Alors que les habitants de la bande de Gaza vivent leur cinquième jour sous le feux des attaques aériennes d’Israël et que le nombre total de victimes s’élève à plus d’une centaine de personnes, les Palestiniens déplorent le silence des pays arabes et musulmans.

« Ne vous faîtes pas entuber ! Les Egyptiens sont devenus fous. Ils n’ont laissé qu’une dizaine de blessés traverser la frontière alors que des centaines ont besoin de quitter la bande de Gaza à cause du manque de médicaments et de moyens pour les soigner », prévient Majed Abusalama, en voyage à Berlin, qui remue ciel et terre pour rentrer auprès de ses parents.

La nouvelle offensive israélienne, une politique de représailles sanglante pour « venger » la mort de 3 jeunes colons en Cisjordanie lancée il y a quatre jours, cible une nouvelle fois la bande de Gaza, sous le contrôle du Hamas. A ce jour, plus de 100 personnes, dont des dizaines d’enfants, ont perdu la vie sous les bombardements intensifs de Tsahal, l’armée israélienne.

Cette nouvelle opération militaire a pris par surprise Majed, alors qu’il effectue une tournée à travers l’Europe pour témoigner de la violence de l’occupation israélienne depuis les 3 derniers mois. L’entité sioniste a beau avoir évacué la bande de Gaza en 2005, sa présence reste toujours aussi pesante dans le quotidien des Gazaouis. Les plus de 1,6 million de Palestiniens, vivant sur cette parcelle de territoire, sont toujours sujet à un blocus très restrictif, décidé de façon discrétionnaire par l’Etat juif, faisaint une nouvelle fî du droit international.

« Les Egyptiens sont devenus fous »

Depuis le lancement de l’opération, Majed s’efforce de retrouver les siens. En vain. Les autorités égyptiennes lui refusent le passage au point transfrontalier de Rafah. « Depuis  juillet 2013 [ndlr période durant laquelle le Président Mohamed Morsi a été renversé par l’armée égyptienne], le passage entre l’Egypte et Gaza n’est ouvert qu’une fois tous les deux voire trois mois. Il y a plus de 10.000 Palestiniens qui attendent de quitter la bande de Gaza. J’ai fait partir des rares à sortir du territoire à cette période là. Mais impossible d’y retourner aujourd’hui », témoigne le militant de 26 ans, joint par téléphone.

Coincé hors de chez lui, l’inquiétude grimpe. Et ce d’autant plus que la réponse israélienne aux tirs de roquettes du Hamas, qui atteignent pour la première fois le nord d’Israël, est implacable. Les bombardements sont plus intenses aujourd’hui que durant les deux derniers massacres [ndrl l’opération Plomb durci en 2008 et en 2012 l’opération Pilier de Défense], observe avec crainte Majed. « Les forces militaires israéliennes le disent elles-mêmes elles ont lancé plus de missiles sur Gaza durant les deux premiers jours que lors des deux précédentes agressions », se soucie-t-il.

« Aucun endroit sécurisé »

A Gaza, personne ne s’est habitué au climat de terreur que fait régner les forces d’occupation. Il y a les avions de chasse qui survolent toute la journée et toute la nuit le ciel gazaoui, empêchant enfants comme adultes de trouver le sommeil. Il y a les bombardements bien sûr. Mais surtout les messages d’alertes envoyés par l’armée sioniste aux habitants de la bande de Gaza sur leurs téléphones portables pour les avertir d’un tir de missile imminent. Un geste philanthropique ? Loin s’en faut, cette méthode nourrit l’angoisse qui pétrifie les Palestiniens, dénonce Majed. « La maison de ma tante a en partie été détruite. C’est arrivé soudainement alors que l’un de nos voisins a reçu un message de l’armée d’occupation israélienne l’enjoignant à quitter sa maison, il l’a quittée mais rien ne s’est produit alors il y est retourné. Aucun endroit n’est sûr et sécurisé à Gaza aujourd’hui », raconte notre interlocuteur.

La peur au ventre, impossible de passer un Ramadhan tranquille dans cette prison à ciel ouvert. L’offensive israélienne a chamboulé les habitudes des jeûneurs. Depuis l’éclatement de la violence, plus de veillées noctures dans les rues de Gaza. Les habitants se terrent chez eux, dans l’espoir d’éviter un missile étranger. Majed précise : « Seul les imams qui appellent à la prière et ceux qui vivent près d’une mosquée sortent le soir après le ftour pour prier ».

Des adieux tous les jours

Loin des siens et de sa patrie martyrisée, le jeune homme est à cran. Au bout du fil, Majed ne cache pas sa tristesse. « Tous les jours ma famille me dit adieu comme si c’était la dernière fois qu’on parlait au téléphone. J’ai pleuré lorsque mon père m’a dit qu’il fallait que je prenne soin du reste de la famille, si quelque chose lui arrive. Nous avons tous si peur. Le plus dur c’est pour les enfants je n’imagine même pas l’état de stress dans lequel ils se trouvent ces derniers jours », lâche-t-il.

Lorsqu’on lui demande comment il voit les choses évoluer les prochains jours, Majed dit s’attendre à tout. « Les Israéliens sont des criminels, ils tuent les enfants et s’en prennent à des civils. Israël veut punir le peuple de Gaza alors pour éradiquer notre résistance, comme il dit vouloir le faire, il peut envahir la bande de Gaza ». Le coeur lourd, ce Palestinien dit ne pas en vouloir seulement aux Israéliens. Dégoûté, il lâche : « Je suis en colère contre tous les Arabes, l’Egypte, tous les musulmans et le reste du monde. Chaque être humain devrait réagir. Mais il en est rien et nous sommes désespéremment seuls et livrés à nous-mêmes. Après la fin du massacre, tout le monde oubliera le blocus de Gaza et l’occupation ».

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