HaddouchePas question d’augmenter les prix de l’énergie affirme le dernier communiqué du premier ministère qui dénonce une campagne médiatique. La veille, c’est pourtant bien M. Yousfi lui-même  qui avait souligné que  la facture énergétique du pays s’est élevée à près de 40 milliards de dollars en 2013 ; un montant appelé à doubler à l’horizon 2030, avait indiqué celui qui est aussi  ministre de l’Energie et des mines en  mettant en garde contre une hausse fulgurante de la demande nationale.

Le démenti très vigoureux et non moins embarrassé du premier ministre par intérim  à propos d’un possible relèvement des prix de l’énergie illustre le dilemme croissant auquel sont confrontés de nombreux  responsables économiques  algériens et le double langage tenu aujourd’hui  par beaucoup d’entre eux.

Les membres de l’exécutif, parfaitement au fait de leurs conséquences , doivent s’accommoder, avec plus ou moins d’états d’âme,  d’une série de  décisions prises au fil du temps et des mandats successifs, suivant des témoignages concordants, par le chef de l’Etat en personne. Elles dessinent les contours d’une doctrine caractérisée par sa très grande rigidité, l’obstination à en maintenir à tous prix les principes et l’absence complète de bilan de leur mise en œuvre. Au point qu’on a souvent évoqué pour la plupart d’entre elles des « tabous présidentiels » auxquels se heurtent aujourd’hui inutilement la volonté apparente de réforme et de dynamisation de l’économie d’une partie de l’exécutif

Des prix gelés depuis plus de 15 ans

L’Algérie des années Bouteflika aura tenté avec constance d’endiguer les contestations sociales et politiques en agissant sur le levier des prix. Au fil du temps, cette politique s’est élargie à un nombre croissant de produits et sa vocation première qui était d’aider les plus démunis s’estompe de plus en plus. Une recette dont le coût, déjà considérable, pour les finances publiques mais également en termes de croissance des importations (plus de 3,5 milliards de dollars d’importations de carburants en 2013) ne cesse de s’alourdir. Le mécanisme ne se limite malheureusement pas aux seuls produits alimentaires de base et les prix de l’eau, du gaz, de l’électricité ainsi que, surtout, ceux des carburants sont fixés administrativement à des niveaux sensiblement inférieurs à leur coût de revient. Cette générosité de l’Etat ne profite d’ailleurs pas aux seuls Algériens et on sait qu’elle contribue dans le cas des carburants, qui absorbent la plus grande partie des subventions étatiques, à alimenter un bassin géographique important  à travers un vaste trafic frontalier.

Une croissance de la vertigineuse

C’est ce que les autorités algériennes ont reconnu au cours des derniers mois  par la bouche de plusieurs membres du gouvernement. A propos du trafic de carburant qui coûte, selon une étude récente de Banque mondiale, au moins 600 millions de dollars par an à l’Algérie (et mobiliserait une flotte de plus de 3000 camions !)  rien qu’avec le voisin tunisien,  le ministre de l’Intérieur parlait voici quelques mois de danger pour la sécurité nationale et de renforcement des contrôles aux frontières. Avant lui, le ministre des Finances, Karim Djoudi avait annoncé l’ introduction  dans les prochaines lois de finances d’une indication sur le montant des subventions pour les produits énergétiques, tout en tenant à préciser que ce sera sans budgétisation. Pas question donc, pour l’instant de relever les prix de l’énergie et  des carburants, mais on sait au moins ce que leur subvention coûte à la collectivité nationale. Pour l’année 2014 le chiffre a été révélé, à l’assemblée nationale, voici quelques mois  par un ancien ministre des finances , M.Abdelkrim  Harchaoui : le côut de la  subvention par l’Etat   des carburants et de l’électricité s’élève au montant faramineux de  620 milliards de dinars, soit près de 8 milliards de dollars.

Il serait largement temps qu’on commence à s’inquiéter, la croissance de la consommation des produits énergétiques, stimulée par des prix dérisoires, est carrément vertigineuse. Plus de 7% par an pour  l’électricité comme vient de le confirmer M.Yousfi mais la palme revient quand même  aux   carburants dont la consommation est en hausse de plus de 15% chaque année  selon des chiffres officiels communiqués dernièrement.

 Hassan Haddouche

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