« Je ne comprends pas ce que nous sommes en train d’attendre », déplorait l’ultranationaliste, Avigdor Lieberman, chef de la diplomatie israélienne qui réclamait une opération d’envergure contre le Hamas à Gaza, il y a quelques semaines. Au sein du pouvoir politique israélien, la droite nationaliste radicale est bien ancrée. Un terreau, propice à déclencher la stigmatisation des arabes en Israël.

Le conflit israélo-palestinien est monté d’un cran avec l’incursion de Tsahal dans la bande de Gaza. L’armée israélienne entamait vendredi sa dix-huitième journée d’offensive dans la bande de Gaza, au lendemain d’un tir d’obus israélien qui a tué 15 personnes dans une école de l’ONU. Le bilan ne cesse de s’alourdir avec plus de 815 morts côté palestinien et 36 côté israélien.

Tsahal mène l’offensive sur Gaza

« S’il n’y a pas de cessez-le-feu, il y aura le feu », menaçait Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, le 15 juillet dernier. Quarante-huit heures plus tard, Tsahal lançait ses chars à l’assaut de la bande de Gaza, déjà éreintée par dix jours de bombardements. Sept jours plus tard, le bilan s’établissait à 583 morts et plus de 1600 blessés côté palestinien, contre 26 morts israéliens, tués lors des affrontements contre le parti islamiste au pouvoir à Gaza.

Des trois jeunes colons israéliens exécutés en Cisjordanie le mois dernier et de l’adolescent arabe brûlé vif le 1er juillet en Israël, en guise de vengeance, là n’est plus la question. La poudre a pris feu et les populations se retrouvent à nouveau dans le cycle de la terreur. À Gaza, les Palestiniens n’ont ni refuge pour se protéger des roquettes israéliennes, ni sortie de secours pour les fuir.

De « Pluies d’été » en 2006 à « Pilier de défense » en 2012, les précédentes opérations israéliennes n’ont jamais atteint leur objectif d’anéantir les capacités militaires du Hamas. Au contraire, le mouvement islamiste est sorti à chaque fois renforcé de ces affrontements, confirmant presque sa légitimité de porte-étendard de la résistance au sionisme.

Le gouvernement israélien gangréné par l’extrême droite

Fondé en 1999, le parti nationaliste et d’extrême droite, Israel Beitenou – Israël notre maison – avait obtenu lors de sa première participation aux élections la même année, 2,6% de l’électorat. Deux ans plus tard, le président de cette formation laïque d’extrême droite, Avigdor Lieberman, entre au gouvernement. En 2009, plus de 12% des électeurs israéliens votent pour Israel Beitenou. Lors du scrutin de 2012, le parti de Lieberman s’est présenté en coalition avec le Likoud. Les deux formations capteront ensemble plus de 23% des électeurs israéliens.

Depuis, la tendance d’ultra-droite aussi présente dans le Likoud a gangrené un poids en interne encore plus grand. Comme le rappelle son programme, le parti de Benyamin Netanyahou affirme vouloir mettre fin au « phénomène d’infiltration des Africains en Israël par la construction de la barrière de sécurité avec l’Égypte ».

Israël, forcée de partir en guerre par ses élus les plus durs ?

Julien Salingue, chercheur en sciences politiques et spécialiste du conflit israélo-palestinien, explique : « L’extrême droite gouverne avec Netanyahou en vertu d’une alliance qu’il a lui-même voulue. S’il est otage, il ne l’est que de lui-même. Il lui a aussi fallu prendre en compte le déferlement de haine et d’appels à la vengeance qui a traversé la population. »

En effet, le ministre des Affaires étrangères israélien n’est autre que Avigdor Lieberman, fondateur du parti d’extrême droite Israel Beitenou. Réputé pour ses déclarations hostiles aux Arabes, Avigdor Lieberman prône notamment l’expulsion des Arabes israéliens vers les territoires palestiniens. Sans pour autant quitter le gouvernement, le ministre des Affaires étrangères a annoncé qu’il rompait son alliance politique avec le Likoud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Ce n’est plus un secret qu’il y a des désaccords fondamentaux qui ne permettent plus de travailler ensemble. Nous nous séparons et allons établir une faction séparée », annonçait Avigdor Lieberman, qui s’oppose à Benjamin Netanyahu notamment sur la question d’une intervention militaire massive à Gaza, lors d’une conférence de presse au Parlement, le 07 juillet dernier.

Le parti de Avigdor Lieberman, Israel Beiteinou avait présenté une liste commune avec le Likoud aux élections législatives de janvier 2013. « Notre réalité quotidienne, c’est la présence de centaines de missiles détenus par une organisation terroriste qui peut décider de les utiliser à n’importe quel moment et c’est inacceptable », disait Lieberman en faisant allusion au Hamas palestinien qui contrôle la bande de Gaza.

Peu avant l’intervention de l’armée israélienne, Lieberman multipliait les appels à « réoccuper la bande de Gaza », plaidant pour la « destruction immédiate des usines de missiles et des infrastructures terroristes à Gaza. » Le premier ministre israélien appelait à l’inverse, à « agir de manière responsable et garder la tête froide », en réponse à ces déclarations agressives.

Si les extrêmes ont le vent en poupe en Israël, c’est bien « parce que son parti, le Likoud, les a légitimés et qu’il a discrédité le processus de paix » commente Julien Salingue. Pour l’universitaire, le Hamas n’avait quant à lui aucun intérêt à la confrontation, alors que la réconciliation avec le Fatah, au pouvoir en Cisjordanie, pouvait enfin aboutir après des années d’échec. « Mais après l’assassinat de sept militants de sa branche armée, le 07 juillet, il aurait été impossible pour le Hamas de justifier une position passive, et il s’agissait aussi de ne pas se laisser déborder sur le terrain de la résistance par les autres mouvements gazaouis », analyse-t-il.

Force est de constater qu’en Israël, l’extrême droite n’est pas un phénomène marginal. Elle participe activement au pouvoir. Elle est même dans le pouvoir en détenant des postes clés du gouvernement national depuis près de quinze ans. Cette droite agressive est favorable à la colonisation des territoires palestiniens, à l’expulsion de ses habitants historiques et à la guerre totale contre Gaza. Elle exerce une influence considérable sur la stratégie belliqueuse du gouvernement de Benyamin Netanyahou, et est à l’origine de ce conflit incessant.

Tribune libre de Malik IBRAHIM, Consultant-Analyste Risque Pays