Election présidentielle 2014 : Est-ce votre véritable patrimoine monsieur Bouteflika ?

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Le Président-candidat a publié sa déclaration de patrimoine dimanche 2 mars, emboîtant le pas à son rival Ali Benflis. Mais pour l’association nationale de lutte contre la corruption, l’ensemble du patrimoine d’Abdelaziz Bouteflika ne figure pas dans cette déclaration.

« Incomplète ». C’est ainsi que l’association nationale de lutte contre la corruption (ANLC) juge la déclaration de patrimoine du Président Abdelaziz Bouteflika, candidat à un 4ème mandat, rendue publique dimanche dernier. Le chef de l’Etat, qui affirme posséder deux maisons, un appartement et deux voitures, n’a pas tout dit, affirme l’ANLC, dans un communiqué qui nous a été adressé ce mardi.

Première carence : le secret bancaire est précieusement gardé du côté du clan présidentiel. L’équipe de campagne du Président, qui a remis en personne lundi son dossier de candidature au Conseil constitutionnel, ne dit pas un mot sur les comptes bancaires du Président-candidat. « S’il voulait vraiment joué la transparence, il aurait dû également publié ce qu’il possède dans ses comptes en banque », considère Halim Feddal, secrétaire général de l’ANLC.

Quid de ses biens à l’étranger ?

Autre grand absent de la déclaration de patrimoine d’Abdelaziz Bouteflika : le volet qui concerne ses biens à l’étranger. Là encore c’est l’opacité la plus absolue. « Les biens du Président à l’étranger ne figurent pas sur la déclaration du patrimoine alors qu’une TV suisse a fait mention que la famille Bouteflika possède des biens à l’étranger », avance le communiqué de l’association nationale de lutte contre la corruption. « Un général de l’armée a accusé ouvertement Bouteflika et sa famille d’avoir dilapidé et transféré vers l’étranger des dizaines de milliards de dollars », ajoute-t-il. Pour le secrétaire général de cette association, il ne suffit pas de se contenter de la déclaration de patrimoine du candidat, il faut aussi avoir accès à celui de toute sa famille pour plus de transparence. « Dans les sociétés arabes, le patrimoine d’une personne n’est pas représentatif, ce qui compte c’est le patrimoine familial. Il faut donc s’intéresser aux biens de toute la famille d’un candidat et pas seulement à ceux du candidat. Ce n’est pas tout, il faut également s’intéresser aux prête-nom pour connaître la véritable patrimoine d’un candidat », préconise Halim Feddal, joint par nos soins.

Pourquoi une telle opacité sur le patrimoine d’Abdelaziz Bouteflika à l’étranger ? La faute à la complicité des pays européens, accuse l’ANLC, qui dit avoir essayé d’enquêter avec des collaborateurs européens, membres d’organisations non gouvernementales de lutte contre la corruption, sur les biens mal acquis du Président transférés à l’étranger. « C’est impossible d’en savoir plus car la justice des ces pays, notamment de la France, est verrouillée. En France, les magistrats dépendent du ministère donc il n’y a pas vraiment d’indépendance de l’autorité judiciaire. Quand on essaye de déposer un dossier, les magistrats disent qu’il est irrecevable. Ils trouvent toujours une excuse pour ne pas le traiter », explique Halim Feddal. « Ceci confirme le lien étroit entre les pays européens et le pouvoir algérien. Le problème est en fait plus politique que juridique », tranche Halim Feddal.

Un salaire confidentiel

Dans son communiqué, l’ANLC soulève une autre question : à combien s’élève le salaire du Président de la République ? Pourquoi est-il confidentiel ? « La loi ne dit rien là-dessus. Ce devrait être au Conseil constitutionnel de statuer mais les membres de ce Conseil sont désignés directement par le Président. Ils sont en quelque sorte instrumentalisés », affirme Halim Feddal. C’est par un petit jeu de calcul que son organisation a essayé de déterminer le salaire que perçoit Abdelaziz Bouteflika. « On se rappelle lors d’une déclaration du ministère des affaires religieuse qui a fait mention  que le président Bouteflika s’est acquitté de la Zakat, en versant  15 millions de dinars. Cette somme présente 2,5% de la fortune totale de Bouteflika, et correspond à deux années de salaire qui s’élève 600 millions de dinars, on peut en déduire que son salaire mensuel est  de 25 million de dinars minimum », peut-on lire dans le communiqué.

Au final, la déclaration de patrimoine du Président-candidat pose plus de question qu’elle n’en résout. L’initiative, qui se voulait transparente, s’avère donc être un semi-échec. Comme le rappelle l’association nationale de lutte contre la corruption, la « déclaration du patrimoine en Algérie est beaucoup plus une formalité administrative qu’une disposition juridique en l’absence de texte incriminant la fausse déclaration ». Autrement dit, aucun candidat ne peut être inquiété par la justice algérienne sur la base de sa déclaration de patrimoine. Encore moins le Président-candidat Abdelaziz Bouteflika, estime Halim Feddal. « Dans le contexte politique, institutionnel et juridique actuel on voit mal un juge oser s’en prendre au Président actuel pour une fausse déclaration de patrimoine », soutient-il. Et de conclure : « Nous pouvons en déduire que cette déclaration du patrimoine rentre dans le cadre de la farce électorale ».