Les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) contrôlent désormais l’intégralité de la province de Ninive ainsi que six secteurs de la province de Krikouk. Des combats sont également en cours dans les villes de Samarra et Tikrit. Une spectaculaire offensive que l’armée irakienne ne parvient pas à contenir.

Allié des rebelles sunnites, EIIL a renforcé sa présence menaçante ces dernières semaines. Après une offensive contre la ville de Samarra (à 100 kilomètres de Badgad), une prise d’otages dans l’université de Ramadi (à l’ouest du pays) et des attaques sporadiques contre la ville de Mossoul, EIIL a lancé une offensive de grande ampleur au nord du pays. Depuis hier (mardi 10 juin), les djihadistes gagnent du terrain et le gouvernement irakien, dépassé par les événements, ne peut contenir leur progression. Le porte-parole du Parlement irakien, Oussama al-Noujaifi, a ainsi assuré, dans une interview accordée à la télévision nationale, que les combattants comptaient étendre leur offensive.

EIIL a pris le contrôle de Mossoul, capitale de la province de Ninive et deuxième ville du pays, en seulement quelques heures. L’armée et la police ont préféré fuir. Des photos, largement diffusées sur Internet, montrent des uniformes abandonnés sur les routes et des voitures blindées en feu.

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Des images diffusées sur le web montrent des véhicules blindés en feu / DR

Les officiels irakiens ont eux aussi fui en masse. « Tout le monde a fui la ville, le gouverneur, la police, l’armée… tous les officiels, » raconte à Radio France Internationale (RFI) une femme, originaire de Mossoul. « C’est comme ce qui s’est passé à la chute de Saddam. Le même scénario », ajoute-t-elle.

Nul ne sait jusqu’où EIIL peut étendre son contrôle. Même si le Premier Ministre, Nouri al-Maliki, a adressé un ultimatum aux rebelles, il n’est pas sûr que l’État irakien dispose des ressources nécessaires pour repousser les djihadistes. Le gouvernement semble actuellement impuissant, incapable de contrôler son territoire.

Ce qui est sûr c’est que, dans cette bataille pour les provinces du nord, la participation ou non des combattants kurdes est cruciale. Al-Noujaifi a lancé un appel aux peshmergas, les combattants kurdes du PKK et du PDK : « Quand à la participation des forces militaires de la région autonome du Kurdistan, cette question est essentielle. Le terrorisme ne se limitera pas à Ninive, mais il attaquera la région du Kurdistan si on ne prend pas l’initiative d’apporter de l’aide à l’armée et la police, avec l’appui de la communauté internationale ».

Décisive aussi sera la capacité de l’État irakien à remobiliser son armée. Pour pallier à la démotivation, l’affaiblissement et l’épuisement qui sévissent actuellement dans les rangs de l’armée, le Premier Ministre a appelé tous les citoyens prêts à combattre le terrorisme à prendre les armes et à rejoindre l’armée de civils qu’il envisage de constituer.

La communauté internationale pourrait elle aussi être impliquée. Hier soir, la porte parole du Secrétaire d’État américain, Jen Psaki, a assuré que les États-Unis suivaient la situation de près. Le Premier Ministre irakien a d’ailleurs demandé à l’ambassadeur américain en Irak « l’application de l’accord stratégique signé entre [les] deux pays, qui stipule que les Américains apportent un soutien en cas d’attaque terroriste ». En réponse, les services américains ont « promis d’étudier la question en toute urgence ». De plus, le Premier Ministre irakien a sollicité une aide de la communauté internationale pour prendre en charge les personnes déplacées.

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De nombreux Irakiens ont tenté de fuir / DR

Cette nouvelle démonstration de force d’EIIL s’inscrit dans le contexte d’un bras de fer musclé entre le Premier Ministre et la communauté sunnite, cette dernière se sentant de plus en plus ostracisée par le gouvernement chiite.

Signe de cette tension grandissante, les tribus sunnites avaient décidé en janvier dernier de prendre les armes et de s’allier à EIIL. Cette décision faisait suite à l’attaque par l’armée irakienne des deux principales villes de la contestation sunnite, Fallouja et Ramadi.

Aujourd’hui, la population sunnite des villes conquises par EIIL semble plutôt favorable au front djihadiste. « La population de Mossoul soutient plutôt les rebelles, car parmi ces combattants il y a des gens de la région, » raconte encore la source locale de RFI. « La population en a aussi assez de la politique de ce gouvernement, donc ils sont d’accord avec cette idée de changer le gouvernement ».

Mais les récents événements dépassent le cadre local. Si EIIL conserve le contrôle de la province de Ninive, riche en pétrole qu’elle exporte vers la Turquie, le groupe islamiste pourrait voir ses ressources financières augmenter de manière exponentielle. Ceci aurait des répercussions dramatiques dans tous les pays où agit EIIL – en Syrie, au Liban, en Irak et en Turquie. C’est donc l’équilibre de la région toute entière qui est aujourd’hui menacé.