Le patron de la diplomatie française, Laurent Fabius, sera en visite officielle en Algérie les 8 et 9 juin prochains. L’information a été communiquée officiellement ce vendredi par l’ambassade de France à Alger. Cette visite, qui se veut stratégique, doit englober plusieurs aspects de la coopération bilatérale entre les deux pays. Ceci dit, elle s’inscrit dans un contexte délicat, marqué essentiellement par la polémique enclenchée au sujet de l’exploitation du gaz de schiste en Algérie et l‘instabilité politique en Libye. Deux sujets sur lesquels Laurent Fabius sera certainement interrogé par les médias algériens lors des deux conférences de presse qui seront organisées à Alger au cours de sa visite.

Officiellement, Laurent Fabius « rencontrera le Président Bouteflika, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, son homologue Ramtane Lamamra, et le ministre délégué chargé des Affaires africaines et maghrébines, Abdelkader Messahel, ainsi que le ministre de l’Industrie, M. Abdesselam Bouchouareb », nous apprend le même communiqué de l’ambassade de France. Officiellement, Fabius « sera accompagné d’une délégation d’entrepreneurs français et poursuivra ainsi l’accompagnement des projets de partenariats industriels. » Mais que va-t-il se dire officieusement entre le chef de la diplomatie française et les dirigeants algériens ? Plusieurs sources concordantes et bien informées ont indiqué à Algérie-Focus que le dossier libyen dominera les discussions politiques et le gaz de schiste les discussions économiques.

Mais sur ces deux dossiers majeurs, de nombreuses informations controversées circulent dans les coulisses des bureaux des services diplomatiques des deux pays. Des informations qui sont aussi parvenues à la presse. La France est soupçonnée d’avoir exercé des pressions sur les autorités algériennes pour accélérer l’expérimentation du gaz de schiste. Elle est également accusée de vouloir pousser l’Algérie à lancer des interventions militaires en Libye pour débusquer les groupes armés qui représentent un danger pour toute la région du Maghreb.

Que pensent les autorités françaises de ces allégations ? Un diplomate français en poste à Alger a accepté de répondre à nos questions, sous couvert de l’anonymat.

« Il y a une énorme confusion qui est entretenue ces jours-ci concernant l’exploitation du gaz de schiste. Il est faux et insensé de dire que les autorités françaises ont exercé des pressions sur l’Algérie pour adopter une telle décision politique. Nous n’avons pas contraint les autorités algériennes à autoriser l’exploitation du gaz de schiste », répond tout de go notre interlocuteur, selon qui les autorités algériennes ne prennent presque jamais de telles décisions sous la contrainte de puissances étrangères. Ceci dit, notre source confirme que les entreprises françaises sont intéressées par les gisements de gaz de schiste algérien. « L’exploitation de ce gaz est interdite en France, mais personne ne peut interdire aux entreprises françaises de s’installer en Algérie pour investir dans ce secteur si la législation de ce pays le permet « , explique le diplomate.

La question se pose alors de savoir si les politiques français font du lobbying pour le compte de Total en Algérie, afin que la compagnie française obtienne des contrats juteux dans l’exploitation future du gaz de schiste. « Total est une grande compagnie dont le budget dépasse celui du ministère des affaires étrangères français. Elle est suffisamment forte pour défendre ses intérêts et ses projets. Elle n’a nullement besoin de nous », répond clairement notre interlocuteur.

Concernant la Libye, notre source reconnaît des échanges intenses entre les autorités algériennes et françaises. « Nous avons perçu de la préoccupation et de l’inquiétude, mais nous n’avons aucune information prouvant que l’armée algérienne a lancé une opération militaire sur le territoire libyen », explique-t-il avant de conclure :  » La France et l’ Algérie ne prévoient pour l’heure aucune action militaire commune, même si je ne suis pas totalement au courant des échanges entretenus entre les responsables militaires algériens et français ».