La copie de la nouvelle constitution soumis jeudi aux partis politiques comportent de nombreuses propositions qui laissent l’observateur pantois.  Certains amendements proposés démontrent, en première lecture, que les autorités politiques ne prennent pas avec sérieux cette révision constitutionnelle. Un chantier, pourtant, vital pour l’avenir du pays.

Force est en tout cas de constater qu’en dehors de certaines propositions « symboliques » à l’image de la limitation des mandats présidentiels à deux, le reste des articles soumis à débats sont loin d’incarner une démocratie véritable. En revanche, certaines propositions sont parfois ridicules, à l’image de l’introduction d’un article exigeant de tout fondateur de parti politique de ne pas «fonder un parti qui sert les intérêts étrangers». C’est comme si un chef de parti pouvait mentionner une telle disposition dans les statuts de sa formation politique ! Autre proposition qui provoque le rire : le candidat à l’élection présidentielle doit être marié à une personne de nationalité exclusivement algérienne. Or, cela ne sert en aucun cas d’immunité contre toute atteinte à la souveraineté nationale. Avoir une épouse étrangère constitue-t-il réellement un danger pour l’avenir et la sécurité d’un pays ? Les amendements pour la révision constitutionnelle proposés par le comité des experts de la Présidence de la République ne répondent guère rationnellement à cette question.

Autre proposition qui suscite l’étonnement : un candidat à l’élection présidentielle ne peut abandonner la compétition électorale sous aucun prétexte sauf s’il décède ! Comme quoi, une candidature à l’élection présidentielle est un devoir sacré.  A cela, il faut ajouter les articles qui ont trait à des dispositions qualifiées surtout de poudre aux yeux. Exemple : les personnes appelées à exercer des mandats publics doivent déclarer leur patrimoine. Cela existe dans les textes en vigueur, mais un manque d’application terrible discrédite ces obligations. Les responsables actuels n’ont presque jamais déclaré leurs patrimoines.

Au final, la proposition du pouvoir ne règle pas la problématique de la nature du régime en Algérie. On ne sait toujours pas qui doit être nommé Premier Ministre. La proposition de Bouteflika ne conforte pas le rôle de surveillance que doit exercer la représentation populaire. Et même lorsque cela est abordé dans l’article donnant la possibilité à 70 députés de saisir le Conseil constitutionnel, cela reste nettement insuffisant car, pour l’heure, en Algérie, seuls les partis du pouvoir comme le FLN ou le RND peuvent réunir un tel nombre. Le chef de l’Etat reste enfin dans cette nouvelle Constitution proposée 150 partis et personnalités nationales, sans réel contre-pouvoir.

Avec Essaïd Wakli