Un avion de la compagnie Malaysia Airlines s’est écrasé jeudi midi à l’est de l’Ukraine. Plusieurs sources concordantes indiquent que le Boeing 777-200ER a été touché par un missile sol-air. En l’absence d’indications sur la provenance du tir, séparatistes pro-russes et autorités ukrainiennes s’accusent mutuellement d’être responsable du drame.

298 victimes du crash

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Le vol 777-200ER de la Malaysia Airlines devait relier Amsterdam (Pays-Bas) à Kuala Lumpur (Malaisie). Mais, quelques heures après son décollage, l’avion s’est écrasé à l’est de l’Ukraine, dans la région de Donetsk où s’affrontent depuis plusieurs mois forces gouvernementales et séparatistes pro-russes.

L’avion transportait 298 personnes à son bord, dont 15 membres d’équipage. Aucun passager n’a survécu. Dans un communiqué publié tôt ce matin sur son site Internet, la Malaysia Airlines a indiqué que l’identification des victimes était en cours. La compagnie a donné les premières informations sur la nationalité des passagers du vol : 154 Néerlandais, 43 Malaisiens, 27 Australiens, 12 Indonésiens, 9 Britanniques, 4 Allemands, 4 Belges, 3 Philippins et 1 Canadien. La nationalité des 41 passagers restants n’a pas encore été divulguée. Y avait-il des passagers algériens dans cet avion ? Rien ne permet encore de le dire et les autorités diplomatiques algériennes n'ont encore communiqué aucune information. Avant de dévoiler ces informations, la Malaysia Airlines doit contacter, une à une, les familles des victimes.

Par ailleurs, selon plusieurs quotidiens australiens, une centaine de passagers se rendaient à la conférence mondiale sur le sida organisée à Melbourne. Il n’a pour le moment pas été possible de vérifier cette information.

Guerre médiatique entre la Russie et l’Ukraine

Rien ne pouvait annoncer la catastrophe. Même si des combats sont en cours dans la région depuis plusieurs mois, l’espace aérien semblait jusqu’à présent épargné par le conflit, essentiellement terrestre. « La route empruntée par l’appareil avait été déclarée sûre par l’Organisation mondiale de l’aviation civile, et celle-ci a précisé que l’espace aérien traversé par l’appareil n’était sujet à aucune restriction ».

L’avion aurait pourtant été victime d’un tir de missile et donc, indirectement, du conflit en cours. Quelques heures après le crash de l’appareil, le vice-président américain, Joe Biden, a affirmé aux médias que « l’avion a été abattu ». Une hypothèse ensuite reprise par des officiels américains et par l’agence de presse ukrainienne Interfax, qui ont indiqué que l’avion avait été abattu par un missile sol-air de longue portée. Les autorités aériennes ukrainiennes et les services de renseignement américains ont, de leur côté, affirmé que des analyses satellites avaient permis de confirmer l’hypothèse d’un tir de missile sol-air. L’analyse des boîtes noires (l’une a été retrouvée par les secouristes, l’autre serait aux mains des séparatistes) devrait permettre d’en savoir plus sur les circonstances immédiates du crash, et donc de confirmer ou d’infirmer la thèse d’un tir de missile.

Mais l'analyse des boîtes noires ne permettra pas d'identifier l’origine du tir. Afin de savoir qui des séparatistes pro-russes ou de l’armée ukrainienne a tiré sur l’avion, les experts devront analyser les traces d’explosifs retrouvées sur les débris de l’appareil. Des réponses pourraient également être apportées par les « enregistrements radars des avions espions et des systèmes d’écoute de l’OTAN », explique Radio France Internationale. Depuis le début des combats, l’OTAN suit, en effet, de très près la situation en Crimée et dans l’est de l’Ukraine.

Pour l’heure, en l’absence de preuves, les deux camps se renvoient la balle. Le président ukrainien, Petro Porochenko, a assuré que l’armée ukrainienne n’utilisait pas de missiles sol-air dans la région de Donetsk, pour la simple raison que les rebelles ne possèdent pas d’avions. Il a accusé deux responsables des services de renseignement militaire russes, fournissant comme preuve les interceptions de conversations téléphoniques diffusées par le renseignement ukrainien et traduites en anglais par le site Kyiv Post.

Crash en Ukraine : les enregistrements qui... par lemondefr

Parmi les éléments qui pourraient venir corroborer les accusations portées contre les séparatistes, le quotidien français Le Monde rappelle que, le 29 juin dernier, les forces pro-russes avaient annoncé s’être emparés d’une batterie de missiles sol-air sur une base militaire ukrainienne dans la région de Donetsk.

Mais les séparatistes ont assuré que leurs missiles ne pouvaient atteindre une cible au-delà de 4 000 mètres. « Nous n’avons pas les armes pour toucher un avion à cette altitude [10 000 mètres] » assuré le vice-premier ministre de la République populaire de Donetsk, Andreï Pourguine, au New-York Times.

De son côté, le président russe, Vladimir Poutine, a accusé l’Ukraine d’être responsable de la « tragédie ». Selon Poutine, le crash « n’aurait pas eu lieu si la paix régnait dans ce pays, si les opérations militaires n’avaient pas repris ».

Bavure ou tir volontaire ?

Selon un spécialiste militaire français interrogé par Le Monde, le tir qui a entrainé le crash de l’avion de la Malaysia Airlines est forcément un acte volontaire. « Pour abattre un avion de ligne, il faut disposer d’un système d’armement sophistique de défense antiaérienne, » a expliqué, sous couvert de l’anonymat, ce spécialiste. En effet, comme l’explique Le Monde, « ce type de batterie de missiles se compose principalement d’un radar pour repérer l’avion, d’un poste de commandement pour le cibler et décider de l’abattre et enfin d’une plateforme de lancement des missiles pour l’abattre ». Or, un tel dispositif ne peut être mis en place que par un groupe de combattants organisé et capable d’effectuer une manœuvre aussi pointue.

Afin de permettre aux enquêteurs de mener leurs recherches, les séparatistes pro-russes ont accepté un cessez-le-feu provisoire, et un couloir humanitaire sera ouvert dans les prochaines heures.