Les violences qui frappent de plein fouet les habitants de Ghardaïa suscitent une émotion légitime. Il importe avant tout de stopper la violence. Mais cela n’interdit pas de s’interroger sur la façon dont cet évènement tragique est raconté et géré par les autorités algériennes.

 Abdou-Semmar1Le premier mot qui vient à l’esprit, quand on pense à Ghardaïa, c’est : assez ! Assez de sang versé, de haine propagée, d’extrémisme cultivé, de divisions créées et entretenues entre les fils d’un même pays, d’une seule et unique vallée.

Assez d’immobilisme d’un pouvoir local qui semble dépassé par les événements et incapable de protéger ses concitoyens d’une horde de délinquants. Assez de ces walis successifs qui saccagent la vallée du M’zab avec leur gestion chaotique et irresponsable. Assez de provocations aveugles – de part et d’autre.  De ce point de vue, la société civile algérienne a le droit, totalement légitime, de demander des comptes au Président de la République, au Premier Ministre, et à tous les membres du gouvernement. Elle a le droit aussi de réclamer des comptes à ses députés grassement payés mais qui n’osent même pas se bouger pour proposer une feuille de route qui ramène le calme dans leurs régions respectives.

Oui, nous les simples et humbles citoyens mortels, nous avons maintenant le droit d’œuvrer pour le retour au calme à Ghardaïa. Cela commence par prôner la solidarité.  Mais à condition de ne pas regarder Ghardaïa avec des lunettes déformantes.

Or, à lire ce qui s’écrit sur Ghardaïa, tout est simple, trop simple.  Il y a les Bons mozabites, industrieux qui animent cette vallée avec leur bonté, valeurs ancestrales, et il y les Méchants, des voyous arabes, ceux d’en face, soutenus par des clans mafieux, suspectés d’être des marionnettes des dirigeants politiques.

Non, c’est faux. Ghardaïa, ce n’est pas une histoire de conflit religieux et communautaire qui oppose une minorité à une majorité, des bons à des méchants. Ghardaïa est avant tout le symbole de la faillite de la gouvernance à l’algérienne. C’est la résultante d’une centralisation basée sur le népotisme, la corruption et le laisser-aller. Les walis, désignés par le Chef de l’Etat, que Ghardaïa a subi sont presque tous issus des régions du nord du pays. Leur mauvaise connaissance des spécificités régionales et leur incapacité de rassembler la société civile locale autour d’un projet de développement sont les principales raisons qui ont conduit vers cette explosion de haine. Aucun magistrat, ministre ou haut responsable de l’Etat n’est allé surveiller, contrôler et sanctionner ces walis incompétents dont les qualités technocratiques accusent un grave déficit en matière de management. La centralisation à l’algérienne a longtemps imposé le diktat d’Alger sur les talents et leaders des initiatives locales. Les administrations locales ont été sommées d’appliquer des plans de développement qui n’ont été le fruit d’aucune concertation. Le nord qui a trop méprisé le sud a, depuis de longues années, instauré une anarchie administrative en exécutant des mesures réglementaires qui ne répondaient nullement aux besoins de cette région située à la porte du Sahara.

C’est ce pillage en règle des richesses de cette région, laquelle abrite l’immense champ gazier de Hassi R’mel,  qui a mis Ghardaia à feu et à sang et qui a amené la population locale à se tourner vers le fanatisme religieux et identitaire pour défouler leurs frustrations. En guise de réponse, on lui a proposé aucune une feuille de route économique et sociale. Les autorités algériennes se contentent de rencontrer des vieux notables qu’aucun jeune à Ghardaïa ne reconnait. Une médiation et un dialogue digne d’une comédie burlesque. A qui donc la faute ?

La seule voie qui peut permettre de sortir de la tragédie de Ghardaïa, c’est celle du développement local et de la justice sociale. Cela concerne toutes les forces en présence et les autorités centrales d’Alger qui doivent revoir leur gestion des wilayas du sud et de l’intérieur du pays. Celles-ci doivent bénéficier d’investissements publics à même de créer de l’emploi et des logements.  Toute autre solution pourrait transformer Ghardaïa en poudrière en plein cœur du Sahara Algérien, sans que nul ne puisse imaginer les dégâts collatéraux.

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