« La défaite de Bouteflika ne serait pas la signe d’un changement du système politique algérien »

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Après trois semaines de campagne, l’élection présidentielle algérienne approche de son dénouement. Les Algériens sont appelés aux urnes ce jeudi 17 avril. Mais quels sont les enjeux d’un scrutin électoral que beaucoup dit « joué d’avance » ? Éléments de réponse. 

Bouteflika réélu pour un 4è mandat ?

Le Président Abdelaziz Bouteflika brigue ce jeudi 17 avril un 4è mandat consécutif. Après 15 ans passés à la tête de l’Algérie, le Président sortant s’accroche à son siège malgré son état de santé. Très affaibli suite à une deuxième attaque cérébrale en avril 2013, le chef de l’Etat a conduit une campagne inédite au monde. Pas un discours politique, pas d’apparition en publique et pas de meeting. Abdelaziz Bouteflika a mené une campagne par procuration de bout en bout se reposant sur ses 7 représentants, dont son directeur de campagne et ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, le ministre du Développement industriel Amara Benyounès et le ministre des Transports, Amar Ghoul.

Dans ce contexte, l’élection présidentielle 2014 est un « test », estime, Louisa Dris Aït Hamadouche, professeur de sciences politiques à l’université d’Alger. Pour cette politologue, le premier enjeux de ce scrutin est de « montrer ou pas la capacité de résilience du système politique algérien ». Mais pour cette spécialiste de la vie politique algérienne, le suspense sur la réélection d’Abdelaziz Bouteflika est faible. « L’élection présidentielle 2014 est une élection non-concurrentielle : le scrutin est pluraliste mais en même temps fermé. L’issue est connue d’avance », explique Louisa Dris Aït Hamadouche. Si Abdelaziz Bouteflika, qui a voté ce matin en chaise roulante, venait à être battu, ce serait « une grosse surprise ».

Une alternance politique est-elle possible ?

L’Algérie n’a pas connu d’alternance politique depuis 15 ans. En 2014, Abdelaziz Bouteflika est même battu le record de longévité d’un Président algérien à la tête de l’Etat. Pour Louisa Dris Aït Hamadouche, les chances d’alternance politique sont faibles étant donné que « depuis plus d’un an le cercle présidentiel a préparé une élection fermée ». Cette universitaire va plus loin : la victoire d’un adversaire d’Abdelaziz Bouteflika, notamment d’Ali Benflis, reconnu comme le principal challenger du Président-candidat, ne sera pas pour autant le signe d’une alternance politique. « Il n’y a pas de candidats qui représentent une réelle rupture avec le système. Pas même Ali Benflis », estime-t-elle. Ce dernier est « un enfant du parti unique, ancien chef de gouvernement et directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika », rappelle-t-elle. « Il propose seulement un changement dans la continuité. Si Ali Benflis gagne, il ne reviendra pas sur les fondements du système politique. Sa victoire serait le signe d’un changement de régime, pas de système politique », tranche Louisa Dris Aït Hamadouche. Et des changements de régime l’Algérie en a connu plusieurs depuis l’Indépendance, comme l’introduction du pluralisme, mais jamais de bouleversement du système politique, analyse Louisa Dris Aït Hamadouche. D’ailleurs, ces changements de régime ne sont qu’une caution apportée pour régénérer le système politique algérien, poursuit-elle.

Présidentielle 2014, une élection transparente ?

L’élection présidentielle algérienne sera-t-elle oui ou non entachée par la fraude électorale? Des candidats, comme Ali Benflis et Moussa Touati, ont déjà mis en garde contre la triche électorale, lors de leur meetings et sur le plateau de l’ENTV. « Un terrorisme via la télévision », a dénoncé de son côté le Président Abdelaziz Bouteflika, alors qu’il recevait le ministre des Affaires étrangères la veille de la clôture de la campagne présidentielle.

Sur ce point, les fins connaisseurs de la vie politique algérienne sont unanimes. L’administration algérienne n’a donné aucune garantie pour assurer la transparence du scrutin du 17 avril.  » En Algérie, les électeurs algériens ne choisissent pas librement », tranche Louisa Dris Aït Hamadouche, qui distincte deux types de fraudes électorales. Celle qui a lieu  priori, c’est-à-dire avant le début même du processus électoral. « C’est une tradition en Algérie. On manipule les électeurs en créant un climat de peur, avec l’implication des ministres dans la campagne, la redistribution massive de la rente à pétrolière à la population à la veille d’une élection. C’est une façon si ce n’est d’acheter du moins de garantir le soutien des électeurs algériens. Le discours politique cristallise les peurs de la population, qui fait de l’élection non pas un test politique mais un enjeu sécuritaire. En somme, on dit au peuple que l’élection est un moyen de garantir la stabilité sinon le pays se dirige vers le chaos. Or, le vote refuge va toujours en faveur du régime en place », développe Louisa Dris Aït Hamadouche.

Pour cette politologue, la répression du sit-in du mouvement Barakat mercredi, soit 24H avant le vote, contribue à ce « climat de peur », alimenté par le régime en place depuis plusieurs mois.

Les Algériens iront-ils voter ?

Les électeurs algériens ont pris l’habitude de déserter les urnes. Ce matin encore, les rues de la capitale sont vides et il n’y a pas foule à l’abord des bureaux de vote. Or le taux de participation annoncée par le Conseil constitutionnel ne coïncide pas avec cette réalité du terrain. « On observe une différence extraordinaire entre le taux officiel et le taux réel », relève Louisa Dris Aït Hamadouche, qui mesure le taux réel de participation à l’élection présidentielle 2009 en dessous de 20% tandis que les autorités algériennes ont annoncé une participation à plus de 70%.

Pour Louisa Dris Aït Hamadouche, la participation est un enjeu du scrutin du 17 avril dans la mesure où ce taux permet de légitimer le régime en place. Mais avec des chiffres gonflés par les autorités algériennes, la crédibilité du taux de participation est elle-même devenue un enjeu, conclut Louisa Dris Aït Hamadouche.