Abdou-Semmar1L’alternative. Voici un mot que très peu d’Algériens connaissent. L’alternative, un concept difficile à imaginer, à penser et à appliquer dans notre pays où les réactions épidermiques prennent toujours le pas sur la réflexion critique.

L’insulte, la moquerie, l’ironie, la plaisanterie, tout sauf l’analyse sérieuse et rationnelle. L’indignation généralisée, l’exaspération publique, tout sauf la mobilisation pour une cause bien définie avec un programme clair et écrit noir sur blanc. Le changement, en Algérie tout le monde le désire. Petits ou grands, jeunes ou adultes. Mais qui le pense ? Qui ose le concrétiser ? Qui ose l’incarner dans la réalité ? Qui ose sortir dans la rue pour convaincre les Algériens de réclamer ce changement tant désiré ?

Personne. Ou presque personne. Pourquoi ? Parce qu’en Algérie, il n’y qu’une rue et un pouvoir. Les feux se font face, s’opposent, se chamaillent et se réconcilient. Presqu’aucune passerelle n’existe entre la rue, la population et le Pouvoir, l’armée, l’Etat. Cette passerelle s’appelait naguère l’élite. Mais cette élite est démissionnaire. N’existe plus. Une infime partie d’entre elle subsiste encore. Socialement surtout et rarement intellectuellement. Cette petite élite n’a qu’un seul leitmotiv : le Non. Non à tout. Non à tout ce qui bouge. Non au 4e mandat. Non au pouvoir. Non à l’armée. Non au DRS. Et non au reste. Mais construit-on un autre pays avec un simple non verbal et colérique ?

Assurément non ! Les Algériens d’en bas, ceux qui souffrent de l’exclusion sociale, des maux sociaux, de la précarité, de l’injustice, la hogra et le sous-développement, ces Algériens qui vivent loin d’Alger et ses équipements publics, ont besoin de beaucoup plus qu’un non. Ces Algériens pour les rassembler dans les places publiques, les cours ou les rues, ont besoin de beaucoup plus qu’un simple non. Le non ne suffit pas à redonner de l’espoir, à recréer une dynamique dans une société anesthésiée par un régime aux facettes multiples, mais les unes aussi diaboliques que les autres.

Et ben oui, nous avons beaucoup besoin d’une autre chanson que le non populaire et stérile. Nous avons besoin d’un sérieux oui au changement. Un oui volontaire à la mobilisation et à la contestation utile. Un oui aux idées nouvelles, aux notions novatrices, un oui pour le courage d’enfreindre les règles du fatalisme défaitiste.

Cela passe nécessairement, et d’abord, par le rejet des feux facettes du régime algérien. S’opposer au 4e mandat sans remettre en cause le pouvoir d’influence de l’establishment militaire, est une niaiserie excentrique. S’opposer à Abdelaziz Bouteflika en épargnant les décideurs de l’ombre et la toute puissante sécuritaire du DRS, est une malhonnêteté impardonnable. S’opposer à une seule facette et ménager l’autre, ce n’est guère du changement. C’est uniquement de la reculade. Participer à une élection présidentielle pour se retirer ensuite par peur d’affronter le Président sortant est aussi un contre-sens politique. On craint quoi ? La fraude ? Que ces boycotteurs se retroussent les manches et investissent les places publiques pour dénoncer et condamner cette fraude. On craint quoi ? La partialité des médias ? Que ces opposants manifestent courageusement devant les sièges de l’ENTV, la maison de la presse et autres pour arracher leurs droits.

On craint quoi ? La répression policière ? Y-a-t-il un changement qui peut s’opérer par la dégustation d’un gâteau mielleux dans un salon de thé confortable ? On craint quoi ? L’émeute et l’incivisme ? Que ces partisans du changement partent à la rencontre de nos jeunes désœuvrés et frustrés pour leur inculquer les bases de la manifestation pacifique, les vertus de la contestation non-violente. On ne change jamais un pays en restant dans un bar à noyer sa colère dans un verre de whisky tout en diffusant des communiqués incendiaires. On ne change pas un pays en restant prier 5 fois par jours dans une moquée et en attendant que le grand Allah exauce nos vœux. On ne change pas un pays en disant non à tout, et en ne proposant rien en retour. Vous dites que Bouteflika est mauvais. Ok. Vous dites que vous valez mieux que lui. Vous dites que vous pouvez apporter beaucoup plus à l’Algérie que ce vieil homme. Mais alors prouvez-le ou taisez-vous à jamais…