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Et les Russes ont raison de crier au scandale…

Vert de rage, Fabio Capello, le sélectionneur de la Russie, a dénoncé jeudi soir le tir de barrages sur son gardien pendant le match face à l’Algérie (1-1). Et il ne parlait pas des frappes des Fennecs:

«Bien entendu qu’il a été aveuglé par le laser, toutes les images le montrent. Je ne cherche jamais d’excuses, ce n’est pas mon style, j’accepte la défaite quand nous perdons. Le laser n’est pas une excuse, mais le gardien a essayé de l’éviter pendant tout le match. Regardez les images! Il a un laser dans les yeux tout le match.»

Et notamment pendant les instants précédant une sortie aérienne hasardeuse, dont a profité immédiatement Islam Slimani, l’attaquant algérien particulièrement à l’aise dela tête. «Ce sont des choses dont on peut parler dans un café ou dans un restaurant, a minoré Vahid Halilhodzic, le sélectionneur algérien. Mais ici, on parle de football.»

Le match n’a aucune chance d’être rejoué, et le gardien russe, déjà à la rue face à la Corée du Sud (1-1), n’a pas bronché sur le sujet.

Il aurait matière à se plaindre. Le laser est un des nouveaux fléaux du football. Rémy C., supporter de l’OM appartenant à un des groupes historiques du virage nord du Vélodrome, a pris un an d’interdiction de stade et 300€ d’amende pour l’utilisation d’un laser, le 23 novembre 2011:

«L’OM affrontait l’Olympiakos, et dans l’après-midi précédant la rencontre, j’ai confisqué ça à un des minots du groupe. Le même type de laser que celui qui a été utilisé sur le gardien russe. Cela vaut 10 à 15€, ce n’est pas plus gros qu’un feutre velleda, c’est précis jusqu’à un bon kilomètre. Et ce n’est pas sympathique de se prendre ça dans la figure. Ça t’éblouit, c’est gênant. A l’aller, en Grèce, on avait été sans cesse visé par les supporters grecs. Du coup, quand ils sont arrivés au Vélodrome, une heure et demie avant le coup d’envoi, je n’ai pas pu me retenir de m’en servir. Je les ai ciblés. Cinq minutes après, j’étais interpellé. Ils m’ont mis en examen pour violence avec arme, ils m’ont fait comprendre que j’étais criminel. C’est exagéré. Les lasers sont entrés dans les stades au moment où les fumigènes ont été bannis.»

Guy Cazadamont, directeur de la sécurité de l’OM depuis une grosse douzaine d’années, ne plaisante pas avec le laser: «Lors des réunions avec l’UEFA, la LFP et les forces de l’ordre, on a inévitablement un topo sur ce sujet précis. Au Vélodrome, 10 à 15 personnes ont été interpellées sur les trois dernières saisons.»

Les lasermen sont repérés par les caméras de surveillance, et n’ont guère le temps d’utiliser leur engin. On notera ici une faille majeure de sécurité dans le stade de Curitiba, théâtre de la rencontre Russie-Algérie.

«Je pense que c’est vraiment dangereux, note Cazadamont, qui évoque des lasers dernier cri avec… 6 à 7 kilomètres de portée. Un soir, je m’en suis pris un dans l’œil, ça fait mal, et je ne voyais pas pendant de longues minutes. C’est aussi arrivé à des pilotes d’avion à l’aéroport de Marignane.»

Vérification faite dans les archives de «La Provence», on est tombé sur le cas d’un hélicoptère de la section aérienne de la gendarmerie de Hyères, visé par des lasers à plusieurs reprises. La sentence du capitaine Christian Vinsonneau, alors patron de la brigade de gendarmerie des transports aériens à l’aéroport de Marignane, est sans appel:

«Lorsqu’on vise le pilote, si le laser entre en contact avec ses yeux, celui peut lui brûler la rétine, et surtout lui faire perdre le contrôle de l’appareil».

Pour Lucie Vollono, jeune opticienne qui vient de valider une licence d’optométrie et de contactologie, le verdict est un peu exagéré: «Avec le gardien, on constate un laser de couleur, et non de visée, qui attaque la rétine. Ça éblouit, ça gêne, ça perturbe pendant quelques minutes, un peu comme quand vous prenez un flash et que vous voyez une tâche pendant plusieurs minutes.»

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