La charte des valeurs proposée par la première ministre québécoise Pauline Marois a fait couler beaucoup d’encre et suscité la controverse parmi les différentes  communautés du Québec. Le contenu préliminaire de ce projet de loi dévoilé le 10 septembre 2013 a semé le trouble et la discorde au sein de la population québécoise ce qui a réveillé la discrimination et  l’islamophobie devenues monnaie courante chez certains québécois malveillants

Rappelons que la première ministre a présenté ce projet de loi comme une réponse de son gouvernement à la controverse  québécoise en matière d’accommodements raisonnables pour l’intégration des immigrants et aussi  en vue de vouloir affirmer les valeurs de la laïcité et neutralité religieuse de l’état. Malheureusement, l’adoption de ce fâcheux projet de loi  n’a fait qu’enfoncer le Québec dans un climat  haineux  par le comportement discriminatoire des gens qui ont appuyé cette charte.  Le gouvernement  qui est supposé protéger et encadrer les nouveaux arrivants n’a fait que les exclure  davantage  et les exposer à la violence et à la haine  d’individus racistes. Les minorités  du Québec, et surtout  les femmes voilées sont devenus la cible préférée  des pros chartes qui les offensent quotidiennement avec des attaques diffamatoires voire des menaces dangereuses.
Étant considéré comme un symbole intégriste de soumission le voile est le  signe religieux le plus visé parmi les autres signes ostentatoires que la charte veut interdire au travail. Aussi, les femmes voilées sont marginalisées et stigmatisées que ce soit dans les bus, les places publiques ou dans leur lieux de travail. Il faut dire  aussi que le phénomène du lynchage des immigrants a  trouvé libre cours avec l’avènement de cette loi exclusive :
Au mois de novembre dernier, un chauffeur de taxi algérien  de 45 ans a été lâchement assassiné avec un fusil de chasse par un individu de race blanche et le doute prône toujours sur les mobiles de ce meurtre que les autorités n’ont pas élucidé. En fin janvier, Une femme marocaine  voilée de  47 ans est décédé dans le métro de Montréal dans des conditions douteuses sachant que la vidéo de l’accident ainsi que le témoin de la scène disparu. Et pour couronner le tout, il y a eu ce jeune algérien de 32 ans  originaire de Bejaia qui a été abattu  froidement par un agent de sécurité alors qu’il n’était même pas armé. Ces homicides ne coïncident-ils pas avec  cette atmosphère raciste qui règne au Québec en ce moment ?
Cette charte  de discorde est vue par les communautés immigrantes comme  un outil de division et d’exclusion.  Selon la majorité, elle n’est rien d’autre qu’un autre mensonge politique  émis par des politiciens qui  promettent monts et merveilles  afin de maintenir leurs privilèges. Diviser pour mieux régner  comme le dit si bien Machiavel.  En effet, la première ministre a nourri  la peur  des québécois d’une menace intégriste musulmane dans la province. Elle a suscité des craintes, notamment pour ceux qui tiennent à porter des symboles religieux dans la fonction publique et qui redoutent  de perdre leurs emplois.
Il faut dire que les élus corrompus ont toujours besoin de moutons à sacrifier pour atteindre leur buts et pourquoi pas crier halte à l’invasion musulmane. L’islam n’est-il pas devenu une proie facile depuis l’événement  11 septembre qui l’a diabolisé, et aussi  la cible des medias depuis les tristes mouvances du  printemps arabe qui ne cessent de verser le sang musulman.
Certes, cette charte  a mentionné les migrants  de toutes  origines  dans son texte de loi  (juifs, indous, chrétiens  etc..) mais elle a surtout alimenté la haine au premier rang  contre ceux de confession musulmane. Il suffit de voir l’ampleur de la montée du racisme  et des agressions contre les musulmanes portant le voile. Toutefois, la commission des droits de la personne et droits de la jeunesse  du Québec a pris position contre  ce projet de charte qu’elle voit  comme un moyen de division et d’exclusion.
