Abdou-Semmar1 Le 4e mandat Bouteflika commence sur les chapeaux de roues. Il avait promis de grands changements. Ses conseillers, proches et fervents soutiens n’ont pas cessé durant toute la campagne pour l’élection présidentielle du 17 avril dernier de promettre des bouleversements dés le début de ce 4e mandat.

Et la première balle a d’ores et déjà été tirée : une douzaine d’anciens ministres ont été «virés», «sanctionnés» et remplacés. Des cadres historiques du gouvernement comme Khalida Toumi, 12 ans qu’elle occupait le ministère de la culture, ou Bouabdallah Ghlamallah, ministre des Affaires Religieuses depuis 1997, ont été chassés de la composante du nouveau gouvernement que l’indéboulonnable, et fidèle soldat, Sellal va présider. Est-ce pour autant une révolution ? Pas vraiment. Chasser des ministres aux bilans catastrophiques est certainement une action louable. Les remplacer par des technocrates qui n’appartiennent à aucun courant politique peut-être aussi considéré comme un bon signe. Mais nommer un nouveau gouvernement sans conduire de véritables réformes politiques qui permettront à ces ministres technocrates de diriger leurs secteurs selon des plans rationnels et objectifs n’est guère une preuve de bon sens.

Quelle sera réellement la marge de manœuvre de ces nouveaux ministres dans un système politique où le Président détient tous les clés du pouvoir ? Auront-ils la possibilité de travailler avec les autres sensibilités politiques de la société algérienne pour établir un consensus autour de leurs projets de gestion étatique ? Telles sont aujourd’hui les véritables questions auxquelles sont confrontées les élites dirigeantes en Algérie. Des bonnes idées, ce n’est pas ce qui manque dans notre pays. Des gens bien intentionnés, non plus. De la bonne volonté et des travailleurs acharnés, on en trouve aussi à travers toute l’Algérie. Mais un système de gestion équitable qui prend en considération l’indépendance des gestionnaires dans la prise de décision fait, malheureusement, toujours défaut à l’Etat algérien.

Ce nouveau gouvernement est sans doute un véritable virage puisqu’il permet l’émergence de nouvelles personnalités. Celles-ci, comme la nouvelle ministre de l’Education Nationale, Nouria Remaoun Benghebrit, une chercheuse et ancienne directrice du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) d’Oran,  peuvent se targuer de détenir un véritable bagage intellectuel contrairement à ses prédécesseurs. Tout le défi est donc de savoir utiliser ce bagage pour défendre de sérieuses prérogatives politiques.  Une première femme ministre de l’Education en Algérie depuis 15 ans de pouvoir de Bouteflika est sans doute aussi un joli symbole. Mais attention, l’histoire nous l’a appris ailleurs dans le monde, on ne réussit pas la construction d’un Etat moderne et efficace avec uniquement des symboles. Promouvoir des walis qui connaissent l’action du terrain, comme Nouria Yamina Zerhouni, ancienne wali d’Ain Témouchent à l’ouest du pays, en dépit de leurs bilans très peu exceptionnels dans leurs régions respectives, peut incarner une rupture avec ces nominations ministérielles précédentes qui coïncidaient surtout avec la mise en application d’une logique politique clanique, rentière et  fondé sur «le renvoi d’ascenseur».

Malheureusement, ces nouvelles nominations ne suffisent guère pour alimenter un quelconque enthousiasme collectif. Le maintien de certains ministres controversés et peu efficaces dans leurs secteurs comme Amara Benyounès, qui a hérité du portefeuille du commerce après avoir échoué dans le développement industriel, et Amar Ghoul, au bilan très peu reluisant dans le secteur des transports, ainsi que la nomination de certaines figures sulfureuses, qui ont suscité auparavant de vive polémique, comme Abdessalem Bouchouareb, le nouveau ministre de l’Industrie et des Mines, n’est nullement un gage rassurant pour de nombreux Algériens assoiffés de changement et d’un gouvernement où la compétence prime sur tout le reste.

On l’aura compris, ce remaniement gouvernemental est la preuve d’un échec du militantisme de nos élites politiques qui ne sont guère représentées dans sa composante. La domination des technocrates prouve que les décideurs du régime algérien ne subissent aucune pression utile de la part de ces élites politiques qui peinent à arriver au pouvoir en conquérant des parcelles précieuses aux décideurs de l’ombre. Et comme un pays ne peut être considéré comme une géante entreprise, l’absence d’une vision politique novatrice dans ce gouvernement risque de s’avérer fatale pour l’avenir de l’Algérie. Sauf si ce remaniement gouvernemental préfigure un véritable nettoyage des écuries d’Augias de l’Etat rentier algérien. L’Algérie et nos compatriotes ont grandement besoin d’un tel nettoyage pour se relancer dans cette course au développement.

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