Par Kamel Haddar, CEO Origin Partners, Co-Fondateur de l’Association ATLAS et Hadi Mahihenni, ingénieur des Mines de Paris et Co-fondateur d’ATLAS

Faire des Algériens de l’étranger l’instrument du développement économique et de l’influence de l’Algérie dans le monde. L’Algérie a tout à gagner à s’impliquer davantage dans la reconnaissance et la valorisation des talents de la communauté algérienne à l’étranger. 

Advertisement

La communauté algérienne installée à l’étranger représente une richesse considérable pour l’Algérie. Mais cette richesse est trop souvent gâchée, faute d’une réelle volonté des pays d’accueil d’intégrer leurs ressortissants algériens ou d’origine algérienne. Certains d’entre eux se trouvent alors relégués en marge de la société, parfois livrés à la délinquance, voire au fondamentalisme religieux dans le pire des cas. 

L’Algérie ne peut se désintéresser de leur situation. Elle a, d’abord, un impératif moral à s’impliquer dans la valorisation de sa communauté à l’étranger. Même s’ils habitent dans un autre pays, les ressortissants algériens, leurs enfants et l’ensemble de leurs descendants n’en demeurent pas moins partie intégrante de la communauté algérienne. L’Algérie a, en outre, un intérêt direct dans la valorisation des talents algériens qui vivent à l’étranger, dans la mesure où certains d’entre eux auront un jour vocation à exercer des responsabilités de premier plan dans leur pays, aussi bien dans la sphère économique, politique, culturelle ou sportive. Ils sont tous à leur niveau des émissaires de l’Algérie et peuvent œuvrer de manière diffuse et concrète au développement de son influence.

La Chine, Singapour, le Brésil, la Corée du Sud, le Maroc ont une véritable politique concrète et efficace de reconnaissance et de valorisation de leur communauté à l’étranger. Cela se traduit par des résultats très positifs sur le plan social, économique et politique.

Propositions

 1.  Création d’un « fond des banlieues »

Ce fond aura vocation à distribuer des bourses aux jeunes talents d’origine algérienne afin de promouvoir les futurs leaders qui seront demain les acteurs de l’influence de l’Algérie dans le monde

2. Création d’une banque pour les Algériens de l’étranger

Sa mission principale sera de faciliter les transferts financiers entre la communauté algérienne à l’étranger et l’Algérie afin de favoriser le financement dont l’économie algérienne a besoin pour se développer

3. Créer un réseau de centres culturels algériens

Ces centres auront vocation à enseigner l’arabe et à organiser des événements culturels dans les pays où la communauté algérienne  est la plus nombreuse pour assurer le rayonnement de la culture algérienne et offrir un cadre aux algériens à l’étranger pour échanger et renforcer leur sentiment d’appartenance à leur communauté. Et proposer des voyages de découverte de leur pays d’origine : l’Algérie.

4. Encourager les échanges entre l’Algérie et ses enfants de l’étranger permettra un enrichissement mutuel au service de tous les algériens

L’attachement de la communauté algérienne au pays de ses ancêtres est mis à rude épreuve par de nombreuses barrières économiques et administratives qui sont un obstacle aux échanges et coupent l’Algérie d’une partie de ses enfants. Ainsi, le prix des transports aériens aussi bien que maritimes vers l’Algérie empêchent de nombreuses personnes de se rendre en Algérie aussi souvent qu’ils le souhaiteraient.

 5Création d’une filière de transports aériens « low cost »

La réduction des charges et frais d’aéroport auxquels sont soumises les compagnies disposant de lignes aériennes avec l’Algérie et l’encouragement au développement de la concurrence permettront de faire sensiblement baisser les prix

6. Supprimer le système d’équivalence des diplômes étrangers  détenus par les Algériens de l’étranger

De nombreux algériens diplômés d’universités étrangères voient leurs diplômes non reconnus par le système algérien et/ou la démarche est lourde et n’incite pas au retour des talents.

7. Remonter des capitaux à hauteur de 70% de leur revenu pour payer leur charge à l’étranger

En effet, seul les expatriés qui ne sont pas d’origine algérienne peuvent rapatrier leur revenu (à hauteur de 90%) dans un pays tiers. Or les algériens de l’étranger souhaitant s’installer durablement en Algérie pour contribuer au développement de leur pays n’y ont pas le droit. Ceci est un point bloquant car ils ne peuvent pas payer leur charge à l’étranger (impôt, prêt, loyer, investissement, etc.)

8. Rétablir les bourses d’excellence pour permettre aux algériens de poursuivre leurs études à l’étranger

Les algériens ont le talent pour intégrer les écoles et universités les plus prestigieuses du monde mais en sont souvent empêchés pour des raisons financières ; le rétablissement des bourses et leur amplification devra mettre un terme à cette situation critique.

9. Encourager l’établissement sur son territoire de ses talents vivant à l’étranger permettra à l’Algérie d’être plus forte et plus innovante

De nombreux talents de la communauté algérienne éprouvent aujourd’hui le désir de s’installer en Algérie, mais en sont dissuadés en raison des nombreuses contraintes qui pèsent sur un tel projet. L’Algérie doit faire en sorte que cette démarche soit autant dénuée d’obstacles que possible car elle a beaucoup à y gagner : les talents de la communauté algérienne sont avides d’entreprendre et contribueront de manière significative à la dynamisation de la société et de l’économie. Leur établissement permettra de construire une classe dirigeante fondée sur la compétence et le mérite, au service des algériens.

 10Créer une agence pour la promotion au retour au pays d’origine

Un travail de pédagogie doit être entrepris pour informer les membres de la communauté algérienne établis en dehors de l’Algérie sur les possibilités offertes en terme d’emploi et d’investissement. Accompagner étape par étape ceux qui souhaitent s’installer durablement ou ponctuellement en Algérie.

10. Faciliter les démarches d’entrepreneuriat et la création d’incubateurs et d’accélérateurs privés pour les algériens de l’étranger

Les entrepreneurs doivent pouvoir se concentrer sur la création de valeur et de solutions originales au service de la société et de l’économie. A cette fin, il convient de réaliser un choc de simplification de l’environnement administratif des agents économiques. La création d’incubateurs et d’accélérateurs privés de startups associés à des incitations fiscales permettra en particulier de faire de l’Algérie un exemple pour toute la région en matière d’entrepreneuriat.

11. Proposer la direction d’entreprises publiques à des personnalités qui ont une expérience éprouvée dans la gestion d’entreprise à l’étranger

Il est temps de constater que certaines entreprises publiques pourraient être plus performantes. Or beaucoup de nos compatriotes ont déjà prouvés leur capacité à bien gérer des projets industriels et de services. Leur expertise est nécessaire pour le pays, il est pertinent que l’état leur tendent la main en passant par des associations qui concentrent des viviers de talents d’origine Algérienne du monde comment l’association ATLAS (Algerian Talents and Leaders Association) ou encore AAAGB (Algerian-American Association of Greater Washington).

****

Remarque : nous avons volontairement utilisé le terme « Algériens de l’étranger » et/ou « Personne d’origine Algérienne » dans le sens où le terme « Diaspora » ne convient pas dans le cadre de notre réflexion et nos propositions. Les enfants de parents issus de la diaspora (individus nés en Algérie) sont également concernés.