Le chef du gouvernement Abdelmalek Sellal a officialisé ce jeudi sa démission. Il troque son poste de Premier ministre pour celui de directeur de campagne du Président-candidat Abdelaziz Bouteflika, qui brigue un quatrième mandat. Youcef Yousfi le remplace.

C’était un secret de polichinelle. Le mince suspense qui demeurait quant à la démission d’Abdemalek Sellal, Premier ministre de l’Algérie depuis septembre 2012, a été levé ce jeudi aux alentours de 13 H. Après un an et demi d’exercice, le nouveau ex-chef du gouvernement a rendu cet après-midi sa lettre de démission au Président Abdelaziz Bouteflika, qui l’a acceptée.

Il cède son poste à Youcef Yousfi, qui reste ministre de l’Energie et des Mines. Yousfi a ainsi été choisi par le Président Abdelaziz Bouteflika pour assurer l’intérim jusqu’au 17 avril prochain.

Abdelmalek Sellal devient officiellement le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Un rôle qu’il avait déjà endossé en 2009.

Excepté, le départ d’Abdelmalek Sellal et de l’arrivée de Youcef Yousfi à la tête du gouvernement, il n’y aura pas d’autre remaniement ministériel d’ici le 17 avril.

Sur le terrain, Abdelmalek Sellal assumait déjà le rôle de directeur de campagne d’Abdelaziz Sellal, puisque, rappelons le, ce haut responsable de l’Etat avait lui-même rendu publique l’intention du Président en exercice de briguer un 4è mandat, en marge d’une conférence de presse sur l’environnement à Oran, en présence de l’ex-gouverneur de la Californie Arnold Shwarzenegger.

Mais surtout, Abdelmalek Sellal a profité de son poste clef au sein du gouvernement pour sillonner le pays, visitant chacune des 48 wilayas du pays et jouer le VRP afin de défendre le bilan du Président-candidat, qui, diminué physiquement depuis son second AVC en avril 2013, n’est plus en mesure d’effectuer des déplacements en région.

Et pour défendre son candidat, Abdelmalek Sellal est prêt à tout, y compris à comparer l’actuel chef de l’Etat algérien à la chancelière allemande Angela Merkel pour leur longévité au sein des hautes sphères du pouvoir. « Abdelaziz Bouteflika a le droit de briguer un quatrième mandat comme Angela Merkel qui a fait trois mandats et elle peut ajouter un quatrième et même un cinquième mandat, sans aucun problème », a-t-il ainsi déclaré. Une comparaison qui avait fait rire jusqu’en France, les journalistes du Petit Journal de Canal Plus consacrant un reportage sarcastique à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika en dépit de son état de santé.

La mission d’Abdelmalek Sellal est simple : convaincre les électeurs algériens de voter mais surtout les inciter à se déplacer au bureau de vote le 17 avril prochain. Et ce n’est pas gagné. Interrogé par nos soins, Louisa Dris Aït Hamadouche, professeur en sciences politiques à l’université d’Alger, estime que dans le contexte politique actuel il faut s’attendre à un taux d’abstention record. Or la participation est l’un des rares moyens pour le gouvernement de légitimer le scrutin du 17 avril prochain, très fortement décrié par l’opposition, ajoute-t-elle.

Ainsi, ces dernières semaines, Abdelmalek Sellal a invité à plusieurs reprises les Algériens à se rendre « massivement » au urnes le 17 avril prochain, alors que les appels au boycott de l’élection présidentielle, considérée comme une « mascarade » pour le front de boycotteurs, se multiplient.

Si Abdelamelk Sellal renonce à son poste de Premier ministre, il reste toutefois président de la Commission de préparation de l’élection présidentielle 2014. Une anomalie et une preuve supplémentaire que le vote du 17 avril n’est pas un véritable rendez-vous démocratique, dénonce l’opposition.

Moqué par les internautes algériens

Durant ces dix-mois au Palais du gouvernement, Abdelmalek Sellal s’est principalement fait remarquer par ses multiples sorties médiatiques ces derniers mois, entre ses néologismes et des gaffes. Son style ne fait effectivement pas l’unanimité, notamment parmi les intellectuels algériens. Il est d’ailleurs devenu la cible privilégiée du rappeur d’Annaba Lotfi Double Kanon, qui lui a consacré ses dernières chansons. Des morceaux virulents et hostiles au régime algérien. Lors d’une conférence de presse, le principal intéressé avait reconnu que les internautes ne lui font pas de cadeau.

La même équipe qu’en 2009 ?

Reste à savoir si l’équipe de campagne de 2014 sera exactement la même que celle de 2009, qui avait assuré à Abdelaziz Bouteflika un 3è mandat à la tête de l’Algérie. Quel rôle sera dévolu à Amar Saïdani, chef de file du FLN, à Amara Benyounès, ministre du Développement industriel, ainsi qu’à Abdelaziz Belkhadem, porte-parole du gouvernement ? Réuni en petit comité dimanche, avec ces proches d’Abdelaziz Bouteflika et d’autres personnalités ayant déjà fait partie de la direction de campagne de Bouteflika, Abdelmalek Sellal a alors émis le souhait de travailler avec la même équipe que durant la précédente campagne.

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