L’une des voix les plus marquantes de la chanson algérienne d’expression kabyle s’est éteinte à jamais, dans la nuit de jeudi à vendredi à Alger. Elle avait 88 ans.

Née dans la région d’Ilmayen, dans l’actuelle wilaya de Bordj-Bouarréridj, Chérifa, de son vrai nom Ouerdia Benchemlal, est née le 9 janvier 1926. Très jeune, sa situation familiale [père décédé, mère remariée ndlr] la pousse à sortir vite du cocon familial. Il était difficile pour une femme comme pour les hommes de chanter dans cette Kabylie très conservatrice. Elevée par ses oncles maternels, Chérifa bannie, quitte le village et se réfugie à Akbou, une petite ville coloniale à l’époque. La ville d’Akbou comptait entre autre une radio locale et des boites. Chérifa y apprend à chanter. Les lieux où elle se produisait étant fermés, elle se résout à quitter la région pour Alger. C’est en 1942 qui est née la fameuse « Bqa Ala Khir Ay Akvou, ifuk Z’hou » «Akbou, je te laisse en paix, il n’y a plus de bonheur ».

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Arrivée à Alger à la fin des années 1940, Chérifa intègre en 1947 la radio algérienne et y devint, avec le regretté Cheikh Noureddine et la chanteuse LLa Yamina, les premiers animateurs kabyles. Elle collectionnait alors les chansons, notamment avec sa troupe « Lkhalat » (les femmes). Elle crée alors « Sniwa d Ifendjalen », « Ay Azwaw », « Achal Uzlegh »… Elle chantait a côté d’autres grandes divas de la chanson kabyle, à l’image de H’nifa et Djamila.

Chérifa a produit un millier de chansons. Ses grandes créations ont été reprises par une bonne partie des chanteurs kabyles. Mais elle a fini ses jours dans la misère. « Je suis abandonnée », a-t-elle confié il y a une semaine au journal La Dépêche de Kabylie. Pis, célibataire à vie, elle n’avait même pas d’enfants qui pouvaient la prendre en charge.

Chérifa sera inhumée, demain, dans son village d’Aït-Halla, à Bordj-Bouarréridj.

Essaïd Wakli