Ali Benflis, candidat malheureux de l’élection présidentielle 2014, a refusé de reconnaître les résultats officiels du scrutin du 17 avril, lors d’une conférence de presse, organisée ce vendredi après-midi à son QG, à Alger. Il appelle à la création d’un « rassemblement patriotique », englobant toutes les forces politiques de l’opposition.

« Ma première conclusion est qu’il n’y a pas eu d’élections », attaque d’entrée de jeu Ali Benflis, le candidat défait. Comme hier soir, sous le chapiteau installé dans la cour de son QG, l’ancien chef de gouvernement conteste la victoire du Président-candidat Abdelaziz Bouteflika. Annoncée ce vendredi après-midi à 16 H, sa conférence de presse est finalement repoussée à 18 H, pour attendre la publication des résultats officiels de l’élection présidentielle, annoncés par le Ministre de l’Intérieur, Tayeb Belaiz à l’hôtel El Aurassi. Ce dernier prend la parole seulement après 17 H et le verdict crucifie un peu plus les espoirs des partisans d’Ali Benflis. Le principal rival du chef de l’Etat Abdelaziz Boutelika, qui rempile donc pour un 4è mandat grâce à 80 % des voix exprimées, selon les chiffres officiels, n’est accrédité que de 12% des suffrages.

Des procès verbaux signés à blanc

Mais Ali Benflis persiste: « Je n’ai pas été battu par le suffrage populaire et je n’ai pas échoué dans une compétition électorale honnête et loyale […] Mon échec a été préparé, planifié et organisé par une coalition qui porte trois noms : la fraude, l’argent douteux et certains relais médiatiques inféodés aux puissances détentrices de cet argent douteux ». Dans cette affaire, « la principale victime est le peuple algérien tout entier », considère-t-il.

Le nouveau patron de l’opposition ?

Ali Benflis se lance ensuite dans une analyse de la fraude, dont il dit avoir été victime. Il en veut pour preuve un procès verbal d’un bureau de vote vide, qu’il présente à la presse. Le candidat malheureux affirme détenir plusieurs procès verbaux, qui ont été « préparé préalablement », c’est-à-dire signés avant le dépouillement des urnes. Mais pour l’adversaire le plus sérieux d’Abdelaziz Bouteflika la fraude a commencé bien avant le 17 avril. Le chef de l’Etat a placé ses proches aux portefeuilles stratégiques à la veille de l’élection pour s’assurer de sa réélection, accuse-t-il, soulignant par ailleurs le conflit d’intérêt entourant l’annonce de la candidature de Bouteflika. Il a ainsi rappelé que c’est Abdelmalek Sellal, avec sa double casquette de Premier ministre et président de la commission d’organisation de l’élection présidentielle qui a officialisé la candidature de Bouteflika pour un 4è mandat. Ali Benflis a enfin regretté que le gouvernement algérien ait été transformé en « comité de soutien du candidat du régime en place ».

Mais contrairement à sa défaite en 2004, le « fils des Aurès » ne veut pas cette fois quitter de sitôt la scène politique algérienne. Dans son allocution longue d’une heure, Ali Benflis a dit souhaiter la formation d’un « grand rassemblement patriotique au service de la République ». Il lance donc un appel à toutes les formations politiques de l’opposition, à commencer par les partis de la coalition du boycott, qui ont refusé dès le départ le processus électoral. « L’alternative démocratique devra être consensuelle, ordonnée et pacifique », explique Ali Benflis. S’il se positionne ainsi durablement sur l’échiquier politique algérien et veut prendre la tête de l’opposition au régime en place, Benflis n’a toutefois pas précisé dans quel cadre il compte poursuivre son « combat politique ».

A la sortie du chapiteau, ses militants disent vouloir rester mobilisés aux côtés de leur chef de file. « Je suis content parce que le combat commence vraiment. On va lutter par des moyens politiques et pacifiques. Contrairement à 2004 où il avait gardé la réserve, cette fois il occupe le terrain », se réjouit Walid Ouled Daoud, un jeune militant de 22 ans. Même détermination chez Mohamed, un employé d’une APC de la wilaya de Boumerdès. « Son discours m’a plu car il  dit qu’il va fonder un parti politique pour défendre nos voix. Je le soutiens jusqu’au bout et le je le soutiendrai jusqu’à l’infini », soutient ce militant de 46 ans, qui dit avoir été témoin de fraudes. La veille, Mohamed servait d’observateur dans un bureau de vote d’une commune de la wilaya de Boumerdès, dont il préfère garder le nom. « La police est venue et nous a demandé de sortir du bureau de vote alors que le dépouillement n’était même pas terminé. C’est vrai des procès verbaux ont été signé à blanc en avance », confie-t-il.

Il est un peu plus de 19 H lorsqu’Ali Benflis quitte son QG de campagne, saluant une dernière fois ces militants. L’un d’eux crie : « Eux c’est le passé, nous l’avenir ».

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