Amara Benyounès, le ministre du Développement industriel qui mène campagne sur le terrain pour le Président-candidat Abdelaziz Bouteflika, était l’invité ce dimanche d’une émission politique de la chaîne de télévision française TV5 Monde. L’occasion pour ce porte-parole de Bouteflika de minimiser le poids de la contestation contre le 4è mandat, que brigue le Président algérien.

En marge de son déplacement en France, dans les villes de Paris et de Lille, dans le cadre de la campagne qu’il mène pour son candidat Abdelaziz Bouteflika, Amara Benyounès a donné une interview à la chaîne de télévision française TV5 Monde ce dimanche. Sur le plateau de télé, le ministre du Développement industriel et porte-parole du Président-candidat ne s’est pas fait prier pour attaquer le mouvement populaire hostile au 4è mandat Barakat ! Objectif : discréditer le mouvement qui s’oppose dans la rue à un nouveau mandat du Président âgé de 77 ans.

Barakat ne rassemble « pas plus de 30 personnes »

Amara Benyounès s’en est d’abord pris au nombre de manifestants qui participent aux actions anti-4è mandat, qualifiant le mouvement Barakat de « minoritaire ». « C’est un mouvement minoritaire, un mouvement qui ne rassemble pas, un mouvement qui n’arrive pas à mobiliser », a-t-il insisté au micro de TV5 Monde. Et d’enfoncer le clou : « Dans toutes les manifestations que vous avez suivi, ils n’ont jamais pu rassembler plus de 30 personnes ».

Interrogé sur les interdictions de rassemblement sur la voie publique, le ministre s’est défendu de vouloir museler les voix hostiles au 4è mandat. « L’opposition s’exprime. Le front du boycott a été autorisé la semaine dernière à organiser un meeting. On leur a donné une salle », affirme ce proche d’Abdelaziz Bouteflika. Le dispositif sécuritaire mis en place durant les sit-ins de Barakat et d’autres rassemblements d’opposition n’est pas non plus un moyen d’empêcher les adversaires du Président-candidat de s’exprimer, a-t-il encore défendu. « Le mouvement Barakat ! s’exprime depuis maintenant presque deux mois. Ils font leur manifestation à Alger. Ils sont encadrés par la police parce qu’on peut pas laisser la capitale tous les samedis entre les mains des manifestants et bloquer toute la capitale », a-t-il expliqué.

Et de discréditer ensuite le mouvement qui peine, selon lui, à rassembler les Algériens. Ainsi, lorsque les journalistes l’interroge sur l’importance de la contestation sur internet, le ministre réplique tout-de-go : « Oui ça se joue sur les réseaux sociaux mais la réalité c’est le terrain. La réalité, c’est pas Facebook qui va voter, ce sont pas les réseaux sociaux qui vont voter, c’est pas internet qui va voter. C’est le peuple algérien qui va voter ». Il enchaîne en expliquant que le poids de la contestation sur le web est disproportionné par rapport à la réalité algérienne. « Nous savons qui se cache derrière les réseaux sociaux. Nous savons tous les faux profils, que n’importe qui d’entre nous peut avoir 50 ou 60 profils et aller sur internet et faire ce qu’il a envie de faire », avance-t-il. « C’est bien Facebook mais c’est mieux le terrain », tranche-t-il.

Barakat accusé de saboter les meetings pro-Bouteflika

Amara Benyounès en a également profité pour accuser Barakat ! de semer la zizanie dans les meetings organisés par la direction de campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Samedi, l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, avec sa casquette de directeur de campagne, s’est rendu à Béjaïa mais face à la pression de la rue il a été contraint de rebrousser chemin avant même de donner un discours. Sous la pression populaire, Sellal a même décidé d’annuler le meeting qu’il devait animer le 12 avril à Batna, sur les terres de la communauté chaouie, dont il s’était maladroitement moqué. Sur le plateau de TV5 Monde, Amara Benyounès, qui a lui-même été chahuté lors de meetings à Marseille et à Tizi Ouzou la semaine dernière, a estimé que la nouvelle « stratégie » de Barakat est « plus médiatique que politique ». « Ils vont dans les grands rassemblements pour chahuter. Ils utilisent nos rassemblements, dans lesquels il y a beaucoup de monde qui vienne, pour venir chahuter et s’exprimer », a dénoncé ce porte-parole d’Abdelaziz Bouteflika.

Bouteflika « poursuit sa rééducation »

Le ministre du Développement est aussi revenu sur l’état de santé du Président Bouteflika qui mène une campagne par procuration, n’ayant assisté à aucun meeting depuis le lancement officiel de la campagne électorale, le 23 mars dernier. Rappelant que le chef d’Etat a reçu jeudi coup sur coup le Secrétaire d’Etat américain John Kerry et l’Émir du Qatar, Amara Benyounès a confié qu’Abdelaziz Bouteflika « va bien, sa santé s’améliore régulièrement. Il a reçu John kerry et l’Emir du Qatar. C’est quelqun dont les fonctions mentales fonctionnent très bien ». Mais ce porte-parole du Président-candidat a toutefois reconnu que celui qui brigue un 4è mandat consécutif à la tête de l’Algérie est toujours en convalescence, suite au second AVC, dont il a été victime en avril 2013. « Il a un problème de rééducation fonctionnelle. Il est en train de poursuivre sa rééducation, ça s’améliore de jour en jour mais sa tête fonctionne très bien », a-t-il soutenu.

« L’élite politico-médiatique française ne connait pas l’Algérie d’aujourd’hui »

Autre dossier abordé durant cette interview : les relations franco-algériennes. Le ministre du Développement industriel reconnait qui reste du travail pour fortifier le partenariat économique entre les deux pays. Il a d’abord estimé que les relations entre l’Algérie et la France sont « excellentes » mais perfectibles. « Sur le plan politique, les relations sont excellentes. Sur le plan économique, nous sommes en train de travailler avec mon ami Arnaud Montebourg [ndlr ministre de l’Economie français] pour mettre ces relations économiques  au même niveau que les relations politiques », a expliqué Amara Benyounès. Et d’identifier les obstacles, qui freinent les relations économiques algéro-françaises. « Il y a trois types de problème avec la France : nous avons nos extrémistes en Algérie qui ne veulent pas entendre parler de relation avec la France, ceux qui n’ont pas fait la guerre au moment où il le fallait et veulent la faire après l’indépendance ; il y a une partie de la société française, qui n’a pas compris que l’Algérie est réellement indépendante ; mais le vrai problème qui se pose, et je le dis tous les jours à mes amis français quand je les rencontre, c’est que malheureusement l’élite politico-médiatique française qui en connait pas l’Algérie d’aujourd’hui », a-t-il conclu.

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