Lu sur Liberté

“Pour moi, un État ne peut être respecté que quand ses gouvernants ont une légitimité non diminuée. Je défends cette légitimité de l’État”, a-t-il déclaré. “Quand l’Algérie sortira-t-elle du bourbier de la fraude ? Pourquoi, pourquoi lorsqu’on vote, vos voix ne sont pas visibles ? Qu’a-t-on fait pour mériter d’être à la traîne des pays ?” C’est ainsi qu’a exprimé, hier, le candidat Ali Benflis toute son aversion par rapport au spectre de la fraude qui, selon lui, plane sur la présidentielle du 17 avril prochain.

Réunis à Hydra, à Alger, avec des journalistes, à l’occasion de la Fête internationale de la femme, le 8 Mars, le candidat indépendant à la présidentielle a vigoureusement dénoncé la fraude. “La fraude est moche, les étrangers ironisent sur nous, c’est une honte, c’est sale et c’est malhonnête de toutes les façons”, a-t-il lancé sur un ton de regret. Selon lui, “ce qui est usurpé n’ira pas à bon port”. Son argument est que “le pays est arrivé à une situation telle que même en étant réglo, il n’est pas évident d’être accepté par l’opinion”.

La dénonciation de la fraude par le candidat Benflis a, en fait, un rapport direct avec les irrégularités qui ont marqué, comme il en avait déjà fait état, la collecte de signatures du Présidentcandidat. “Il y a un candidat qui a récolté des signatures en violation de la loi et par une utilisation frauduleuse des registres de l’état civil. Si la justice était indépendante, on aurait demandé à des milliers de citoyens de porter plainte”, déplore-t-il, avant de noter : “Je ne suis pas naïf, je sais que ça n’arrivera pas parce que la justice n’est pas indépendante.” En dépit d’une élection qualifiée de “jouée d’avance” par l’opposition, l’ancien chef de gouvernement ira tout de même à l’élection.

La raison ? “Les Algériens sont plus vigilants et vont surveiller et protéger leur voix. J’ai des soutiens par centaines de milliers et ils sont décidés à surveiller les opérations de vote”, dit-il. Et pour mieux convaincre de sa popularité et de la possibilité pour ses soutiens de surveiller efficacement les urnes, il évoque l’opération de collecte des signatures, qui n’a été qu’“une simple formalité” pour lui. “J’ai ri quand on m’a dit combien de signatures j’avais collectées ? La collecte des signatures a été une question qui ne s’est pas posée à nous. Vous devinez que ça n’a été qu’une simple formalité pour moi”, explique-t-il, avant de noter : “Je n’ai pas eu de problème à réunir les signatures.

En huit jours, on a tout ficelé. Et quand on me posait la question, je répondais par correction en disant que j’avais recueilli trois fois plus de signatures que ce qui est exigé par la loi électorale. Mais comme je ne voulais pas que mes soutiens soient essoufflés, je leur ai demandé de continuer à rassembler d’autres signatures.”

“Ne pas s’arrêter à l’indignation”

En cas de fraude avérée, le postulant aux plus hautes fonctions de l’État recommande à ses partisans de “ne pas s’arrêter à l’indignation”. À la question de savoir ce qu’il entend par ce message, Benflis fera remarquer : “Je ne demande pas aux gens de porter des armes, mais juste de surveiller leur voix.” Insistant sur l’impératif d’une élection crédible de laquelle sortira un président légitime, le candidat assène : “Pour moi, un État ne peut être fort intérieurement et respecté à l’extérieur que quand ses gouvernants ont une légitimité non diminuée. Je défends cette légitimité de l’État.” Le candidat parle, en outre, d’une autre légitimité, “celle de la compétence”. C’est dans cette optique qu’il a promis d’intégrer dans des postes de décision et stratégiques “des personnes qui ont la légitimité des compétences”.

“Les boycotteurs ont le droit de se réunir”

Le candidat Benflis défend le droit à l’expression des partis boycottant l’élection présidentielle. “Les boycotteurs ont le droit de boycotter. Celui qui les empêche de s’exprimer commet une violation de la Constitution.

C’est une atteinte à leur droit à l’expression et leur droit à la citoyenneté”, considère-t-il, avant d’insister sur l’impératif pour l’État de “respecter les droits des boycotteurs en les autorisant à se réunir”. Interrogé quant à ses critiques envers l’ENTV fermée à l’opposition, l’ancien patron du FLN lance, avec dépit, que l’ENTV lui “fait pitié”. Et de dévoiler ses intentions par rapport aux médias publics. “Je veux les libérer, ils me font pitié. Je sais que ces médias recèlent des compétences.

Si je suis élu à la magistrature suprême, je redonnerais la crédibilité aux médias publics.” Plus fondamentalement, il expliquera son ambition de “bâtir une société des libertés et de libérer le peuple algérien”. Sollicité pour de plus amples précisions, il indiquera qu’il veut “une réforme de l’éducation et de la santé” et aussi “de meilleures autoroutes”. “Je ne veux plus que nos prisons ressemblent à des mouroirs, je veux bannir une bonne fois pour toutes la fraude et je prendrai le temps de le faire.”

Concernant la loi sur l’audiovisuel, Benflis annonce qu’il réunira les professionnels du domaine, qu’ils soient du secteur public ou privé, pour leur permettre d’élaborer eux-mêmes le texte juridique. “Je voudrais que nous soyons les premiers dans le domaine de l’information”, a-t-il souhaité. Tout en plaidant aussi en faveur d’une éthique et d’une déontologie dans tous les fonctionnements institutionnels, il promettra que ce contrôle commencera par la présidence de la République au cas où il serait élu à sa tête. “La première institution qui sera examinée par la coure des comptes sera la présidence de la République.

Si je veux contrôler, je dois commencer par moi-même”, annonce-t-il, avant de préciser que “si je fais ça, les walis, les ministres et les responsables n’auront rien à redire dans le cas où il seraient examinés par cette institution”.

“Nous sommes devenus la risée du monde”

Le candidat Benflis n’a pas été avare en qualificatifs pour expliquer à quel point l’image de l’Algérie est ternie à l’étranger. “Les gens à l’étranger se moquent, se gaussent, ricanent de l’Algérie dont l’image est malmenée. Nous sommes devenus la risée du monde”, déplore-t-il.

Comment y remédier ? “Je ne peux pas arranger en dix jours ce qui a été détruit pendant des lustres”, a-t-il indiqué dans un premier temps, avant d’enchaîner : “Je vais revenir aux fondamentaux en misant sur les ressources humaines. Je choisirai les personnes aptes à représenter l’Algérie à l’étranger.” Mais pas seulement.

Benflis préconise une amélioration de la situation interne du pays à travers le dialogue social, la culture du consensus et l’institution d’une société des libertés. “Et ce sont des citoyens confiants en leur pays qui véhiculeront une image rassurante à l’étranger”, dit-il, arguant que la politique extérieure reflète celle de l’intérieur. “Si c’est foutu à l’intérieur et que la situation du pays est marquée par des contestations, il ne sert à rien de faire de beaux discours à l’extérieur, les étrangers nous diront : ‘Avant de venir vous adresser à nous, réglez d’abord les problèmes dans votre pays.’”

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