Les Elections Présidentielles en Algérie : le burlesque, le tragicomique et le guignolesque

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Les prochaines élections présidentielles en Algérie auront lieu le 17 Avril 2014, et ces derniers mois, ce rendez-vous électoral important a présenté toutes les caractéristiques d’une mascarade, à l’image de la quasi-totalité des élections de l’histoire de l’État Algérien et ce depuis l’indépendance en 1962.

 Les élections en Algérie n’ont jamais été particulièrement connues pour être libres, équitables ou transparentes. Elles sont souvent truquées, biaisées avec des résultats qui, généralement ont été décidés avant même le début du scrutin et ce par les différentes factions du régime et les groupes d’intérêts qui y sont associés.

 D’ailleurs, quand je pense à ces élections particulièrement, elles me font penser à une comédie Algérienne bien hilarante: Carnaval Fi Dashra (Carnaval dans un Village, sortie en 1994), où le personnage principal Makhlouf Bombardier qui après être devenu maire avec l’aide d’un entourage ombragé et une campagne électorale extravagante, va tenter d’organiser un festival international du film qui va rivaliser avec l’édition tunisienne de Carthage. Il sera entraîné dans des affaires de corruption et de détournement de fonds, ce qui n’arrêta en rien son ambition de se présenter  aux élections présidentielles.

 En plus d’être un spectacle amusant, cette comédie est aussi une critique satirique de la politique algérienne. Elle exprime d’une manière très drôle ce que les Algériens pensent des élections et à quel point ils sont devenus aliénés par le système politique algérien.  La période préélectorale n’a pas manqué de livrer des scènes et épisodes dignes d’un film de Hollywood ou d’un cirque tragi-comique.

Parmi les candidats en liste pour ces élections, nous avons des candidats franco- algériens (qui ont dû renoncer à leur citoyenneté française) et qui se distinguent, non pas par leur patriotisme exemplaire ou par leur intégrité (que je ne conteste pas ici), mais par le fait qu’ils n’ont jamais vécu en Algérie, ce qui rend très difficile de les prendre au sérieux. Leur ambition et leur volonté à servir leur pays d’origine devraient certainement être saluées mais c’est sûr qu’ils ne se sont pas lancés dans des plans pareils avec l’illusion de gagner. De toute façon, qui pourrait les blâmer de voir ces élections comme une occasion ou un tremplin pour intégrer le système politique algérien?

 L’un d’eux, Kamal Benkoussa, un trader et partenaire de fonds spéculatifs américain à Londres et qui a adopté le slogan « Yes We Can » d’Obama  pour sa campagne électorale a finalement décidé de se retirer de la course électorale à la fin de Février après avoir réalisé que le jeu était fermé et perdu d’avance. Il a choisi le célèbre cimetière El Alia à Alger pour faire son annonce, un lieu bien choisi pour un lit de mort d’un rêve présidentiel.

 L’autre candidat est Rachid Nekkaz, un homme d’affaires qui a connu la gloire après avoir été candidat pour les élections présidentielles françaises en 2007. Celui-ci amuse le public algérien depuis quelques semaines par ses interviews drôles, pour ne pas dire maladroites, sur les chaînes de télévision algériennes. Le mystère n’est pas absent non plus ; l’étrange disparition des signatures qu’il aurait accumulés pour valider sa candidature au conseil constitutionnel est digne d’un roman d’espionnage ou de conspiration. Suite à cela, il organise une manifestation surprise à Alger le 8 Mars 2014 et réussi sans aucune contrainte ou répression à mobiliser quelques centaines de personnes alors que jusque-là toutes les manifestations du mouvement Barakat étaient réprimées et plusieurs de ses membres arrêtés.

