Sur les six candidats en lice, trois passeront une large partie de leur première semaine de campagne dans la région du sud du pays. Signe que le Sud du pays est une clef de cette élection présidentielle.

Après avoir passé plusieurs semaines à animer la pré-campagne à Alger, c’est loin, très loin que les candidats à l’élection présidentielle s’envolent pour lancer leur campagne. Sur les six candidats retenus par le Conseil constitutionnel, trois d’entre eux, à savoir Ali Benflis, Abdelmalek Sellal, directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika, et Moussa Touati, visiteront longuement le Sud du pays durant leur première semaine de campagne. Pourquoi ce choix ? Que proposent les prétendants au poste de Président de la république pour le développement du Sud ? Algérie-Focus a interrogé les six candidats à l’élection présidentielle sur les mesures concrètes qu’ils adopteraient s’il venaient à être élus le 17 avril.

Abdelaziz Bouteflika, Président-candidat : « Rester dans la continuité de la politique menée depuis 1999 »

Diminué physiquement, le Président-candidat, qui brigue un 4è mandat, n’a prévu aucun déplacement en région pour le moment. Il est représenté sur le terrain par ses lieutenants, à commencer par son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal. Dans l’agenda de ce dernier, plusieurs étapes dans le Sud du pays durant la première semaine de campagne. C’est d’ailleurs de l’extrême Sud de l’Algérie, à Tamanrasset, que l’ancien Premier ministre a donné le coup d’envoi ce dimanche de la campagne officielle du Président Abdelaziz Bouteflika.

Interrogé sur les propositions du Président à destination des habitants du Sud, Madjid Bekkouche, le chargé de communication de la campagne de Bouteflika, assure que « le programme conçu dans la logique de la continuité de la politique conduite par le Président depuis son arrivée au pouvoir en 1999 ». « Il n’est pas question de remettre en cause une politique qui réussit et qui a fait ses preuves », assure-t-il.

Ali Benflis, candidat indépendant : « Faire du Sud une région attractive »

Ali Benflis fera lui aussi plusieurs escales dans le Sud, à commencer par sa deuxième journée de campagne, où l’ancien Premier ministre se rendra à Adrar. Il enchaînera par Ouargla et El Oued mardi avant de se déplacer dans la wilaya de Ghardaïa. C’est signal fort que le principal adversaire du Président Abdelaziz Bouteflika veut adresser aux locaux. « Ali Benflis veut leur dire qu’ils ne sont plus les oubliés des politiques publiques et de l’oeuvre de développement de l’Algérie », déclare Lotfi Boumghar, responsable de la communication du candidat. Dans son programme, Ali Benflis prévoit ainsi de réfléchir à une « nouvelle organisation du territoire » afin de développer l’intégration du Sud au Nord, indique Lotfi Boumghar, précisant qu’il ne s’agit toutefois « pas d’un nouveau découpage territorial ». « Il y a certaines synergies et complémentarité entre wilayas qui ne demandent qu’à être mises en pratiques », déclare le directeur de la communication du candidat. Ali Benflis envisage également des mesures incitatives pour encourager les habitants du Nord à s’installer dans le Sud. « Elles ne sont pas que d’ordre économique. Il s’agit de mettre en place de véritables pôles de vie dans cette région en créant des écoles, des loisirs et en veillant à la sécurité des personnes », précise Lotfi Boumghar, « il faut faire du Sud une région attractive ». S’il arrive au pouvoir le 17 avril prochain, Ali Benflis mettra en vigueur un cadre d’investissement spécial pour le Sud « afin de développer le potentiel agricole et touristique encore peu exploité », indique son directeur de la communication. Ce cadre d’investissement servira à rétablir l’égalité des habitants du Nord et du Sud en termes d’accès aux prestations publiques, notamment médicales, explique Lotfi Boumghar. « Le Sud doit cessez d’être le parent pauvre de l’Algérie », conclut-il.

