Les «Chiyatines» de 2009 et les opposants de 2014 par Abdou Semmar

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Abdou-Semmar1Ils sont patrons de presse, députés, anciens ministres, entrepreneurs, journalistes, artistes ou personnalités politiques. Ils se sont tous enrichis grâce au système Bouteflika. Beaucoup d’entre eux ont amassé des fortunes.  Ils ont applaudi le troisième mandat en 2009. Ils ont soutenu le même Bouteflika au cours de ces 15 dernières années en glorifiant sa politique, sa gestion et son bilan.

Et subitement en 2014, ils deviennent des opposants ! Ils se découvrent une nouvelle conscience après une longue hibernation. Il faut le voir pour le croire : les chiayatines de 2009 deviennent des opposants en 2014 ! La blague ne fait rire aucun Algérien.

Ces nouveaux opposants qui parasitent la véritable opposition, celle qui active depuis des années, celle qui a adopté des positions constantes depuis longtemps, celle qui tente de mobiliser les Algériens en donnant un nouveau souffle contestataire à la rue, se moquent de nous. Ils nous prennent pour des idiots, des amnésiques, des débiles sans mémoire ni intelligence. Ils viennent aux rassemblements organisés par de valeureux jeunes aux intentions sincères pour se racheter une nouvelle virginité. Ils partent sur les plateaux de quelques télévisions privées pour dénoncer le 4e mandat. Et pourtant, en  2009, ils avaient défendu le troisième mandat bec et ongles. Ils avaient appuyé Bouteflika et sa clique. Ils  avaient défendu le même président qu’ils dénoncent aujourd’hui. Ils avaient héroïsé l’actuel locataire d’El Mouradia. Et aujourd’hui, ils retournent la veste et nous vendent leur tube contestataire qui fait mal, très mal, aux oreilles.

A quoi rime cette comédie ? Le Bouteflika de 2009 n’est-il pas le Bouteflika de 2014 ? Le troisième mandat a-t-il été plus salutaire à l’Algérie que ce 4e mandat qui se profile à l’horizon ? Ces nouveaux opposants jurent qu’ils ne veulent pas d’un Président malade à la tête de l’Etat. Ils avertissent contre les dangers d’un Chef d’Etat affaibli et fantomatique. Soit ! Mais défend-t-il une démocratisation politique de l’Algérie ou réclame-t-il uniquement un Président en bonne santé ? Ces Don Quichotte de l’Algérie contemporaine intriguent par leurs comportements et indignent par leur hypocrisie.

Parce que s’ils dénoncent une dictature, celle-ci était bel et bien en place également en 2009. A cette époque-là, ces patrons de presse qu’on voit lors des manifestations contre le 4e mandat n’ont guère écrit la moindre phrase à l’encontre de cette dictature vermoulue. Ou veulent-ils nous faire croire que Bouteflika est devenu tout simplement dictateur en 2014 ? Le discours ne convainc pas. Pis encore, il jette un véritable discrédit sur ce mouvement citoyen qui s’enclenche spontanément contre la confiscation du pouvoir politique dans notre pays. Quand des entrepreneurs réputés pour avoir versé des milliards dans les caisses des 3 mandats successifs se rebiffent lors du 4e mandant, la crédibilité perd toute signification. Des députés qui levaient leur main, et mêmes les deux à la fois, lorsque le gouvernement présentait ses projets défaillants, incongrus et liberticides, campent aujourd’hui aussi dans le rôle de l’opposant. Et pourtant, durant les 15 dernières années, ils ont mangé à tous les râteliers de Bouteflika.

La cohérence est une vertu si peu algérienne. On l’aura compris. Maintenant aucun être humain n’est à l’abri de l’erreur. On peut être aveugle pendant 15 ans. Mais lorsqu’on se trompe, on assume sa responsabilité. Il est noble de vouloir changer et rectifier ses torts. Oui un tort parce que soutenir le 3e mandat qui a été un viol de la constitution algérienne est un véritable tort. L’honnêteté intellectuelle et l’éthique contraint ces nouveaux opposants à faire leur mea culpa. Qu’ils reconnaissent publiquement leur passé collaborationniste. Qu’ils confessent leurs «pêchés politiques». Et à ce moment-là, seulement à ce moment-là, l’opinion publique algérienne accordera du crédit à «leur opposition». Nous ne sommes plus dupes et le changement ne se réalisera jamais avec ces girouettes qui se découvrent une nouvelle vocation politique à chaque mandat. Les chiyatines d’hier ne feront jamais les bons opposants de demain