Le gouvernement israélien a ordonné à 100 000 Gazaouis de quitter leur maison, en prévision de futurs raids aériens de l’État hébreu. Une pratique d’avertissement qui est devenue habituelle dans le conflit israélo-palestinien mais n’empêche pas la mort de nombreux civils.

100 000 Gazaouis ont reçu l’ordre d’évacuer leur maison

Israël a récemment annoncé qu’il allait intensifier son offensive sur le nord de la bande de Gaza, afin de détruire les présumées stations de lancement de roquettes du Hamas. C’est pourquoi, l’armée israélienne a adressé des messages téléphoniques, des SMS et des tracts aux habitants des villes de Zeitoun, Choujaiya et Beit Lahiya, les incitant à quitter leur maison, sous peine d’être pris au piège sous le feu israélien.

« Pour votre sécurité, il vous est demandé d’évacuer votre domicile immédiatement et de vous rendre à Gaza » indique le message transmis aux Palestiniens concernés. 100 000 personnes ont ainsi été poussées à fuir, ce qui correspond environ à la population de la ville algérienne d’Aïn Oussara.

Mais beaucoup ont décidé de rester chez eux, faute d’alternative. Comme le soulignent Ludovic Piedtenu et Gilles Gallinaro, reporters pour France Info, les familles habitent souvent dans le même immeuble, de sorte qu’elles n’ont pas la possibilité de se réfugier chez des proches. « Comment, dans ces conditions, 100 000 habitants peuvent-ils, d’un coup d’un seul, en l’espace d’une nuit, trouver un refuge ? », s’interrogent les journalistes. Les témoignages qu’ils ont recueillis sur place sur frappants. « C’est plus sûr pour les gens de rester chez eux, plutôt que de créer un exode massif et le chaos dans les rues », dit un homme. Un autre, fataliste, assure qu’il préfère mourir chez lui que de fuir.

L’armée israélienne fait-elle tout pour minimiser les pertes civiles ?

Jeudi dernier (10 juillet), un article du magazine Slate.com, au titre un peu provocateur, soutenait la thèse que l’armée israélienne fait tout pour minimiser les pertes civiles. L’auteur de l’article, William Saletan, y fait le constat suivant : Israël ayant tiré un nombre considérable de roquettes sur la bande de Gaza, le nombre de victimes civiles palestiniennes n’est proportionnellement pas si élevé. « Vous pouvez en tirer deux conclusions », écrit Saletan. « La première, c’est que l’armée israélienne est misérablement nulle pour tuer des gens. La seconde, et la plus plausible, c’est qu’elle fait au contraire tout son possible pour ne pas en tuer. »

Évidemment, c’est la seconde hypothèse qui est privilégiée dans le reste de l’article. L’auteur indique qu’Israël prévient effectivement les civils avant de cibler leurs maisons : SMS, tracts, fusées éclairantes et méthode dite du « toquer au toit » (envoyer une roquette porteuse d’une faible charge explosive avant le début d’un raid aérien) sont les principaux outils utilisés par Tsahal pour avertir les civils d’une attaque. Ces pratiques israéliennes ont été confirmées par le Hamas et d’autres sources palestiniennes.

Mais permettent-elles pour autant aux civils de fuir et de trouver un refuge ? Une vidéo publiée le 12 juillet dernier par l’agence Watania Media offre un regard plus critique sur les avertissements lancés par Israël. Cette vidéo illustre la technique du « toquer au toit » : une première explosion a lieu, bien moins forte que celle qui suit cinq minutes plus tard (l’intervalle de temps entre les deux explosions a été réduit dans la vidéo).

Au-delà du bruit assourdissant des explosions et de l’impressionnant nuage de fumée qui s’élève au-dessus du lieu de l’attaque, il est frappant de constater que le tir d’avertissement n’est envoyé que quelques minutes avant l’attaque. Une personne jeune, capable de courir vite, a probablement suffisamment de temps pour se mettre à l’abri. Mais qu’en est-il des enfants, des personnes âgées, des malades, des femmes enceintes, etc. ?

Finalement, ces tirs de sommation (tout comme les messages téléphoniques, les SMS et les tracts) ne sont peut-être pour Israël qu’une déclaration de bonne intention, une manière de prétendre que le pays respecte les lois de la guerre. Mais comme l’a expliqué le directeur régional d’Amnesty International, Philip Luther, au site américain Business Insider, « aucun missile visant une maison abritant des civils ne peut être constituer un avertissement valable. » « Les autorités israéliennes ont peut-être de quoi prouver que ces attaques contre des maisons servent activement leurs actions militaires. Mais, jusqu’à preuve du contraire, attaquer délibérément des maisons abritant des civils constitue un crime de guerre et revient à punir collectivement les familles », a-t-il ajouté.