Moines de Tibéhirine : L’Algérie reporte la visite du juge Trévidic

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Lu sur Le Parisien

L’Algérie a reporté la visite prévue à partir de dimanche du juge Marc Trévidic, qui devait procéder à l’exhumation des têtes des sept moines cisterciens de Tibéhirine assassinés en 1996. Les proches des moines se disent déçus. 

Cette exhumation, que les magistrats instructeurs réclamaient depuis plus de deux ans, avait été acceptée cet automne par les autorités algériennes lors du premier déplacement du juge à Alger. Et côté français, tout était prêt pour cette visite impliquant une importante organisation logistique.

«C’est pour nous une immense déception et un camouflet infligé à la justice française, a réagi l’avocat des proches des familles des religieux, Me Patrick Baudouin. Le magistrat de liaison algérien en France a indiqué au juge Trévidic que tout n’était pas prêt pour cette visite».

De source judiciaire, on a précisé que cette visite était reportée «à fin mai-début juin».  Aprèsl’élection présidentielle algérienne prévue le 17 avril prochain. «Nous espérons sincèrement que ce déplacement aura lieu», a déclaré Me Baudouin. «Mais je suis sceptique, car nous sommes menés en bateau depuis si longtemps dans cette affaire», a-t-il ajouté, en s’interrogeant sur une éventuelle relation entre ce report soudain et «le climat délétère en Algérie à l’approche de la présidentielle».

Rapt revendiqué par le GIA

Les moines de l’Ordre de Cîteaux de la stricte observance, Christian de Chergé, Luc Dochier, Paul Favre-Miville, Michel Fleury, Christophe Lebreton, Bruno Lemarchand et Célestin Ringeard, avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un groupe d’hommes armés dans leur monastère isolé de Tibéhirine, près de Medea (nord-ouest).

Ce rapt avait été revendiqué un mois plus tard par le GIA (Groupe islamique armé) via un communiqué signé de son «émir» Djamel Zitouni, le présumé commanditaire des attentats de 1995 en France. Il proposait un échange avec un autre responsable des GIA, Abdelhak Layada, aujourd’hui en liberté. Mais le 21 mai, un second communiqué annonçait l’exécution des religieux dont seules les têtes seront retrouvées, neuf jours plus tard, au bord d’une route de montagne.

Les proches des moines s’interrogent sur le manque de transparence d’Alger

Trois moines, qui avaient échappé à l’enlèvement en se cachant dans le monastère, ainsi que des villageois, ont confirmé aux gendarmes l’implication d’un groupe islamique armé dans l’enlèvement survenu dans une des zones les plus troublées d’une guerre civile qui a fait environ 200.000 morts en une décennie.

Après avoir suivi la thèse islamiste, le juge Trévidic a réorienté l’enquête vers une possible bavure de l’armée algérienne, avec le témoignage, en juin 2009, d’un ancien attaché de Défense à l’ambassade de France à Alger. Une hypothèse émise déjà au lendemain des faits par plusieurs journaux. Selon le général François Buchwalter, les moines ont été tués dans un raid d’hélicoptères militaires tandis qu’ils se trouvaient dans ce qui semblait être un bivouac de jihadistes. D’où la commission rogatoire internationale que les juges d’instruction avaient adressée en décembre 2011 aux autorités algériennes.

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