Moussa Touati, candidat et Président du FNA : « Appliquer un modèle européen de développement régional »

Béchar, Adrar, Ouargla sont inscrits dans le planning de la première semaine du candidat du FNA, en lice pour la deuxième fois à la course à el Mouradia. Interrogé par nos soins sur ce calendrier de déplacement, Abdelakder Boudjoras explique que « Moussa Touati est très attaché aux habitants du Sud car il admire leur ténacité ». C’est pourquoi il tient à partir à la rencontre des habitants du Sud et « écouter leurs doléances ». Objectif : améliorer leur niveau de vie, soutient Abdelakder Boudjoras. Comment y parvenir ? Moussa Touati mise sur le développement des infrastructures locales, notamment les transports pour relier les villes du Sud entre elles, explique encore son directeur de campagne. « On prône un développement de la région du sud en appliquant le modèle européen, c’est-à-dire développant non pas seulement les grandes villes de la région mais également les espaces urbains moyens », précise-t-il. Moussa Touati veut encore encourager l’installation des habitants du Nord dans le Sud.

Abdelaziz Belaïd, candidat du parti Moustaqbal : « Des ateliers de formation spécifique pour les jeunes du Sud »

Contrairement aux trois candidats cités plus haut, Abdelaziz Belaïd descendra dans le Sud seulement à partir de la semaine prochaine. Il a ajouté à son programme de déplacement les wilayas de Laghouat, Ourgla et Adrar, indique son staff de campagne. Le candidat du parti Moustaqbal ne néglige pas pour autant les problématiques liées au développement du sud du pays. Dans son programme, Abdelaziz Belaïd souhaite attirer l’attention sur trois spécificités, souligne son staff de campagne. « La formation des jeunes du Sud qui arrivent sur le marché de l’emploi, leurs diplômes sont aussi dévalués par les employeurs. A la sortie des centres de formations professionnelles, une fois un socle de connaissance générale solidifié, ces jeunes intégreront des ateliers de formation spécifique à l’intérieur des entreprises qui les auront recrutés », explique Abdelhamid Haddane, un conseiller du Président du parti Moustaqbal. Pour ce qui est du développement agricole de la région, Abdelaziz Belaïd estime que la solution passe par l’exploitation de nappes albiennes pour compenser la faible quantité d’eau des nappes phréatiques. « L’extraction de cette eau sera totalement à la charge du Trésor public », précise Abdelhamid Haddane. Et pour inciter les investisseurs du secteur de l’agroalimentaire à s’implanter dans le Sud, le candidat propose de défiscaliser totalement leur activité durant les cinq premières années de leur installation. Si Moussa Touati mise sur le développement des transports routiers dans le Sud, le patron de Moustaqbal croit lui davantage au transport ferroviaire. « C’est moins coûteux que l’avion et la capacité de transport de marchandise et de biens et plus importante », justifie le conseiller de Abdelaziz Belaïd.

Louisa Hanoune, candidate du Parti des Travailleurs : 

Comme Abdelaziz Belaïd, Louisa Hanoune attend la deuxième semaine pour se déplacer dans le Sud. Un voyage à Ouargla, Tamanrasset, Tindouf et Adrar sont déjà prévus, indique le responsable de la cellule de communication de la campagne de Louisa Hanoune, Ramdane Tazidt, joint par nos soins. « Louisa Hanoune n’a jamais raté le Sud », défend-il, expliquant qu’étant donné les distances et la logistique nécessaire pour voyager jusqu’au Sud, la candidate préfère attendre la deuxième semaine. « Elle ne veut pas non plus être écartée de la scène politique la première semaine en se rendant dans des coins isolés », ajoute ce responsable de communication.

Interrogé sur les mesures que la candidate trotskiste veut mettre en oeuvre si elle remporte l’élection présidentielle, le 17 avril prochain, Ramdane Tazidt répond : « Louisa Hanoune se prononce pour le rétablissement du ministère de la planification pour rattraper le retard de développement de la région du Sud ». Elle prône également la « discrimination positive » en faveur du Sud. « Il faut donner plus de moyens aux régions reculées. C’est indispensable car elles sont sujettes à des tentatives de déstabilisation étrangère », assure Ramdane Tazidt, « il faut les que les habitants  du Sud ait les mêmes garanties que ceux du Nord en terme d’accès  aux services publics ». Pour cela, la candidate envisage de réduire les frais de transports publics en direction du sud et de subventionner une partie des produits de première nécessité acheminés du Nord. Autre cheval de bataille : la renationalisation le secteur minier pour lutter contre le pillage des multinationales.

Note de la rédaction : Joint plusieurs fois par téléphone, l’équipe de campagne de Fawzi Rebaine n’a pas répondu à nos sollicitations.