Le Salon international du tourisme et des voyages a ouvert aujourd’hui jeudi 15 mai ses portes à Alger. Pour cette 15e édition, les professionnels et opérateurs nationaux qui activent dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie se sont regroupés pour échanger, nouer des partenariats et proposer une alternative à l’immobilisme général que subit ce secteur dans notre pays. Pour connaitre les défis que doivent relever les professionnels de ce secteur, Algérie-Focus a rencontré Karim Chérif, le Président de la Fédération Nationale des Hôteliers.  Entretien.

– Monsieur Karim Chérif, vous êtes le Président de la Fédération Nationale des Hôteliers (FNH). Pouvez-vous d’abord présenter à nos lecteurs l’organisation que vous présidez ? Quelles sont ses principales missions ? Qui sont ses membres et comment active-t-elle sur le terrain ?

La Fédération Nationale des Hôteliers Algériens est une association qui a vu le jour le 15 mars 2012 lors d’un rassemblement de plus de 350 exploitants hôteliers représentant les 48 wilayas du pays. Notre fédération regroupe en son sein tous les exploitants hôteliers publics et privés quelques soit la dimension de leur établissement hôtelier. La fédération que j’ai l’honneur de présider à pour mission principale de défendre les intérêts de la corporation, mais aussi de se positionner comme une réelle force de proposition et d’action, afin de contribuer à la promotion du tourisme en général et de l’hôtellerie et particulier. Le travail de sensibilisation et d’accompagnement que nous avons initié depuis maintenant plus de deux ans, nous a permis de fédérer la grande majorité des exploitants hôteliers au travers d’une présence effective par le biais de 48 représentants de Wilayas. Cette proximité, que nous entretenons avec l’ensemble des exploitants, nous permet de cerner le plus large éventail possible des préoccupations, des problèmes et des insuffisances que rencontrent nos adhérents. Notre rôle consistant à apporter notre contribution pour améliorer ou du moins atténuer les problématiques et les contraintes que rencontrent les adhérents de la fédération.

– Ils sont nombreux en Algérie à se plaindre de la cherté des prix des chambres dans les hôtels. Beaucoup de nos compatriotes et des visiteurs étrangers critiquent les mauvaises prestations de certains de nos hôtels. Quel est votre regard sur ce problème et quel est votre plan d’action pour y apporter des solutions ?

Vous touchez là effectivement une critique majeure, récurrente qui nous est adressée sur la mauvaise qualité de la prestation hôtelière et le niveau élevé du prix. Je vous répondrai par là que cette problématique résulte de la simple loi du marché, à partir du moment ou la demande excède l’offre, nous avons ce type de résultat, c’est pourquoi nous militons au sein de la Fédération Nationale des Hôteliers pour l’augmentation du nombre et du volume des infrastructures hôtelières dans notre pays. Cette volonté que nous martelons auprès des pouvoirs publics en charge de notre secteur, se traduit donc par la mise en place des instruments qui permettront une vraie politique incitative pour booster  l’investissement dans notre secteur.  Seule la concurrence et la compétition permettront à terme de faire baisser les prix des produits touristiques, tout en augmentant la qualité de la prestation. Pourquoi voulez vous qu’un hôtelier seul sur la place, fasse l’effort de mettre en place des politiques de mise à niveau, de formation, de marketing pour attirer la clientèle, alors que cette clientèle est dans l’obligation de venir loger chez lui puisqu’il est tout seul sur ce marché ? Et si ce client est insatisfait, ils sont nombreux à accepter cet état des lieux et a se taire parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.

Je ne voudrais pas toutefois noircir le tableau. Il y a d’ailleurs une amélioration qualitative de la prestation hôtelière avec des rapports qualité-prix très convenables chez de nombreux établissements hôteliers qui ont intégré  la notion de qualité, d’hygiène et de sécurité. Notre rôle au niveau de la Fédération est à, ce titre, très important en sensibilisant et en accompagnant aussi bien les établissements hôteliers existants que les futures investisseurs du tourisme sur la nécessité d’aller vers plus de professionnalisme.

