Alger : Un Ramadhan… à bicyclette

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La huitième et dernière course du Challenge Ramadhan de cyclisme 2014 s’est déroulée jeudi 24 juillet à Dely Ibrahim, à Alger, devant un public clairsemé mais passionné. Reportage.

Dans cette chaude nuit de Ramadhan perce le bourdonnement d’un essaim de cyclistes lancés à pleine vitesse. Pourtant affûtés, les corps souffrent sous l’effort intense. Le peloton semble engagé dans une chasse éternelle pour rattraper les quelques échappées de sa meute, qu’il dévore sans état d’âme avant que ces quelques effrontés, incorrigibles amoureux des cavales solitaires, retentent inlassablement leur chance.

Il faut dire que l’exercice proposé par la Fédération algérienne de cyclisme (FAC) pour cette dernière des huit courses du Challenge Ramadhan 2014 se prête particulièrement à ce petit jeu. La trentaine de mordus de la “petite reine” est, en effet, engagée dans une “course aux points”, c’est-à-dire que des bonus sont distribués une fois tous les dix tours aux quatre coureurs en tête – 5 points pour le premier, 3 pour le deuxième, 2 pour le troisième et un seul pour le quatrième. Les récompenses sont doublées pour l’arrivée finale, mais celui qui franchit la ligne le premier n’est pas forcément le vainqueur de l’épreuve, puisque le classement final est calculé après addition de tous les points récoltés sur l’ensemble des 50 boucles du parcours.

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Le peloton s’élance pour une course de 50 km. Photo AF

“Dur de courir pendant le Carême”

Les plus rusés ce soir-là : Mohamed Amine Belabessi dans la catégorie Juniors (20 points), Billal Saada pour les Séniors (17 points) et Nassim Saidi chez les moins de 23 ans (14 points). “Je tiens à saluer le formidable travail de mon équipe ce soir”, a déclaré après la course ce dernier, pensionnaire de l’Association sportive de la sûreté nationale (ASSN), qui a réussi à placer 3 coureurs dans les cinq premiers “Espoirs”. “J’ai retrouvé la confiance après une grave blessure qui m’a handicapé toute la saison”, poursuit le jeune homme. “Mais là je suis épuisé! C’est vraiment dur de courir pendant le Carême”.

Smaïl Douzi, manager de l’équipe GSP, admet la difficulté pour tous ces jeunes athlètes de trouver la force de pédaler durant le jeûne, mais pour lui il est inconcevable de s’arrêter un mois dans une préparation physique. “Nos coureurs enchaînent avec le Tour de Côte d’Ivoire puis les championnats du monde en septembre, le mois suivant ils participeront aux championnats arabes à Annaba, ensuite au Tour du Burkina Faso et du Rwanda, avant d’arriver à leur pic de forme en février pour les championnats d’Afrique”, énumère M. Douzi. “Le cyclisme est un sport d’endurance, on ne peut vraiment pas interrompre comme ça l’entraînement pendant tout un mois. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Challenge Ramadhan a été créé : les performances ne sont pas des meilleures, mais au moins cela permet aux coureurs de se maintenir en forme”.

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Le Challenge Ramadhan “permet de se maintenir en forme”. Photo AF

Un public peu nombreux mais passionné

Difficile donc de mobiliser les cyclistes pendant le mois sacré, mais aussi les spectateurs. Ils n’étaient qu’une centaine, éparpillés tout au long du kilomètre du circuit, entre le bois des Cars et l’Université d’Alger III. La faute au Ramadhan, au jour et à l’heure tardive, avance-t-on du côté de l’organisation.

Quelques gamins du quartier sont tout de même venus acclamer leur idole, Abderahmane Mansouri, l’enfant de Dely Ibrahim aujourd’hui passé chez SOVAC, vainqueur du Challenge Ramadhan 2014 à même pas 20 ans et grand espoir du cyclisme algérien. Presque tous voisins, famille ou amis des coureurs, la flamme brille dans leurs yeux. Entre chaque passage, ils relatent avec passion les dernières épopées des coureurs du Tour de France – dont l’arrivée est prévue ce dimanche à Paris.

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Une centaine de spectateurs étaient éparpillés le long du circuit pour acclamer leurs champions. Photo AF

Problèmes d’organisation et de financement

“L’an dernier il y avait beaucoup plus de monde”, assure Rachid Fezouine, président de la FAC. “On avait installé une kheima et plein d’animations. Mais cette année on n’a pas renouvelé l’expérience parce que c’est trop d’organisation, et les inconvénients sont plus importants que les bénéfices. Nous n’avons pas besoin de susciter l’engouement pour notre sport, il est déjà là! Il n’est qu’à voir la ferveur qu’il y avait cette année sur le Tour d’Algérie [du 8 au 29 mars 2014, ndlr] et à considérer les 400 000 vélos vendus tous les ans dans le pays. Non, les deux principaux obstacles auxquels nous avons à faire face, c’est d’abord l’organisation : les mentalités sont doucement en train de changer, mais il demeure toujours extrêmement compliqué en Algérie de fermer une route pour une course. Le deuxième gros problème, c’est le prix des vélos. Depuis la fermeture de l’usine Guelma, plus aucun cycle n’est assemblé sur place et nous devons tout importer, avec une taxe à 53%. De nombreux jeunes viennent dans nos clubs, mais nous ne sommes même pas en mesure pour l’instant de leur fournir un matériel de qualité.”

2 H du matin, les derniers coureurs viennent à peine d’en terminer que la police s’est déjà empressée de rétablir la circulation. Les premières voitures se croisent sur le circuit. Dur retour à la réalité pour ce qui fut, le temps d’une soirée, le théâtre éphémère des rêves passionnés d’une poignée de fous du vélo.