En Algérie, pays où la religion musulmane domine, le mois de Ramadhan est rythmé par l’observation des préceptes religieux. Jeûne, prière, charité et partage sont le quotidien de la plupart des Algériens pendant ce mois sacré. Dans le même temps, nombre d’excès sont pointés du doigt : gaspillage, profusion alimentaire inconsidérée, bagarres et veillées nocturnes déraisonnables défraient la presse algérienne depuis le début du Ramadhan. Nous avons voulu savoir comment les musulmans vivent ce temps de foi et de communion dans d’autres pays. Nous avons donc demandé à des jeunes musulmans autour du monde de nous raconter leur Ramadhan.

Seddik a 21 ans. Franco-algéro-marocain, il étudie les sciences politiques à Paris. Cette année, le jeune homme passe le mois de Ramadhan à Genève, en Suisse, avec sa tante et sa cousine.

La foi musulmane, une « conquête personnelle »

Même s’il a baigné depuis l’enfance dans un univers familial arabo-musulman, Seddik considère que sa foi est le fruit d’un « conquête personnelle », menée grâce à des lectures multiples, des voyages et un apprentissage de l’arabe en autodidacte.

La transition d’un héritage familial à une foi personnelle s’est effectuée il y a deux ans, lors d’un séjour prolongé au Moyen-Orient. « Durant deux longues années, je me suis réapproprié tantôt mon identité arabe, tantôt ma foi musulmane, qui se trouvaient l’une et l’autre détachées de leur contexte culturel en France », raconte-t-il.

Seddik explique que, avant d’accomplir ce voyage, il délaissait certains piliers de la religion musulmane, notamment le salat et le zakat. « J’avais beau être un croyant véritable, il m’était donc difficile de me qualifier de « musulman pratiquant » sans manquer de crédibilité et sans me donner l’impression de me mentir à moi-même, à mes proches et, in fine, à Dieu », précise-t-il.

C’est au cours de son voyage en terre musulmane que Seddik a appris à effectuer les cinq prières quotidiennes. « Avant cela, je ne m’étais jamais donné les moyens de les réaliser, notamment parce que je ne parlais pas l’arabe », explique le jeune homme.

Le Ramadhan : pendant un mois, mettre Dieu au cœur de sa vie

Ce chemin religieux et culturel a également permis à Seddik de redonner pleinement au Ramadhan son sens. Aujourd’hui, c’est une période qu’il apprécie particulièrement. « Selon moi, le Ramadhan est une période où l’on se consacre à Dieu en tout premier lieu. Il est l’occasion de se purifier le corps et l’âme, notamment en demandant pardon pour nos péchés de l’année écoulée. Les actes de charité, surtout à l’endroit des plus démunis, sont fondamentaux durant cette période. Pour finir, le Ramadhan est aussi un exercice à la modestie et à l’humanité », détaille Seddik.

Mettre Dieu au cœur de sa vie pendant à mois, voilà l’essentiel du Ramadhan de Seddik. Peu importe dès lors la sensation de soif et de faim. « Je pense que le Ramadhan n’a rien de difficile pour quiconque a choisi, librement, de le réaliser. Pour ma part, je suis très heureux de pouvoir faire le Ramadhan car je me le représente comme une chance donnée aux croyants d’éprouver leur foi et leur amour de Dieu. Il ne me vient donc pas à l’esprit de m’en plaindre de quelconque façon que ce soit », explique Seddik. Le jeune homme reconnaît cependant que l’absence de boisson est parfois dure à supporter, et que la longueur des journées d’été rend le temps long – ces jours ci, le soleil se couche vers 21h30 à Genève.

Vivre le Ramadhan dans un pays non musulman

Comme Léna, Seddik organise méticuleusement ses journées de Ramadhan. Cette année, il travaille le matin et est donc obligé de se lever tôt. Il rattrape son sommeil l’après-midi, grâce à une sieste. Vient ensuite l’heure de la préparation du repas. S’il cuisine ? « Je ne suis qu’un gros nigaud incapable de découper un poulet sans m’arracher un doigt donc, non, je ne cuisine pas ! » En général, c’est une personne de la famille qui prépare les plats du soir. Famille, amis, voisins et parfois étrangers se réunissent ensuite dans le salon pour la rupture du jeûne. À Genève comme à Alger, la soirée se poursuit jusque tard dans la nuit. Elle prend fin au lever du soleil, vers 6h, avec un dernier repas avant le ftour.

Temps spirituel et familial, le Ramadhan de Seddik est très éloigné des contraintes matérielles qui encombrent souvent les esprits. « Le mois de Ramadhan me donne le sentiment, une fois par an, d’être en accord parfait avec ma foi », confie-t-il. « C’est un moment de grande sérénité ».

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