– Pouvez-vous nous dresser la situation réelle de l’hôtelier algérien ? Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent sur le terrain et les défis qu’il doit relever chaque jour ? Est-il facile d’investir dans le domaine hôtelier en Algérie ? Beaucoup d’observateurs parlent d’un accès difficile au foncier ? Qu’en pensez-vous ?

L’appréciation, les difficultés et les contraintes que rencontre l’hôtelier algérien dans sa démarche d’investissement n’est pas propre à notre secteur, mais concernent le climat et l’environnement global des affaires de notre pays. On peut toutefois faire ressortir deux problématiques qui touchent essentiellement au financement et au foncier. Il est vrai que certaines dispositions liées à l’accès au foncier touristique ont été à un moment donné un frein pour un certain nombre d’investisseurs. Cependant, les nouvelles dispositions qui ont été introduites dans le cadre du régime dérogatoire à l’accès au foncier permettent par le biais d’un nouvel instrument, le Comité d’Assistance à la Localisation et à la Promotion des Investissements et de la Régulation du Foncier, de bénéficier plus facilement d’une assiette foncière touristique. La possibilité qui est donnée aux autorités locales d’apprécier la pertinence d’un projet touristique est clairement affichée.

Les autorités publiques ont intégré, à mon sens, même s’il reste encore des carences dans le dispositif de promotion de l’investissement touristique, que le secteur du tourisme peut-être une véritable alternative à la dépendance aux hydrocarbures. Pour développer économiquement une Wilaya ou une région, un investisseur porteur d’un projet qui voudrait investir doit avoir au minimum au préalable la possibilité de pouvoir se loger. Nous avons vu à l’échelle historique des nations que l’essor des capacités d’hébergement d’un pays est indissociable de son développement économique. Pour revenir à un autre problème, celui du financement, il est vrai que de nombreux porteurs de projets se plaignent de ne pas pouvoir accéder au financement. Les conventions de crédit qui ont été signées avec de nombreuses instituions financières principalement publiques sont de grandes avancées pour les promoteurs touristiques. La possibilité d’accéder à des financements sur le long terme, la mise en place de taux d’intérêt bonifiés sont autant de mesures favorables au développement de l’investissement. Il reste évident que certains porteurs de projets hôteliers font preuve parfois de légèreté dans leur demande et dans l’élaboration de leur dossier techno-économique et financier, s’étonnant ensuite de ne pas avoir une réponse favorable. Ce sont là les deux préoccupations majeures que rencontrent les membres de notre fédération.  Il y a évidemment aussi des contraintes liées au climat des affaires et à l’environnement et au milieu dans lequel nous évoluons.

– Les hôteliers se sentent-ils réellement écoutés par les autorités publiques ? Y-a-t-il un véritable dialogue pour développer votre secteur ?

Je peux en tant que Président de la Fédération Nationale des Hôteliers témoigner que la concertation et le dialogue ont toujours été de mise lors de nos échanges avec les ministres avec lesquelles nous avons travaillé. L’accueil bienveillant et constructif a été une constante et j’ose espérer que cette relation d’échange dans l’intérêt de la promotion de l’industrie touristique de notre pays continuera avec la nouvelle ministre du tourisme et de l’artisanat, Mme Nouria Zerhouni.

– Quel rôle pouvez-vous jouer pour attirer davantage de touristes en Algérie et relancer réellement le tourisme algérien ?

Je vous répondrais par là qu’il n’y a pas de tourisme sans hôtels mais qu’il n’y a pas aussi d’hôtels sans tourisme. La promotion de la destination Algérie englobe effectivement le volet hôtellerie, mais l’hôtellerie ne peut à elle-seule développer le tourisme d’un pays. Au niveau de la fédération, nous nous inscrivons dans la feuille de route tracée par le cadre stratégique de référence pour le développement touristique de l’Algérie, en occurrence le Schéma Directeur d’aménagement Touristique « SDAT 2030 ».  C’est dans le sillage de ce schéma directeur que l’État affiche sa vision du développement touristique national à court, à moyen et à long terme. Nous adhérons aux 5 objectifs majeurs fixés par ce schéma afin de permettre de faire du tourisme un moteur de croissance économique tout en encourageant, par un effet d’entrainement,  les autres secteurs économiques en améliorant l’image de la destination de notre pays.

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