Un meeting du Mouvement populaire algérien (MPA) a rassemblé ce samedi des centaines de militants fidèles au Président Abdelaziz Bouteflika. S’ils affirment soutenir le Président-candidat à « 100% », le doute et les questionnements s’emparent des rangées de sympathisants pro-Bouteflika. 

La salle Atlas, nichée à l’entrée du quartier Bab el Oued à Alger, était pleine à craquer ce samedi 1er mars. Au rez-de-chaussée, sur le balcon, partout des militants remontés à bloc, dansant et agitant le drapeau national en l’honneur du Président Abdelaziz Bouteflika. Face à eux, la scène sur laquelle des portraits géants du Président-candidat ont été installés. A moins de deux mois de l’échéance électorale, le meeting du Mouvement populaire algérien a mobilisé les troupes ce samedi 1er mars. Une démonstration de force que le principal intéressé a manqué. Depuis le lancement de la campagne, le Président Abdelaziz Bouteflika n’est apparu qu’une seule fois à la télévision et ne s’est toujours pas adressé directement au peuple algérien. Il n’a même pas annoncé en personne son intention de briguer un quatrième mandat, passant par l’intermédiaire de son Premier ministre Abdelmalek Sellal.

« Un homme respectable »

Alors que la campagne pour Bouteflika a démarré sans lui, les sympathisants du régime n’ont que son nom à la bouche. « C’est un homme respectable. Bien sûr, il y a eu les affaires Sonatrach et Khalifa mais malgré tout j’ai du respect pour ce qu’il a fait », confie Lydia, une militante féministe d’une cinquantaine d’années qui dit voter pour le Président sortant depuis 1999 et son arrivée au pouvoir. A quelques sièges de Lydia, Nawel affiche aussi sa sympathie irrésolue pour Abdelaziz Bouteflika. « C’est le seul qui mérite d’être Président de l’Algérie, il a fait du bon travail depuis son arrivée au pouvoir : construction de logements, ANSEJ … », énumère cette femme, qui a, elle aussi, apporté son soutien à Abdelaziz Bouteflika à chaque élection présidentielle.

Le Seul, pas de place à la concurrence, en somme. Lorsqu’on interroge les sympathisants sur la centaine de personnes qui se sont portés candidat à l’élection présidentielle, dont les anciens ministres Ali Benflis et Ahmed Benbitour, aucun ne voit en eux une alternative possible au Président-candidat. « On va quand même pas voter pour un maçon ? », ironise Nawel, caricaturant la qualité des candidatures à l’élection présidentielle, rendues publiques jusque-là.

Au tour d’elle, les militants, qui ont répondu à l’appel du MPA, debout, reprennent des chants patriotiques revisités par l’animateur qui assure l’entracte, avant l’apparition et le discours du Secrétaire général du Mouvement populaire algérien (MPA) et ministre du Développement industriel, Amara Benyounès. Durant plus d’une heure et demie, la foule, composée notamment de jeunes, certains n’ayant même pas l’âge de voter, affiche une énergie et un enthousiasme débordant, scandant en cœur : « Bouteflika ! Bouteflika ! »

Mais le visage de ces partisans du quatrième mandat est marqué par l’inquiétude à l’évocation de la fragile santé du chef de l’Etat. « Il vaut mieux lui que rien. Je n’ai pas confiance en les autres », affirme Hayat, membre du congrès national du MPA. Venue de Skikda, cette responsable du parti dirigé par Amara Benyounès fustige au passage la manifestation anti-4è mandat, tenue le matin même place Audin. Interrogé sur le dispositif sécuritaire impressionnant et la répression musclée du rassemblement d’opposition, elle lance : « Moi à la place des policiers je les aurais gardé 24 H  et je les aurais frappé jusqu’à ce qu’ils comprennent la leçon ».

« Le meilleur candidat par défaut »

Dans les travées de la salle Atlas, beaucoup pensent que le scénario de la création d’un poste de vice-Président se concrétisera le lendemain de l’élection. « Il est dans l’incapacité de diriger le pays ou de nous adresser un message direct au peuple algérien. On se dirige vers la méthode américaine, on va avoir un vice-président », suppose Lydia, ajoutant : « Je suis sûre que si Bouteflika passe, ils changeront la constitution pour créer un poste de vice-Président ». La tête baissée, la militante féministe chuchote ensuite : « Cette candidature n’est pas logique vu son état de santé ». « C’est le meilleur candidat par défaut », lâche Mohamed Debiet, élu à l’APC Marsa, assis au fond de la salle. Une idée partagée par plusieurs dans la salle Atlas cette après-midi. Le 17 avril prochain, ils iront tous voter pour Abdelaziz Bouteflika. Mais cette fois avec beaucoup moins de conviction que pour les rendez-vous présidentiels précédents. Certains même ne se cachent pas et disent qu’ils auraient préféré qu’un autre candidat soit désigné. « Je regrette que Mouloud Hamrouche ne se présente pas. Sinon j’aurais voté pour lui, c’est un Homme du système, un homme d’une grande sagesse », déplore Lydia. D’autres avancent le nom de Abdelmalek Sellal, l’actuel Premier ministre et président de la commission de préparation de l’élection présidentielle. Mais le jour J c’est bien le nom de l’actuel Président, « l’homme qui a rétabli la paix en Algérie », qu’ils glisseront dans l’enveloppe.

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