 Un président candidat inapte 

Ce qui rend la tragi-comédie qui se déroule en Algérie encore plus burlesque et triste en même temps est la candidature d’un président physiquement inapte pour un quatrième mandat, un homme de 77 ans qui a encore des difficultés à récupérer suite à un AVC qui a entraîné son hospitalisation à Paris pour presque trois mois avec une période de convalescence à l’Hôtel des Invalides de Paris. Invalide, un terme qui décrit parfaitement l’état actuel du président Abdelaziz Bouteflika, surtout que ses rares apparitions chorégraphiées à la télévision algérienne n’ont pas réussi à dissiper les sérieuses préoccupations quant à son état de santé et sa capacité à gouverner. D’ailleurs, cela n’a pas manqué de faire de lui la risée de programmes de télévision de chaînes françaises. Un traitement bien mérité pour le moins d’un président qui ne s’est pas adressé à la nation Algérienne pour plus de 22 mois et qui a été réduit à une image-candidat, d’un mégalomane qui a modifié la constitution en 2008 pour permettre un nombre illimité de mandats et probablement ainsi se donner l’opportunité de mourir au poste de président et avoir le privilège de funérailles digne d’un président d’État.

 Parmi les six candidats validés hormis Bouteflika, Ali Benflis, ancien Premier ministre sous Bouteflika (2000-2003) et rival malheureux aux élections présidentielles de 2004, semble être le seul candidat qui pourrait représenter une nuance de menace au règne de Bouteflika. Après une défaite humiliante en 2004, Benflis pourrait considérer ces élections présidentielles comme l’occasion propice pour renverser les rôles et battre son ancien adversaire. Prendre sa revanche et ainsi montrer à la nation qu’après dix années d’absence de la scène politique, il peut être le prochain président, pourrait bien être son espérance. Mais il semblerait que le vent ne soit pas en sa faveur. Il ne nous reste plus qu’à espérer que ce dernier ait le cœur solide pour l’aider à supporter une seconde défaite à l’âge de 70 ans.

 Et après-tout, comme nous le disons si bien dans le langage populaire algérien, « El-Hadj Moussa ou Moussa El-Hadj », Bouteflika ou Benflis, quelle différence? Étant donné que les deux représentent des factions au sein du régime et que les deux sont soutenus par certains groupes oligarchiques. Le choix entre ces deux candidats ne fera finalement que prolonger la durée de vie du système actuel. Ce qui est nécessaire aujourd’hui est une rupture totale avec ce système tyrannique ainsi qu’avec tous ses acteurs.

Le despotisme électoral

 Au-delà des candidats, de leurs qualités et de leurs défauts, la démocratie ne se réduit pas à des élections, surtout lorsque celles-ci se produisent dans un cadre despotique et lorsque celles-ci sont utilisés pour légitimer le système en place et offrir une façade «démocratique» aux pratiques autoritaires et au pillage de la rente pétrolière. Cette mascarade électorale est une autre preuve du refus du régime algérien de se démocratiser et ce malgré les bouleversements des soulèvements arabes et des leçons qui devraient être tirées des interventions occidentales dans des pays comme la Libye et l’Irak : Nier la liberté et le droit à l’autodétermination à son peuple ne vous rendra que plus vulnérables aux desseins impérialistes.

 Les personnes qui arrivent à remettre en question de manière légitime cet état des choses se font souvent appelées des agents provocateurs qui cherchent à déstabiliser le pays au profit de puissances étrangères. Par exemple, l’ancien Premier ministre, le fameux Abdelmalek Sellal, qui a démissionné il y a de cela quelques jours afin de diriger la campagne électorale de Bouteflika, a décrit les personnes s’opposant au quatrième mandat comme étant des agitateurs méritant un traitement pire que celui donné aux terroristes qui ont attaqué l’usine d’In Amenas en Janvier 2013.

 La fausse stabilité que ce régime met en avant n’est pas du tout viable sur le long terme car il ne sera pas possible d’indéfiniment racheter la paix sociale avec une rente pétrolière sensible aux variations cycliques des prix du marché et parce que la patience du peuple algérien sera un jour épuisée.

 Peu importe qui remportera les prochaines élections présidentielles ; la démocratie ne sera sûrement pas être gagnante. Et dans l’absence d’une alternative viable et capable de mobiliser les masses autour d’un projet de société libérateur, le boycott de ces élections présidentielles  est un choix politique honorable à faire.

Dr Hamza Hamouchene

Dr Hamza Hamouchene est un militant des droits humains et co-fondateur d’Algeria Solidarity Campaign (ASC), une organisation basée a Londres qui milite pour un changement démocratique pacifique.