HaddoucheA l’approche de la fin du Ramadhan et avec les vacances d’été en perspective, le rush vers les agences de voyages a déjà commencé pour beaucoup d’Algériens. Comme chaque année, ceux qui ont décider de voyager à l’étranger devront se contenter d’une allocation touristique éternellement fixée au montant dérisoire de 130 euros.

Voici quelques mois encore, c’est un cadre supérieur de la Banque d’Algérie qui, traduisant semble-t-il le sentiment de la plus grande partie des responsables de la Vila Joly, nous confiait que le maintient de ce montant était « ridicule ». Ridicule et également humiliant quand on sait que nos voisins tunisiens et marocains, dont les réserves de change en devises ne dépassent pas quelques mois d’importation, accordent à leurs citoyens un droit au change annuel  respectivement de 3.000 et 3.500 euros.

Le niet du ministère des finances

Au début de l’année 2013 les mesures évoquées devant les parlementaires par le gouverneur de la Banque d’Algérie concernant l’augmentation de l’allocation touristique annuelle et des plafonds de transferts relatifs aux frais de scolarité et de soins à l’étranger avaient pourtant suscité beaucoup d’espoirs. Cette mesure était même donnée quasiment pour acquise. Seul le montant de la réévaluation de l’allocation touristique semblaient faire  encore  l’objet de conjectures, en général très optimistes. Différentes  sources confirmaient en effet que, sous réserve d’approbation par les autorités financières du pays, le projet à l’étude envisageait une augmentation qui porterait l’allocation annuelle à un niveau d' »au moins 500 euros ». Dès le courant du deuxième trimestre 2013, la perspective d’une réévaluation commençait cependant à s’éloigner avant qu’une déclaration du ministre des Finances, M.Karim Djoudi, annonçant que la mesure   n’était « pas à l’ordre du jour »   ne vienne enterrer le projet .

La faute à la balance des paiements

Cette volte face des autorités financières algériennes sur un sujet très sensible pour le grand public mériterait certainement des éclaircissements qui n’ont été fournis par aucune source officielle. C’est un cadre de la Banque d’Algérie qui nous livre la grille de lecture la plus probable : « Le projet a vu le jour à la fin de l’année 2012 à la Banque d’Algérie où on considère depuis plusieurs années que le niveau jugé dérisoire de l’allocation touristique est responsable en grande partie du creusement de l’écart entre le taux de change  officiel et celui du marché libre. Le niveau atteint par les réserves de change et les excédents considérables enregistrés par la Balance des paiements en 2011 et 2012 ont en outre apaisé les craintes concernant l’impact financier d’une telle mesure qui a été évalué à environ 2 milliards de dollars annuellement « .

Malheureusement, au deuxième trimestre 2013, il était déjà trop tard. Dés le mois d’avril, la détérioration accélérée de nos équilibres financiers extérieurs constatée au cours des 3 premiers mois de l’année faisaient craindre une disparition complète en 2013 des excédents d’une balance des paiements devenue subitement extrêmement fragile. Des craintes qui n’ont d’ailleurs pas tardées à  se justifier. Fin 2013, la balance des paiements frôlait le déficit et il ne restait pratiquement plus rien des 10 milliards de dollars d’excédent encore  enregistrés en 2012.

Les 1.000 dollars d’Abderrahmane Benkhalfa

Les yeux fixés sur les performances de la balance des paiements, les autorités financières algériennes ont donc peu de chance de remettre le projet à l’ordre du jour dans un avenir proche. La dégradation des marges de manœuvre financière du pays semble aujourd’hui inscrite dans la durée. Diminution des recettes pétrolières et augmentation des importations constituent des tendances lourdes qui, selon les avis  les plus autorisés, vont mettre à rude épreuve les finances du pays au cours des prochaines années. Une situation qui n’empêche pas une personnalité comme l’ancien délégué général de l’ABEFM, Abderrahmane Benkhalfa, de continuer à militer en faveur d’une augmentation sensible de l’allocation devise. Voici quelques semaines, il proposait que l’allocation touristique au profit des Algériens se rendant à l’étranger soit portée à 1.000 dollars. Avec prudence et en bon connaisseur des centres de décisions nationaux, M. Benkhalfa a précisé que ce seuil, qu’il considère comme un minimum, pourrait contenir une « clause de sauvegarde », à réviser chaque année, si la situation financière du pays se dégrade.

Et l’on reparle de mise en convertibilité du dinar

En dépit des apparences la  démarche proposée par Aderrahmane Benkhalfa s’écarte en réalité de la « vision de court terme » qui reste aujourd’hui celle des autorités financières algériennes. Comme beaucoup d’experts nationaux au cours des dernières années, il propose la mise en œuvre d’une  démarche de « mise en convertibilité progressive du dinar ». Pour M. Benkhalfa, l’Algérie a besoin de restaurer l' »homogénéité de l’économie ». Selon lui, « nous avons deux économies, deux dinars, deux pratiques ». Il y a deux marchés du dinar, l’un, officiel à 105 dinars pour un euro, l’autre, parallèle, à 159 pour un euro. En offrant une allocation touristique digne, et en facilitant le transfert de devises pour le paiement de soins et des études on devrait faire baisser la pression sur le marché informel de la devise, premier pas vers la suppression de l’écart entre les deux marchés.

Mais cette démarche implique simultanément l’acceptation de l’idée beaucoup moins populaire  que  le dinar algérien officiel  est « surévalué », et que sa valeur réelle se situe probablement entre les deux taux. Le processus de mise en convertibilité progressive du dinar  doit faire partie d’un plan de réformes destiné à indexer la valeur de la monnaie nationale sur nos performances économiques et lui permettre de reflèter la compétitivité réelle de l’économie. C’est à cette condition qu’on pourra sortir de la logique imposée depuis des décennies qui présente le montant de l’allocation devise comme un « cadeau » des pouvoirs publics aux citoyens.

Hassan HADDOUCHE