apte de former un gouvernement ». Dans la foulée de l’annonce de l’échec de la formation d’un nouveau gouvernement, l’ex-Premier ministre islamiste, Ali Larayedh, a été nommé nouveau ministre chargé de composer un cabinet de consensus.

La constitution achevée

Si la transition post-révolutionnaire de la Tunisie connaît là un nouveau contre-temps, dans le domaine politique, il faut admettre qu’elle a aussi enregistré une accélération notable sur le plan constitutionnel. Ce dimanche, la Tunisie doit effectivement se doter d’une Constitution. Un peu plus de trois ans après le déclenchement de la révolution, l’Assemblée nationale constituante (ANC) a achevé l’examen du texte constitutionnel, après un mois de débats houleux

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