Alger est systématiquement exclue des études sur les métropoles mondiales. Pire, elle ne figure même pas dans l’index des villes émergentes, récemment publiée par le cabinet de conseil A.T. Kearney. Comment expliquer ce malaise urbain ?

Absente. La capitale de l’Algérie, ni même aucune autre ville du pays, ne figure dans le classement des « métropoles émergentes » du cabinet de conseil A.T. Kearney, publié le 22 avril dernier. Pour le première fois A.T. Kearney, connu pour son index « Global Cities », édite une étude, « Emerging Cities Outlook », dans laquelle il traite, cette fois, exclusivement des villes des pays à revenus faibles et intermédiaires « ayant les caractéristiques et le potentiel nécessaire pour venir concurrencer les grandes mégalopoles mondiales dans un horizon de 10 à 20 ans », indique un communiqué.

Dans cette étude, le cabinet de conseil identifie 34 villes, qui ont le potentiel pour être de futures plateformes du développement économique et commercial du monde. Sur ces 34 villes, 8 villes africaines ont été retenues en fonction de cinq critères : l’activité économique, le capital humain, l’échange d’informations, l’offre culturelle et l’influence politique. Parmi elles, Addis Abdeba, Nairobi, Johannesburg, Le Cap, Tunis, Casablanca, Le Caire ainsi que Lagos. Au total, 7 pays africains différents sont représentés, dont nos voisins maghrébins, mais pas l’Algérie.

Alors comment expliquer le retard d’Alger sur ces voisines du continent africain ? Pour Hamid Boudaoud, président du Collège national des experts architectes (CNEA), la politique de la Ville des gouvernements successifs a failli depuis l’Indépendance. Classée parmi les plus belles villes du monde en 1956 par l’Union internationale des architectes, Alger n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même, estime-t-il. « On n’a pas de ville digne d’être dans ce classement. Moi-même, je ne pourrais pas voter pour Alger. Depuis 1962 aucune construction d’hôpitaux et d’écoles ne répond aux standards internationaux et aucun chantier n’est véritablement terminé. Aucune façade n’est en bonne état. 95% des ascenseurs ne fonctionnent pas. Il n’y a pas de toilettes publiques alors les habitants se soulagent dans la rue », s’indigne Hamid Boudaoud avant d’attaquer : « Depuis l’Indépendance il y a eu une trentaine de ministres au portefeuille de la Ville mais zéro stratégie ».

Halim Faïdi, architecte de renom, fait le même constat. Il reproche notamment une gestion centralisée de la capitale algérienne. « Le citoyen n’est que très rarement consulté, il ne décide pas, il subit. Je n’ai pas souvenir d’un projet urbain qui ait été soumis à l’approbation de la population qui peut en discuter les impacts ou les coûts générés pour telle ou telle commune. Les villes sont administrées par des commis de l’Etat, et l’Etat, petit à petit, sans s’en rendre compte, est en train de devenir la Holding publique qui détient le capital de toutes les Villes », explique celui qui a conçu le nouveau siège du Ministère des Affaires étrangères.

Mais c’est surtout sur le plan culturel que le bât blesse. « Une ville où tout est fermé à partir de 18 H ce n’est pas une ville, c’est un douar ! », critique Hamid Boudaoud. De son côté, Halim Faïdi regrette : « Il est difficile de sonder les villes algériennes en termes d’activité culturelle car il n’y en a quasiment pas […] Moins de cinémas, moins de théâtres, moins de conservatoires, moins de bibliothèques municipales, et tous les domaines de la connaissance et du divertissement ignorés ».

Pour ce dernier, Alger n’est pas condamnée à être boudée par les cabinets de conseil. Mais pour qu’Alger figure enfin parmi les villes émergentes, les autorités nationales et locales doivent prendre des mesures d’urgence, estime Halim Faïdi. « Si jetais Wali à Alger, je commencerais par réunir un Think tank, loin du copinage et des quotas […] Je m’accorderais comme mission principale d’autoriser les rues d’Alger à être pleines et vivantes jour et nuit […] Il faut desserrer l’étau sur la population algéroise et je suis certain qu’elle le rendra bien aux autorités en charge d’autoriser et d’interdire. Il faut installer un climat de confiance mutuelle entre administrateurs et administres. Le « bien-être » suivra naturellement », propose-t-il en dernier lieu.