Encore une fois, le débat sur le projet de l’autoroute Est-Ouest, qualifié par le gouvernement algérien de projet du «siècle», nous interpelle sur le plan technique en raison des catastrophes structurales enregistrées quotidiennement le long du tracé, du coût prohibitif alloué à sa réalisation et maintenant des multiples opérations de remise en l’état des tronçons abîmés doublés des reprises en sous-œuvre. 

Il faut dire que l’état des lieux pitoyable sur les plans résistance, fonctionnalité, ergonomie, délai et qualité de l’ensemble de ce projet nous autorise aujourd’hui à affirmer qu’il existe un véritable risque majeur vis-à-vis de tous les ouvrages (ponts, viaducs, tunnels, corps de chaussée, couche de roulement) dans le cas de l’occurrence d’un très probable séisme violent affectant le nord de ce pays et que son impact soit sur l’économie nationale que sur les vies humaines serait gravissime. Voilà pourquoi, je me sens concerné, et voilà pourquoi la présente contribution s’attachera à établir un état des lieux du projet de l’autoroute Est-Ouest, d’une part, et à clarifier les hypothèses de base et les méthodologies utilisées dans la conception des infrastructures de base ainsi que des milieux (sols) sur lesquels elles reposent, d’autre part. Une telle démarche, qui se veut donc pragmatique et évaluative des fondements et caractéristiques inhérents aux procédures requises et à la problématique connexe et portera également sur une appréciation technique fondée sur les causes réelles à l’origine les dommages préjudiciables et des ruines d’ouvrages afin de tempérer la passion des uns et d’éviter aux autres de tirer des conclusions hâtives, subjectives et spéculatives qui risqueraient de porter un grave préjudice aux professionnels de l’acte du construire.

Préambule
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite simplement rappeler que, lors de la conférence sur la sécurité du bâti en Algérie qui s’est tenue le 14 avril 2005 au forum du journal El Moudjahid, j’avais attiré l’attention des pouvoirs publics sur l’inexistence de normes de calcul des ouvrages d’art et des infrastructures de base relevant des secteurs des travaux publics, de l’hydraulique et de l’énergie, et que cet état de fait pourrait comporter, sans nul doute, une dangerosité pour les missions d’étude, de contrôle et de suivi à l’ensemble du mégaprojet de l’autoroute Est-Ouest. En effet, et si l’on considère les dégâts et sinistres matériels importants, leur impact sur la fiabilité, la sécurité et les pertes financières considérables occasionnées à l’économie nationale, il serait tout à fait judicieux et légitime de reposer la problématique de la stratégie (s’il en existe une) utilisée par les pouvoirs publics dans la planification, la maturation et le lancement d’un projet de cette importance. De ce questionnement et des réserves présentées lors de cette rencontre, le ministère des Travaux publics, ayant été pris de court, a présenté, à la va-vite et en quelques mois, un «espèce de document réglementaire» dénommé RPOA (Règles parasismiques des ouvrages d’art), dans lequel, seules les méthodes classiques de calcul sont exposées sans commentaire ni détails spécifiques concernant les cas réels.

Voici la réalité à propos de cette nouvelle réglementation
Il faut dire que ces normes ont été calquées pour ne pas dire plagiées sur des règles et procédures étrangères sans justifications techniques ou scientifiques. Tout comme il est utile de noter que toutes les normes officielles algériennes, y compris l’ensemble les versions du RPA (référentiel pour les bâtiments) sont élaborées sur la base d’un échantillonnage empirique, éparse et incertain emprunté à certains codes étrangers, et par conséquent, ne permettent pas de fonder rationnellement une appréciation et une évaluation correcte des risques encourus (risque sismique, comportement réel des ouvrages, instabilité dynamique des sols, etc.). C’est d’ailleurs ce qui a entraîné dans le cas des règles parasismiques (RPA 99), une évaluation erronée et injustifiée de l’aléa relatif à la région Centre du littoral algérien classée «zone de moyenne sismicité» ; classification sévèrement contredite par l’occurrence du dernier tremblement de terre du 21 mai 2003 et de ses effets dévastateurs.

Concernant l’inventaire des sinistres à répétition au niveau du «projet du siècle»

Le 1er janvier 2014, l’effondrement du tunnel gauche et l’endommagement très préjudiciable du deuxième tube mitoyen avec l’autoroute Est-Ouest (Constantine), le premier en cours de réalisation et le second livré, réceptionné et ouvert à la circulation depuis plus d’une année, a provoqué une panique générale au niveau de cette région affectant directement le trafic routier sur le tronçon Constantine-Annaba-Skikda altérant ainsi toute la fonctionnalité de cette voie classée «express». Ce sinistre vient, malheureusement, encore allonger la liste des catastrophes structurales enregistrées quotidiennement le long du tracé de cette «célèbre» autoroute qui pour mémoire a déjà connu :

– La fermeture du tronçon au niveau de la bretelle Sidi Moussa-Baraki de la 2e rocade sud d’Alger avec la reprise de tout le corps de chaussée sur une dizaine de kilomètres environ, alors que cette autoroute a été inaugurée par le ministre de tutelle en grande pompe il y a à peine deux années ;

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