Depuis plusieurs jours, c’est le sujet qui défraie la chronique. C’est le sujet qui alimente les discussions et suscitent les débats les plus vifs. A deux mois de l’élection présidentielle, les Algériens découvrent avec stupeur que deux clans de leur régime se déchirent publiquement et se battent ouvertement dans les médias. Mais cette guerre rime à quoi ? Cherche-t-on réellement à faire barrage au 4e mandat de Bouteflika ou s’agit-il que d’une gueguerre médiatique destinée à détourner l’attention de l’opinion publique ?

La question se pose, en tout cas, très sérieusement à la lumière de toutes les informations que nous recevons chaque jour de ces chapelles médiatiques. Un tel général arrêté, un autre suspendu et mis à la retraite, le général Toufik accusé publiquement par le patron du FLN, Amar Saïdani, des retraités de l’armée qui réclament l’internement du secrétaire général du FLN, des quotidiens nationaux qui défendent le DRS et cautionne ses actions, d’autres qui appellent au triomphe de Bouteflika, etc., les Algériens vivent au rythme d’un véritable feuilleton médiatique aux multiples rebondissements. Le parfum sulfureux de ces scandales qui n’en finissent jamais commence, néanmoins, à lasser nos concitoyens. Des scandales qui éclatent au vu et au su des autorités politiques sans que cela n’émeuvent ni notre justice ni nos institutions républicaines dont le silence mystérieux est encore plus impressionnant que toutes ces slaves dénonciatrices lancées par les uns et les autres.

Le ministère de la Justice n’a commandé aucune enquête judiciaire pour démêler le vrai du faux dans les graves accusations colportées par Amar Saïdani. Il aura fallu aussi que ce dernier attaque le général Toufik pour que l’ancien ministre de la Justice, Mohamed Charfi, nous révèle qu’il a  été démis de ses fonctions parce qu’il a refusé de secourir Chakib Khelil dans le scande Sonatrach. Nos juges, grassement payés, ont une nouvelle fois montré les limites de leur courage en refusant de convoquer Saïdani pour étudier les informations dont il dispose à propos des activités illégales du DRS.

Pour sa part, le ministère de la Défense Nationale, le ministère le plus budgétivore de notre histoire, n’a fait aucun communiqué pour expliquer le moindre fait rapporté là et ici concernant ses hauts gradés. Aucune déclaration publique ni explication fournie ni de mise au point. Rien, absolument rien ! Ce ministère qui est censé, pourtant, veiller sur la crédibilité de l’armée nationale populaire ne réagi à aucune de ces informations et laisse la polémique enfler. Pourquoi un tel mutisme alors qu’auparavant le ministère de la Défense était prompt à menacer les journalistes de poursuites judiciaires ? A-t-il reçu des directives lui indiquant de ne pas réagir ou sait-il que toutes ces informations n’ont pas de fondement ?

Quelque soit la réponse, cette attitude remet en cause cette soi-disant guerre de clan qui amuse la galerie en Algérie et nous éloigne des véritables enjeux de l’élection présidentielle d’avril prochain. L’alternative au chômage de masse, la répartition des richesses nationales, la réforme de la justice, la lutte contre les inégalités, toutes ces questions, et d’autres encore, qui sont chères aux Algériens puisqu’elles influencent directement leur quotidien ont été rapidement éludées pour ne se consacrer qu’à cette sale guerre qui oppose un vieux général de 74 ans à un vieux Président de 76 ans ! L’Algérie ne vaut-elle pas mieux que ce spectacle désolant ? Certainement oui…