C’est dans la plus grande discrétion que l’Union du Maghreb arabe (UMA) a fêté ses 25 ans, lundi 17 février. Dans l’impasse depuis quasiment sa création en 1989, l’UMA n’a que peu de chance d’être réactivée, estiment nombre d’observateurs des relations maghrébines.

Les Etats du Maghreb ont tenté lundi 17 février d’offrir un visage d’union à Tripoli, à l’occasion des festivités pour le 25ème anniversaire de la création de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Présidées par le Premier ministre libyen, Ali Zeidan, les célébrations ont rassemblé des membres du Congrès national général (Parlement libyen), le secrétaire général de l’UMA, Habib Ben Yahya, et des ministres des affaires étrangères des pays membres de l’union, l’Algérien Ramtane Lamamra, Mohamed Abdel Aziz (Libye), Salaheddine Mezouar (Maroc), Ahmed Ould Teguedi (Mauritanie) et Mongi Hamdi (Tunisie).

Mais ce semblant d’union ne leurre personne pas même les officiels qui ont fait le déplacement jusqu’en Libye. L’UMA se trouve dans un état végétatif depuis quasiment sa création en 1989, de l’aveu même du ministre marocain. « Il est naturel de constater qu’un quart de siècle après l’édification de l’UMA, que celle-ci n’a pas été à la hauteur des aspirations des peuple de la région, ni à celle des défis auxquels nous faisons face », a déploré Salaheddine Mezouar, ajoutant que la communauté internationale « regarde la région en la considérant incapable d’édifier des relations complémentaires, intégrées basées sur une vision unitaire pour l’avenir’.

Sur le papier, le projet de construction d’une union régionale au Maghreb, à l’image des regroupements régionaux en Europe (Union européenne), en Amérique du Nord (Alena) et même en Asie du sud-est (Asean), paraissait séduisant. « Il procédait d’une volonté politique généreuse de créer un espace d’échanges commerciaux, de circulation libre des personnes et des biens et de concertations politiques. Le Maghreb devait alors commencer à parler d’une seule voix et devenir un interlocuteur fort pour les puissances internationales, notamment l’Union européenne et les pays du Golfe. Les dirigeants de l’époque avaient une vision stratégique », rappelle Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la Culture et de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Otage des rivalités algéro-marocaines

Oui mais voilà, 25 ans après sa fondation, l’UMA est restée lettre morte. « Une occasion manquée » sur tous les plans, regrette l’ancien diplomate algérien. Dans le domaine économique, l’intégration des pays membres est inexistante puisque le « commerce interrégional représente moins de 3% des échanges. un chiffre qui contraste avec les 70% du commerce extérieur réalisés avec l’Union européenne », souligne le doctorant en science de gestion à l’université Paris Descartes, El Mehdi Lamrani, dans son article « L’Union du Maghreb ou l’invincible espoir ». Même constat d’échec sur le plan politique étant donné que le Conseil des chefs d’États ne s’est plus réuni depuis 1994 !

Pour Abdelaziz Rahabi, les fondateurs de l’UMA ont commis plusieurs impairs et ce dès la naissance de cette institution régionale. « Ils ont fait une erreur d’appréciation en plaçant le siège de l’UMA à Marrakech. L’union du Maghreb se trouvait alors otage des rivalités entre le Maroc et l’Algérie », estime-t-il, regrettant que la capitale de la Tunisie n’aie pas été choisie. « A l’époque, Tunis abritait le siège de la Ligue arabe, exilée du Caire. Les dirigeants maghrébins ont donc pensé que ce n’était pas possible d’installer le siège de l’UMA à Tunis », regrette-t-il.

Surtout, l’UMA a fini par être rattrapée par les tensions entre le Maroc et l’Algérie, couple moteur de cette union. L’attentat de Marrackech, la fermeture des frontières par l’Algérie en 1994, les divisions autour de la question du Sahara occidental sont autant de barrière qui ont prévenu le développement de l’UMA, énumère tout à tour Abdelaziz Rahabi. « L’UMA n’aurait jamais dû être prise en otage par la question sahraouie étant donné que ce conflit relève du ressort des Nations unies et pas d’un règlement régional », affirme-t-il.

A Tripoli, ce lundi, il était de nouveau question de relancer l’Union du Maghreb arabe. La redynamisation de la coopération entre les pays membres de l’Union du Maghreb arabe est devenue une « nécessité absolue » à cause des menaces terroristes certaines dans la région, notamment celles qui viennent de la région du Sahel africain, a ainsi soutenu le ministre des Affaires étrangères marocain. Mais après 25 années d’une activité plutôt au ralenti, comment faire pour sortir l’UMA de sa léthargie ? Pessimiste sur le sujet, Abdelaziz Rahabi estime que « les conditions pour la réactivation de l’union ne sont pas à l’heure actuelle réunies ». « Ce n’est pas la priorité ni la préoccupation des gouvernements maghrébins actuels », observe cet ancien diplomate avisé, ajoutant : « La Tunisie et le Maroc cherchent davantage à nouer des liens avec l’Union européenne que leurs voisins maghrébins ». Dans un tel contexte, et prenant en compte le boom des réseaux sociaux et les désirs des sociétés civiles maghrébines, qui se mobilisent pour une intégration régionale, l’ancien ministre de la Culture est convaincu que « l’Union des peuples maghrébins aura lieu avant l’Union des Etats ».

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