Que fait encore la France au Mali ?

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La France clôt l’opération Serval au Mali mais ne quitte pas le pays, ni même le Sahel, pour autant. Pourquoi l’armée française prolonge et étend sa présence dans la région ? Quel rôle l’Algérie aura-t-elle à jouer dans cette nouvelle phase d’intervention ? Éléments de réponse.

La France termine un chapitre de son intervention au Mali. Son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé le 13 juillet, veille du défilé militaire sur les Champs-Elysées, que l’opération Serval est « de fait terminée » et a « rempli sa mission ». Le Drian était dimanche l’invité de l’émission Le Grand Rendez-vous Europe 1-Le Monde-iTélé. Mais plus de 18 mois après l’envoi de contingents armés au sol, la France n’en a pas encore fini avec le Mali.

Après Serval, Barkhane

Toujours dans l’émission du 13 juillet, Jean-Yves Le Drian expliquait effectivement que l’opération Serval allait céder sa place dans les jours qui viennent à l’opération Barkhane, du nom d’une dune de sable modelée par le vent en forme de croissant. Cette nouvelle opération devrait être déclenchée officiellement mercredi, alors que le chef d’État français, François Hollande, effectue une tournée en Côte d’Ivoire, au Niger et au Tchad.

« 3.000 militaires en tout »

« Le président de la République a souhaité qu’il y ait une réorganisation de nos forces dans la zone », a expliqué Jean-Yves Le Drian à l’antenne d’Europe 1. « 3.000 militaires en tout », dont la plupart sont déjà actifs au Sahel, seront déployés pour cette nouvelle mission, a indiqué le ministre de la Défense français, ajoutant que des « drones, des hélicoptères, des avions de chasse » seront aussi mobilisés pour avoir « la réactivité nécessaire ».

Objectif de l’opération Barkhane : déjouer la (re)constitution de groupes djihadistes entre la Libye et et l’Océan Atlantique. « Maintenant il y a le souci pour nous et pour les pays de la zone de veiller à ce qu’il n’y ait pas de recrudescence » du terrorisme car « il y a toujours des risques majeurs de développement de jihadistes dans la zone qui va de la Corne d’Afrique à la Guinée-Bissau », a précisé le ministre à l’antenne.

Interrogé sur la durée de cette opération, il a reconnu que la France est visiblement partie pour rester longtemps dans la région puisque l’opération Barkhane implique une « présence durable » au Sahel.

Avec une mission étendue à une zone géographique plus vaste et d’une durée indéfinie, la France veut-elle camper le rôle de gendarme du Sahel ? Soupçonnée d’endosser un tel uniforme, le gouvernement français s’en défend, avançant une raison purement sécuritaire à la prolongation de son engagement en Afrique du Nord. Il s’agit d' »empêcher que ce que j’appelle l’autoroute de tous les trafics ne devienne un lieu de passage permanent, de reconstitution des groupes djihadistes entre la Libye et l’océan Atlantique, ce qui entraînerait ensuite des conséquences graves pour notre sécurité. C’est notre sécurité qui est en jeu ! », a ainsi justifié Jean-Yves Le Drian au micro d’Europe 1.

La France n’envisage d’ailleurs pas d’agir seule, comptant sur ses alliés dans la région. « Ça se fait en partenariat avec les cinq pays de la zone sahélo-saharienne », à savoir le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, a ainsi reconnu le ministre chargé de piloter cette opération.

L’Algérie en intermédiaire politique

L’Algérie ne fait pas partie du dispositif Barkhane mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elle n’a pas un rôle à jouer. C’est sur le plan politique que les autorités algériennes œuvrent de leur côté. Et tandis que François Hollande se rend dans la région pour « promouvoir » l’opération Barkhane, Alger accueillera à partir de mercredi les négociations entre le gouvernement malien et les groupements armés afin de trouver une issue à la crise que traverse le pays depuis presque 2 ans. Ce retour à la table des négociations est le premier depuis le 18 juin 2013 et la réunion entre l’ensemble des parties prenantes au conflit. La réunion du 18 juin 2013 avait abouti à l’organisation d’élections présidentielles et législatives au Mali. Quelle sera l’issue de la rencontre à Alger du 16 juillet ? Dossier à suivre…