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Mon premier a fait long feu, mon second a claqué la porte, mon troisième s’est rebellé, les trois autres lui sont restés fidèles. Mon tout ? Six Premiers ministres, que Bouteflika a fascinés, agacés, usés.

Sur les six Premiers ministres qui ont successivement dirigé les gouvernements ­d’Abdelaziz Bouteflika au cours de ses quinze années à la présidence, cinq sont impliqués, à des degrés divers, dans le scrutin du 17 avril. Aujourd’hui, Youcef Yousfi, ministre de l’Énergie et des Mines, assure un simple intérim d’Abdelmalek Sellal, lequel a pris depuis le 13 mars la direction de la campagne du candidat Bouteflika et devrait retrouver son poste si le président sortant était réélu.

Le premier à ouvrir le bal fut Smaïl Hamdani. Ancien ambassadeur d’Algérie en France (de 1989 à 1992), il était le chef du gouvernement de Liamine Zéroual lorsque celui-ci décida de mettre fin à son mandat présidentiel. Abdelaziz Bouteflika le maintint en poste lorsqu’il prit ses fonctions, le 27 avril 1999, jusqu’au 23 décembre suivant. Désormais retiré de la scène politique, à 84 ans, Smaïl Hamdani reste actif sur le plan académique, multipliant conférences, colloques et cours magistraux à l’Institut diplomatique et à l’École nationale d’administration (ENA).

Après lui, cinq personnalités se sont succédé au palais du Docteur-Saadane, siège de la primature, tous de la même génération : Ahmed Benbitour (67 ans), Ali Benflis (69 ans), Ahmed Ouyahia (61 ans), Abdelaziz Belkhadem (69 ans) et, enfin, Abdelmalek Sellal (65 ans). Ce dernier, contrairement à ses cinq prédécesseurs, est le seul à n’avoir jamais porté le titre de « chef du gouvernement ». En effet, la révision constitutionnelle de novembre 2008 a supprimé le bicéphalisme de l’exécutif : le Premier ministre n’est plus responsable devant le Parlement, mais devant le président de la République, qui cumule donc désormais le statut de chef de l’État et celui de chef du gouvernement.

Droit dans ses bottes

Comment ces cinq ex-Premiers ministres se sont-ils positionnés à un mois de la prochaine présidentielle ? Le sénateur Ahmed Benbitour, qui avait annoncé dès la fin 2012 qu’il se porterait candidat, s’est finalement retiré de la course en appelant au boycott du scrutin. Ali Benflis, dont la candidature en tant qu’indépendant a été retenue par le Conseil constitutionnel, fait partie des cinq rivaux d’Abdelaziz Bouteflika ; il s’était déjà présenté à la présidentielle de 2004 et est considéré comme le principal adversaire du chef de l’État sortant. Quant à Ahmed Ouyahia, Abdelaziz Belkhadem et Abdelmalek Sellal, ils sont tous trois résolument engagés dans la campagne pour la réélection du chef de l’État.

Les relations entre le président Bouteflika et ses Premiers ministres n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille. Loin s’en faut. Le premier couac date d’août 2000, lorsque Ahmed Benbitour provoqua un clash avec El-Mouradia en reprochant publiquement à Abdelaziz Bouteflika de rogner sur ses prérogatives et, surtout, sur celles du Parlement. Il accusait notamment le président de mettre à profit les périodes de vacances de l’Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse) et celles du Conseil de la nation (Sénat) pour légiférer par ordonnances. Excédé, Benbitour finit par jeter l’éponge, devenant ainsi, le 26 août 2000, le premier chef du gouvernement à démissionner dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Droit dans ses bottes, Abdelaziz Bouteflika joua alors la transparence et rendit publique la lettre de démission.

Dès le lendemain, pour remplacer le susceptible Benbitour, le chef de l’État fit appel à un homme de confiance : Ali Benflis, qui avait été son directeur de campagne électorale, puis secrétaire général à la présidence et, enfin, son directeur de cabinet. Dans la foulée, il offrit à son nouveau chef de gouvernement la direction du FLN, ancien parti unique et première force politique du pays. Trois ans plus tard, Ali Benflis, croyant que le moment était venu, afficha ses ambitions présidentielles pour 2004, quitte à rivaliser avec son mentor. La rupture était inévitable, pourtant Benflis refusait de démissionner. C’est donc Bouteflika qui creva l’abcès, début mai 2003, en le remerciant et, suprême humiliation, en le remplaçant par Ahmed Ouyahia, le secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND, rival du FLN).

Discret, efficace, évitant de faire de l’ombre au chef de l’État, Ahmed Ouyahia s’astreignit et se cantonna à suivre et à faire appliquer la feuille de route élaborée par Bouteflika. Jusqu’à ce que lui vienne l’outrecuidance de s’opposer à une hausse artificielle des salaires. En étayant son désaccord par quelques arguments objectifs qu’il mit sur la table en Conseil des ministres : « Notre croissance économique dépend fortement du seul secteur des hydrocarbures. Augmenter les salaires dans ces conditions exposerait le pays à une implosion. »

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