D’autre part, le Conseil musulman de Montréal et le Collectif québécois contre l’islamophobie a dénoncé une augmentation importante des attaques contre la communauté musulmane au Québec depuis le lancement du débat sur le projet de charte. Le nombre de plaintes déposées auprès de  ces organismes contres des attaques racistes  a atteint 114  qui concernaient des femmes. Le président du collectif contre l’islamophobie Adil Charkaoui s’est prononcé là-dessus en déclarant ceci :
« J’ai des cas de femmes à qui on a arraché le foulard, le voile, devant leurs enfants. Une femme a reçu un coup de genou à sa poitrine. J’ai des personnes qui ont été licenciées, limogées, parce qu’elles ont dit sur leur lieu de travail qu’elles étaient contre la charte. » Ce même  Collectif québécois contre l’islamophobie  a accusé le gouvernement du Québec d’attiser les tensions et de ne pas jouer son rôle de protection des minorités au sein de la population. Plusieurs vidéos qui circulent dans des cafés, des métros, et  dans des bus ont montré des attaques islamophobes contre des femmes voilées. Selon les organismes musulmans  cette flambée de l’islamophobie est surtout alimentée par le débat sur la Charte des valeurs. Ils dénoncent  également de nombreux dérapages et propos vindicatifs proférés contre les musulmans dans quelques médias privés québécois. Certains journalistes et animateurs  ont fait l’objet de plaintes contre des discours racistes  tels que le présentateur Richard Martineau  qui a poussé la barre trop loin  dans son incitation à la haine  lors de ses émissions télévisées. Selon Georges Leroux un Professeur  de philosophie québécois  l’islamophobie au Québec est  distincte en effet du racisme post-colonial qui affecte des pays comme la France ou les Pays-Bas car elle revêt plutôt ici la forme d’une hostilité à l’égard des comportements religieux.
Le musulman est perçu en occident  comme  porteur d’une culture archaïque, marquant la Soumission des femmes à la violence autoritaire des hommes. les cultures islamiques sont considérées comme étant foncièrement inconciliables  et in intégrable  avec la modernité occidentale, et l’islam comme une menace omniprésente, reliée à une forme d’invasion de la société. La charte qui encourage le rejet des musulmans  est perçue comme un   document liberticide, islamophobe  qui veut institutionnaliser l’exclusion  et la ségrégation raciale. Une loi qui risque d’altérer une belle façade du caractère québécois  qui est la tolérance et l’amour de l’autre. Il faut dire que  les musulmans  sont devenus les nouveaux boucs émissaires d’une société en transformation.
Le Québec a observé   récemment  des actes de vandalismes  dans des commerces halal tels que boucheries ainsi que des hammams musulmans.  Les médias, parlent de « vitres fracassées »et  de ‘’ tir à la carabine’’ sans oublier l’affaire  du sang de cochon étalé sur la mosquée de Chicoutimi en septembre 2013 et la liste est longue d’actes islamophobes similaires. Notons que la souffrance des musulmans autour du monde s’accroit jour après jour. Les médias contribuent négativement à cette situation par des blackouts et des tromperies médiatiques. La mise en place d’une compagne de sensibilisation est de rigueur  afin de  dévoiler, communiquer et diffuser la vérité à propos des circonstances des musulmans lésés dans leurs droits.
Toutefois, pour contrer cette  ségrégation raciale et ce lynchage subis par les immigrants et dénoncer leur exclusion, un groupe de québécois ont créé un organisme nommé ‘’ Québec  inclusif ‘’  qui vise à œuvrer à la promotion d’un Québec, ouvert, tolérant et inclusif et à favoriser l’éducation et la mobilisation de la population québécoise relativement aux débats touchant à la diversité, aux accommodements raisonnables, aux droits et libertés de la personne dans le but de promouvoir un esprit de tolérance et d’inclusion.
 ‘’ Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m’aimer mais il est important qu’elle lui interdise de me lyncher. » disait Martin Luther King.
Tribune libre de  Nora Yata
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