Plus de 8.000 personnes ont assisté au premier meeting des boycotteurs à Alger le 21 mars. Photo : Djamila Ould Khettab

Le front du boycott a appelé ce vendredi à l’organisation de plusieurs sit-ins à travers l’ensemble du territoire entre le 14 et le 16 avril. En coulisse, ils poursuivent la rédaction d’une « plateforme pour gérer la transition démocratique post-Bouteflika ». Sa publication aura lieu après le vote, assure la coalition.

Ce vendredi, les partis politiques composant le front du boycott, à savoir le Mouvement de la société pour la paix (MSP), du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), du Front pour la justice et le développement (FJD), d’Ennahda, de Jil Jadid ainsi que de l’ex-candidat à la présidentielle Ahmed Benbitour ont donné le feu vert à leurs sympathisants pour descendre dans la rue à la veille d’un scrutin « biaisé », selon eux. Ainsi, des manifestations auront lieu simultanément dans les villes de Constantine, Batna, Oran, Chlef, Béchar et Ouargla le 14, 15 et 16 avril prochain. « Il s’agit d’actions symboliques pour marquer notre refus de jouer à des élections fermées d’avance », souligne  Sofiane Sekhri, porte-parole du parti de Jil Jadid, joint par la rédaction.

De Batna à Oran en passant par Ouargla

A cela s’ajoutent les marches du 15 avril en Kabylie, dans les villes de Béjaïa et Bouira, ainsi qu’à Batna, organisée par le RCD pour commémorer les 13 ans de la marche du 21 avril 2001 sur Alger. « Cette année la commémoration de cette marche portera le sceau du boycott de l’élection présidentielle », indique Réda Boudraa, cadre du RCD, contacté par la rédaction.

Discret depuis leur grand rassemblement hétéroclite à la salle el Harcha à Alger, le 21 mars dernier, le front du boycott ne veut pas seulement occuper le terrain de la contestation. Parallèlement aux actions de boycott entreprises dans la rue, durant la dernière ligne droite avant le vote du 17 avril, les partis politiques appelant au boycott poursuivent leur réflexion sur la « transition démocratique » par laquelle l’Algérie doit passer pour entériner l’ère d’Abdelaziz Bouteflika. Un travail de longue haleine, qui a démarré le jour même du lancement officiel de la campagne, le 23 mars dernier. Au cours des deux semaines écoulées, la commission politique chargée de la transition démocratique, composée de trois représentants de chaque parti du front du boycott, plus 3 proches de l’ex-candidat Ahmed Benbitour, s’est effectivement réunie trois fois pour avancer la rédaction d’une plateforme.

Une « transition démocratique » à la tunisienne

Objectif : dessiner les grandes de ligne de l’après-Bouteflika. « Le document dresse dans une première partie un tableau de la situation politique, morale et économique du pays. Dans un deuxième chapitre, on expose notre vision de la transformation démocratique de l’Etat. Et dans une troisième partie, nous évoquons les structures qui géreront cette transition », détaille Sofiane Sekhri, porte-parole du parti de Jil Jadid. « Nous nous sommes inspirés de l’expérience espagnole post-Franco,sud-africaine post-Afrikaaners et tunisienne post-Ben Ali », souligne de son côté Réda Boudraa.

Mais le front du boycott avertit : la publication de cette plateforme ne sera sûrement pas prête pour le 17 avril car elle n’est tout simplement pas liée à la date de scrutin. « C’est une feuille de route trop importante pour l’avenir politique du pays pour la lier à une élection tronquée », justifie-t-il. La plateforme, dont la rédaction est en bonne voie, sera présentée lors d’une conférence nationale quelques jours après le vote, affirme Réda Boudraa, qui assure que la coalition du boycott n’a pas encore arrêté de date.

« La crise politique est inévitable en Algérie »

Le résultat du 17 avril importe peu, la « crise politique est inévitable » en Algérie, assure le front du boycott. Soit le Président Bouteflika est réélu sans fraude mais il n’est pas capable de gérer le pays vu son état de santé. Soit il gagne grâce à la fraude et les autres candidats ne se laisseront pas faire, prévoit-on dans au sein de la coalition du boycott. Elle espère effectivement que les adversaires du Président Bouteflika en course pour le palais el Mouradia se rallieront à leur mouvement après le 17 avril. « Les candidats, qui n’ont pas voulu nous joindre au début parce qu’ils ont voulu croire à la transparence de cette élection, s’uniront peut-être à nous après avoir été trahis par la fraude électorale », souhaite Sofiane Sekhri. « Le réveil va être difficilement pour certains le 18 avril. Certains candidats vont venir d’eux-mêmes vers nous, comme Moussa Touati. En revanche on s’attend à ce que Louisa Hanoune applaudisse la probité du scrutin », prévoit Réda Boudraa.

Et si Benflis était élu …

Du côté des boycotteurs, il est effectivement quasiment impossible que le scrutin du 17 avril se déroule en toute régularité. Pour eux la triche a d’ailleurs déjà été opérée. « Quand on voit que les 4 institutions clef pour une élection, à savoir le ministère de la Justice, de la Communication, de l’Intérieur et le Conseil constitutionnel, sont dirigés par des clients du Présidents, on ne peut pas croire à une élection transparente », dénonce-t-on à Jil Jadid. « Si le Conseil constitutionnel avait été neutre il n’aurait jamais accepté la candidature d’Abdelaziz Bouteflika et aurait au contraire appliquer l’article 88 de la Constitution [ndlr l’article 88 de la Constitution prévoit la destitution du chef de l’Etat en cas d’empêchement] », considère Sofiane Sekhri. Il ajoute : « C’est illégale d’utiliser les moyens de l’Etat pour faire campagne, c’est illégal de faire campagne par procuration. Et pourtant Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas gêné pour le faire ».

Mais à Jil Jadid, on n’exclut pas complètement la porte à une victoire de Ali Benflis, le principal adversaire du Président-candidat. Si l’ancien Premier ministre remporte les suffrages les boycotteurs exigeront de lui qu’il serve un mandat de transition Le Président élu, qui gouvernera durant la phase de transition post-Bouteflika, sera obligé d’ouvrir un dialogue national avec tous les différents acteurs politiques et de la société civile afin d’élaborer une nouvelle Constitution qui servira les intérêts du peuple et non d’un clan.

A une semaine du vote, les boycotteurs de l’élection restent donc sur le qui-vive. Plusieurs scénarios restent encore possibles.