Accueillis dans un premier temps à bras ouverts, les réfugiés fuyant la guerre civile en Syrie ne sont plus en odeur de sainteté au Maghreb. Au point que leur flux s’est tari sous la pression des autorités de certains pays.

La scène se passe dans une mosquée de Rabat. À peine l’imam a-t-il prononcé l’amine final de la prière que des voix s’élèvent parmi la foule pour l’autre appel du jour, celui de l’aumône au profit des frères syriens. Aussitôt, la cotisation s’organise ; les fidèles tâtent leurs poches à la recherche de pièces ou de billets à remettre à ces “hôtes de la maison d’Allah”. À la sortie de la mosquée, un mendiant marocain, visiblement excédé par “la concurrence étrangère”, s’emporte : “Celui qui donne d’habitude 5 dirhams [0,40 euro]à un Marocain en donnera 50 à un Syrien.”

C’est que, dans le royaume chérifien, certains commencent à déplorer, mezza voce, ce qu’ils assimilent à “un racket” quotidien. Les résidents syriens, tout aussi indignés, redoutent l’amalgame. “Ce sont des “gens du voyage” qui abusent de la générosité marocaine”, assène Ghassan Abou Saleh, secrétaire général d’une association d’aide aux Syriens. Exilé au Maroc depuis plusieurs dizaines d’années, cet opposant au régime d’Assad pointe du doigt une minorité de ses compatriotes qui vivent des dons récoltés dans les mosquées – lesquels peuvent atteindre 3 000 dirhams par jour.

Abou Saleh a pourtant constaté que ces réfugiés qui dérangent sont désormais plus discrets. Non loin du petit lycée qu’il dirige à Bab El Had, dans la vieille médina de Rabat, l’hôtel Afriquia, d’ordinaire entièrement occupé par des familles syriennes, est aujourd’hui déserté. Le ministère marocain des Affaires islamiques a d’ailleurs émis, en mars, une circulaire invitant toutes les mosquées du royaume à refuser l’entrée aux ressortissants syriens qui perturberaient les fidèles. Émoi au sein des réfugiés du Levant, qui s’inquiètent de la rigueur des autorités, y compris avec les familles les plus intégrées dont on se presse de marier les plus belles filles à des Marocains par crainte d’une expulsion.

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