81,53 %. Un chiffre renversant pour un Président qui est très peu apparu ces deux dernières années. « Les Algériens le connaissent et connaissent son bilan », répétait à l’envi son directeur de campagne Abdelmalek Sellal. Un argument qui a reçu un écho chez de nombreux électeurs qui ont intégré que l’Algérie sera avec Bouteflika ou ne sera pas… Même chez les déçus de l’Etat algérien. Reportage. 

Tapis dans l’ombre d’une bicoque dont les murs sont faits de panneaux de liège et le toit d’une taule bien fragile, prêt à s’écrouler au moindre coup de vent, Walid et Ahmed dégustent tranquillement des fraises assis sur un parpaing. Ces jeunes algériens sont bien installés dans leur quartier sans trop se soucier de ce qui les entourent, à part une présence étrangère… « Vous voulez quoi ? On peut vous aider », nous interpelle Walid, un jeune chômeur de 25 ans. « On connait bien le quartier on peut tout vous dire ».

Le fameux quartier est le bidonville de « Wiam » situé à Ain Naâdja à Alger. Il s’agit de l’un des plus grands bidonvilles de la capitale. Découpé en trois secteurs : A, B, et C, ce quartier bien rudimentaire construit par les habitants eux-mêmes abritent depuis une vingtaine d’années plus d’un millier de familles. A Wiam, la « concorde », on a vite repris ses habitudes après la présidentielle : attendre et espérer l’aide de Dieu, et surtout de l’Etat. Ce quartier dans lequel les habitants se disent les « oubliés du gouvernement » ou d’avoir « l’impression de ne pas être des Algériens », a pourtant été très assidu au dernier rendez-vous électoral. Alors qu’on les penserait absents de cette élection, ou déçus de ces rendez-vous politiques, où les promesses restent à l’état de chimères, les habitants de Wiam ont préféré voter.

Voter pour l’homme

« J’ai voté bien sûr ! Comme à chaque fois, et toutes les personnes dans mon quartier ont voté », indique Hairiche, père de trois enfants et habitants du bloc C de Wiam. Déçu et à la fois accroché à ses idéaux républicains, Hairiche avoue qu’il ne se voyait pas manquer cette occasion d’exprimer sa voix. « Moi j’ai voté pour Bouteflika mais je n’attends rien de lui. J’ai voté pour lui car c’est un moudjahid, il a fait du bien au pays ». Au pays, mais à lui ? Hairiche reconnait que sa situation est très précaire mais « que [son] tour viendra dans les cinq prochaines années d’Abdelaziz Bouteflika inch’Allah ». Ce père de famille ne rêve que de loger ses enfants dans un appartement décent où les maladies et l’asthme ne menacent pas leur santé.  « Je ne suis pas instruit mais je sais que les élections ne changeront rien pour moi, lorsque j’ai entendu le wali d’Alger parler de vote contre un logement je ne l’ai même pas écouté. C’est du n’importe quoi ! ».

La semaine dernière une phrase prononcée par Abdelkader Zoukh et adressée aux habitants de bidonvilles a effectivement fait polémique. « Ceux qui ne votent pas n’auront pas logement », avait déclaré le wali d’Alger, au cours de la campagne électorale. Ce dernier a apporté, dès le lendemain, un rectificatif estimant qu’il s’agissait d’une plaisanterie sortie de son contexte. Mais elle a eu le temps de marquer ces Algériens en attente d’un relogement.

Toutefois cette petit phrase  n’a aucunement entaché la campagne du Président, facilement réélu pour la 4è fois. « Ce n’est pas de sa faute, il fait du bien à l’Algérie, on peut lui faire confiance, le problème ce sont les autres élus, les maires qui refusent de nous satisfaire, ils ne font rien pour et nous refusons de demander leur aide », estime de son côté, Tahar, âgé de 34 ans. Même si la politique de logement qui a été l’un des fils rouges de la carrière du Président réélu semble connaître ses limites, à Wiam, on estime  que l’on doit tout à Abdelaziz Bouteflika. En somme, leur précarité, qui n’a jamais été résolue, est la faute de tout le monde… sauf du Président, dont les ambitions sont détournées par les élus.

Bouteflika à la vie, à la mort

Nos deux jeunes Algériens rencontrés plus tôt ont également choisi pour leur tout premier vote de l’offrir à Abdelaziz Bouteflika. « C’est un homme bien », estime Walid, qui explique avoir voter pour lui « car il n’y a que Bouteflika et il n’y aura toujours que Bouteflika, c’est comme ça ». Pour ce garçon, le choix Bouteflika apparaît comme une fatalité. « De toute manière si j’avais voté pour quelqu’un d’autre m’aurait-il donné des avantages ? Non ! Alors autant rester avec celui que je connais », explique le jeune homme. Peu importe le programme, peu importe les promesses, les jeunes expliquent que leur vote était décidé d’avance, à l’image de leurs parents, qui d’un côté remettent en question le rôle des institutions de l’Etat mais de l’autre refusent d’attribuer une responsabilité à ses hauts représentants lorsque la politique sociale de l’Algérie échoue.