Abdou-Semmar1  Mon Président aime le football. Moi aussi. Mon Président aime la Ligue des Champions. Moi aussi. Mon président a été déçu par l’élimination du FC Barcelone et ravi par le retour de l’Atlético de Madrid dans l’arène des grands clubs de football européens. Moi aussi. Je suis enfin heureux de voir que je partage la passion du football avec mon Président. Et je remercie ainsi le ministre des Affaires Etrangères Espagnol José Manuel Garcia-Margallo y Marfil de m’avoir permis de découvrir cette passion du football chez mon propre Président.

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Un Président qui ne me parle que lorsqu’un dignitaire étranger est en visite dans mon propre pays. Un président qui aime tellement les diplomates occidentaux qu’il n’hésite plus à se confier ouvertement à eux pour leur parler de ses déboires électoraux. C’est à eux qu’il a dénoncé le «terrorisme à la télévision» de son adversaire à l’élection présidentielle de mon pays. Je le dis et je le pense vraiment : heureusement que les diplomates occidentaux existent et visitent mon pays ! Sinon, je n’aurais jamais pu connaître et écouter mon propre Président. Ce dernier ne se confie jamais à moi. Il ne me dit presque rien. Quelques fois il m’écrit des messages, mais pas plus. Et pourtant, j’aurais aimé voir ce palpitant match de la ligue des Champions avec lui. Sauf que ce jour-là, moi pauvre citoyen, j’étais préoccupé par un tout autre événement.

Ce jour-là, j’étais accroché au téléphone pour écouter les souffrances de mes amis à Ghardaïa, cette ville située au sud de mon pays où les violences et les affrontements communautaires font de plus en plus de morts et de blessés. A Ghardaïa, le football est devenu un luxe auquel personne ne peut prétendre. Dans les rues, il fait tellement sombre, les pierres et les projectiles inondent les chaussées et les espaces publics, les jeunes et adultes ont tellement peur, que personne n’ose sortir jouer un petit match de foot. Non à Ghardaïa, on entend effectivement parler du FC Barcelone et de l’Atlético de Madrid. On entend parler de la Ligue des Champions et de son suspense. Mais à Ghardaïa, ces plaisirs là sont désormais interdits car la vie a été gâchée par cette flambée de violence que personne ne semble capable d’arrêter. Même pas mon grand et éternel Président.

A Ghardaïa, personne n’a pu savourer la qualification de l’Atlético de Madrid ou pleurer l’élimination du FC Barcelone. Mon Président ne le sait peut-être pas, mais là-bas, à Ghardaïa et non pas en Espagne, les habitants ont d’autres soucis. Là bas, à Ghardaïa et non pas à Barcelone, ils pleurent leurs morts, leurs blessés et s’inquiètent pour leur avenir. Là bas, à Ghardaïa, et non pas à Madrid, ils espèrent un retour au calme, la fin des hostilités, la fin du cauchemar des violences civiles et une véritable implication de leur Etat. La bas, en Algérie et non pas en Espagne, on attend toujours un discours ou un geste de notre bien aimé Président pour écourter les souffrances de la population de Ghardaïa.

A Ghardaïa, croyez-moi mon Président, on aurait bel et bien aimé savourer un match de la Ligue des Champions. Toutefois, à Ghardaïa, croyez-moi mon Président, on aurait aimé avant cela vous entendre dénoncer la «fitna» et vous voir ramener le «calme». Vous savez mon Président, le jeune Benacer Nacer tué vendredi à Ghardaïa n’avait que 22 ans. Il aimait lui aussi le FC Barcelone et ses stars. Il aimait Messi, Xavi et Iniesta. Mais il aimait davantage la vie que le football. Et cette vie lui a été volée. Si vous aviez fait, ou dit quelque chose, dans les jours qui se sont écoulés, il aurait peut-être pu admirer votre passion pour le football européen. Malheureusement, lui comme tant d’autres victimes de ces violences communautaires, il ne pourra plus jamais vous écouter…

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