L’acteur américain Forest Whitaker et Rachid Bouchareb, accompagné d’une partie du casting, ont présenté ce lundi à la presse à Alger leur première collaboration, le film « La Voie de l’ennemi ».

Deux jours après avoir présenté le film au festival international du film de Berlin, la Berlinale, tout le casting du film « La Voie de l’ennemi » (The way of enemy) a fait le voyage ce lundi en Algérie. Au côté du réalisateur Rachid Bouchareb, une brochette d’acteurs époustouflants : l’acteur oscarisé Forest Whitaker, Brenda Blethyn, Luis Guzman et Dolorès Heredia. « Depuis le début, j’attendais ce moment, d’emmener mon équipe en Algérie. Je leur répétais pendant le tournage : « il faut aller en Algérie, il faut aller en Algérie ! » C’est ce moment-ci qui est important, plus important que de présenter le film dans des festivals », se réjouit Rachid Bouchareb, en marge de la présentation à la presse du film, organisée ce lundi à la salle Mouggar d’Alger.

Il est encore trop tôt pour connaître le destin de « La voie de l’ennemi » et de Forest Whitaker à la 64ème Berlinale. Et lorsqu’on lui parle de son absence dans la liste des nominations pour les Oscars 2014 pour son rôle dans « Le Majordome » de Lee Daniels, Forest Whitaker n’en paraît nullement affecté. Car, peu importe les prix et les récompenses, l’acteur a déjà gagné sa place au panthéon des acteurs. Sa filmographie parle pour lui : « Bird », « The Crying game », « Ghost dog » ou dernièrement « Le Majordome », autant de films qui restent « dans l’histoire du cinéma », admire Rachid Bouchareb.

S’il s’agit du premier voyage de l’acteur américain oscarisé, de l’immense Forest Whitaker, en Algérie, les actrices du film ne sont pas en terrain inconnu. L’émotion se lisait sur le visage de Dolorès Heredia, qui a produit un documentaire sur les populations sahraouies et Brenda Blethyn, qui avait déjà accompagné Rachid Bouchareb en Algérie pour présenter « The long river », leur première collaboration. « Déjà à l’aéroport, Dolorès avait les larmes aux yeux et elle m’a remercié de la faire revenir en Algérie », confie Rachid Bouchareb, en regardant tendrement son actrice, assise à ses côtés.

« J’avais envie de travailler avec Forest »

Le dernier long-métrage de Rachid Bouchareb, « La Voie de l’ennemi », raconte l’histoire de William Garnett, un ex-taulard, qui sort de prison après avoir passé les 18 dernières années de sa vie derrière les barreaux pour le meurtre de l’adjoint du shérif de la ville. Converti à l’islam en prison, William tente de trouver la paix intérieur et catalysé sa violence et de se racheter auprès de la société. Mais son insertion s’avère difficile car le shérif et les autres habitants ne sont pas prêts à lui pardonner ses fautes. Co-produit par l’Agence algérienne de rayonnement culturel (AARC), il s’agit d’un remake libre « Two men in town » (« Deux hommes en villes »), réalisé par José Giovanni en 1973, avec Alain Delon et Jean Gabin. Le scénario original a été en partie réécrit par l’écrivain et candidat à la présidentielle Yasmina Khadra.

L'affiche du film "La Voie de l'ennemi" de Rachid Bouchareb avec Forest Whitaker.
L’affiche du film « La Voie de l’ennemi » de Rachid Bouchareb avec Forest Whitaker.

« La Voie de l’ennemi » est avant tout un film d’acteurs. Le cinéaste dit avoir même approché Forest Whitaker « sans idée de sujet ou de film ». « A la base il n’y avait pas de scénario, juste l’envie de travailler avec Forest », confie Rachid Bouchareb, qui dit avoir ensuite composé le reste de son casting avec des acteurs, avec lesquels il rêvait de travailler. « J’ai construit le personnage de William Garnett sur le tempérament de Forest. C’est d’ailleurs pourquoi au début du film le personnage de Forest parle peu. Tout repose sur une interprétation intérieure. C’est comme cela que je l’ai découvert », poursuit Rachid Bouchareb. « Luis Guzman me faisait peur dans ses rôles de méchants. Son interprétation dans le film « L’impasse » au côté de Al Pacino est bluffante », sourit le réalisateur. Si tous les acteurs du film livrent une prestation remarquable, Forest Whitaker crève encore une fois l’écran par la puissance de son jeu et la façon si particulière qu’il a de contenir la violence de son personnage, tout au long du film.

Forest Whitaker, un monstre de travail

Comment fait-il pour être toujours aussi juste dans chacun de ses films ? Un travail de recherches studieux en amont. « J’ai discuté avec un imam à Los Angeles sur la pratique et les traditions de l’islam. Ce n’est pas un cliché : ils nombreux les Afro-Américains à se convertir à l’islam en prison. Ils pensent que c’est un moyen de trouver la paix », confie Forest Whitaker.

Même aux Etats-Unis, le cinéaste franco-algérien garde son identité cinématographique. D’abord, la lenteur caractéristique de ses plans. « J’ai adopté un rythme lent, c’est mon rythme. Je laisse tourner la caméra car j’aime utiliser tout ce qu’ils peuvent m’apporter, au-delà du scénario. Chez moi, un plan peut durer plus de 5 min, ça ne me pose aucun problème. Je ne suis pas là pour raconter un scénario, ce n’est qu’un guide, ce qui compte davantage c’est l’interprétation de cette histoire par mes acteurs », explique-t-il. Ensuite, la photographie et son jeu d’ombres et de lumières. Le film est effectivement riche de plan d’ensemble sur les paysages à couper le souffle de l’Etat aride du Nouveau Mexique, aux Etats-Unis. Comment a-t-il réussi à aussi bien mettre en valeur se décor naturel ? Rachid Bouchareb rend hommage à un ancien collaborateur : « J’ai tout appris du chef opérateur algérien Youcef Sahraoui avec qui j’ai fait 4 films. J’ai appris à filmer les grands espaces à ses côtés. Grâce à lui, passer du désert du Sahara au désert américain, c’est facile et s’il était encore des nôtres, il m’aurait accompagné sur ce tournage ».

Sur le tournage de "La Voie de l'ennemi", Rachid Bouchareb et Forest Whitaker.
Sur le tournage de « La Voie de l’ennemi », Rachid Bouchareb et Forest Whitaker.

Si le thème majeur de « La Voie de l’ennemi » est la rédemption, la question de l’immigration, chère au cinéma de Rachid Bouchareb, est traitée en filigrane. Le dernier long-métrage de Bouchareb évoque effectivement l’entrée clandestine des migrants mexicains aux Etats-Unis, dès les premiers plans du film. Mais pour ses prochains projets, Rachid Bouchareb dit vouloir s’aventurer sur d’autres terrains. « Mes prochains films ne traiteront pas de la question de l’immigration. Je veux m’en éloigner un peu. Mais j’y retournerai dans deux ou trois films », se projette-t-il. 

Le public algérien pourra découvrir « La Voie de l’ennemi » dans les salles à partir du 7 mai prochain, date de la sortie internationale du dernier Rachid Boucahreb.

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