Les résultats du baccalauréat 2014 ont été rendus publics il y a quelques jours. Mais certains résultats étonnent les bacheliers et leurs parents. Beaucoup de bons élèves se plaignent des notes obtenues et réclament à revoir les corrections. Le problème ne date pas d’aujourd’hui chez les bons élèves, mais prend cette année une ampleur étonnante.

Nous avons essayé en tant qu’enseignants de dire que l’erreur est impossible lors de la correction, chaque copie étant corrigée au moins deux fois. Mais l’erreur peut survenir lors de la saisie des notes et la recherche du numéro du candidat, car les copies d’un même candidat sont corrigées dans différents centres de correction et sont ensuite rassemblés dans un même centre.

Tout ce remue-ménage créé lors de la réforme de la correction, où la délibération est devenue informatisée, a rendu le manque de transparence et de confiance flagrant. Pour illustrer notre propos, nous allons comparer les deux méthodes, l’ancienne et la nouvelle.

Avec l’ancienne méthode, dès le début de la correction, chaque correcteur savait qu’il avait droit à au moins deux jurys, et il était sûr de délibérer avec l’un deux et par là vérifier aussi bien son écriture, sa signature et sa note, car toute rature sur la note était mentionnée. La saisie des notes était toujours vérifiée manuellement par les correcteurs une première fois avant leur saisie informatique, et la déclaration des écarts qui dépassaient 3,5 points était signalée par voie informatisée et manuelle une deuxième fois. Une fois la correction terminée, les correcteurs étaient désignés membres d’un jury dans toutes les matières et vérifiaient une troisième fois leur feuillet où était reportée leur note avec leur signature. Dans le cas des 9.99 ou 11.99 ou 15.99 ou 17.99, ils pouvaient intervenir sur leur feuillet, à condition que le jury accepte, pour sauver certains candidats qui le méritaient : c’était une vrai délibération, sans aucune faille. De plus les résultats avaient un certain charme puisque, une fois que le jury terminait sa délibération, les enseignants allaient vers leurs élèves pour leur annoncer la réussite ou l’échec. Les élèves vivaient pendant deux jours un stress incroyable mais inoubliable, qui marquaient leur esprit à vie. À l’annonce des résultats, nous assistions à des explosions de joie, de pleurs, de rires, et c’était la fête. La crédibilité des résultats du Bac n’était pas mise en accusation.

Aujourd’hui, les copies d’un même candidat, qui portent donc un numéro unique, sont corrigées dans plusieurs wilayas, pour être ensuite rassemblées dans un même centre. Aucun travail manuel n’est fait pour la délibération, seul le micro délibère. Le risque de décalage dans les saisies ou de mauvaise saisie existe, sans que le correcteur puisse vérifier ses notes sur le feuillet. La transparence a disparu, et le charme des résultats du baccalauréat s’est atténué. Les résultats sont souvent remis en cause.

Nous nous posons souvent la question de savoir pourquoi avoir créé tout ce remue-ménage – différents centres de correction pour la correction des copies du même candidat. Ce n’est que de l’argent et du temps perdus. Dans notre pays, on déforme dans la réforme et on casse tout ce qui fonctionne.

Partout dans le monde, l’enseignant est respecté. Aucune méfiance n’existe puisque, dans des pays développés, les sujets sont déposés 48 h à l’avance dans les bureaux des proviseurs. Les copies à corriger sont remises aux enseignants ayant des classes de terminale, et la correction se fait ou bien d’une façon collective, dans une salle qui réunit les professeurs d’une même matière, ou bien individuellement – l’enseignant corrige son quota de copies et les remets pour une deuxième correction avant les délibérations. Chez nous, il y a partout du trafic et tout le monde se méfie de tout le monde. Et ce manque de confiance a augmenté les tricheries.

Hakem Bachir, professeur de mathématiques au lycée Colonel Lotfi d’Oran

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