Le Ramadhan, mois de l’intolérance religieuse en Algérie ? Après les déclarations intolérantes des salafistes contre les non-jeûneurs, on apprend dimanche qu’un Algérois de 30 ans a été agressé par un agent de sécurité qui le suspectait de ne pas jeûner.

La scène s’est produite dans un centre commercial privé de la capitale, le centre commercial El Qods de Cheraga. Contacté par téléphone, Douaib Laadjal raconte.

« Je travaille dans le centre commercial. Comme je ne jeûne pas, je suis allé manger un sandwich dans un escalier de secours. Quand je suis retourné à l’intérieur du bâtiment, un agent de sécurité est venu vers moi et m’a demandé, de manière agressive, ce qu’il y avait dans mon sac. Je lui ai répondu calmement que c’était du pain. Et là, sans que j’ai le temps de le voir venir, il me donne un coup de poing. Deux autres agents viennent nous séparer, je préviens que je vais porter plainte, et l’auteur du coup me menace. Finalement, je retourne au travail. Vers 18h30, je m’apprête à rentrer chez moi. Dans le hall du bâtiment, je vois le même agent de sécurité avec un petit groupe de jeunes. Il est en train de les chauffer à blanc pour qu’ils me tabassent. Ils m’insultent, l’un d’eux me dit : « Tu fais pas le Ramadhan, t’es pas un homme ». Je reçois un deuxième coup de poing. Quelques passants regardent la scène, essaient mollement de nous séparer tout en me signifiant que c’est bien fait pour moi. Mais ils ne m’avaient même pas vu manger, tout ça est parti d’un sandwich découvert dans mon sac ! »

Douaib Laadjal a décidé, par la suite, porter plainte. « Je ne sais pas si ma plainte aboutira, mais elle permettra au moins de relancer le débat et d’exposer la contradiction », explique Laadjal. Car sa décision de ne pas jeûner est un acte politique. « Avant, je faisais le Carême, comme tout le monde. Mais depuis 4 ans et le début de la répression des non-jeûneurs, je ne jeûne plus. C’est une position politique », nous assure-t-il. « Je suis dans mon droit, aucune loi n’interdit de manger pendant le Ramadhan et les libertés de culte et de conscience sont inscrites dans la Constitution », ajoute-t-il.

Laadjal souligne le tabou qui entoure le jeûne. « On ne peut pas remettre en question le jeûne, ce n’est pas normal », estime-t-il. Selon lui, cette forme d’extrémisme religieux permet de « détourner l’attention des vrais problèmes ». « Un peu d’islamisme sert le pouvoir », conclut-le jeune homme.

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