Ces 7 insupportables clichés sur les Algériens Par Abdou Semmar

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Abdou-Semmar1C’est bien connu, l’Algérien, quand il met un pied à l’étranger, est souvent caricaturé et stigmatisé par de nombreux clichés. Des clichés qui le réduisent à un être violent, nerveux, frustré sexuellement et ne se passionnant que pour le football. Ces clichés sont également, et surtout, colportés par les Algériens, sur eux-mêmes dans leur propre pays.  

Une caricature qui reflète bien cette incapacité maladive des Algériens lorsqu’il s’agit de promouvoir leur personnalité, leur culture, leur patrimoine ou leur pays à l’étranger. Une caricature qui illustre aussi l’incapacité de nos autorités à nous doter d’un soft power pour nous permettre de rayonner dans le monde entier. L’Algérie ne réussit toujours pas à séduire et à influencer les étrangers par sa culture ou son modèle socioculturel. Méconnue, effacée sur la scène internationale et renfermée sur elle-même, l’Algérie est devenue une usine qui fabrique des clichés.

1-    L’Algérien est donc nerveux et agressif. C’est le poncif qui tue tout débat sur notre identité. Le nombre effroyable des accidents de la route, la mauvaise humeur presque permanente dans nos rues et places publiques, les bagarres quotidiennes, l’incivisme et le climat tendu qui règne dans nos administrations ont longtemps nourri ce cliché qui frappe chaque Algérien dès sa naissance. Comme si nous étions tous formatés pour devenir infréquentables. Même les séries télévisées diffusées chaque Ramadhan sur nos télévisions nationales accordent une large promotion à ce poncif.

2-     L’Algérien est également un frustré sexuel. Il drague tout ce qui bouge, il veut coucher avec toutes les filles de la terre. Le sexe est sa priorité absolue et il cherche à assouvir ses besoins au détriment des autres. Mais les Algériens sont-ils tous pareils ?

3-    L’Algérien est raciste ! On le dit régulièrement surtout lorsqu’on voit comment les migrants subsahariens sont violentés dans les villes algériennes. Et pourtant, l’Algérien reçoit généreusement ses invités étrangers – dès lors qu’ils ne viennent pas du sud du Sahara.

4-    L’Algérien ne connait que le football. Oui, l’Algérien ne manifeste dans la rue qu’à l’occasion des matchs de football de son équipe nationale. Il met de l’ambiance et bloque la circulation automobile. Dans ses discussions, il n’y a de place que pour le football. Il va jusqu’au Soudan pour soutenir son pays et défier l’adversaire. Mais quand il s’agit de se mobiliser pour la démocratie de son pays, il est aux abonnés absents. C’est une vérité et un cliché à la fois car si le stade de football n’était pas le seul espace public qui l’accueille en l’acceptant tel qu’il est, l’Algérien d’aujourd’hui pourrait voir plus loin que le bout de son ballon de foot…

5-    L’Algérien est chauvin. On le dit souvent depuis un certain 5 juillet 1962. L’Algérien est un nationaliste féru qui met son pays au-dessus de tout. Là où il va, il traine un drapeau algérien derrière lui. Même dans un match opposant la Finlande aux Iles Féroé, on retrouve un drapeau algérien qui flotte. Même lors de l’élection de Miss Tahiti, un Algérien se présente pour brandir son drapeau et entonner son fameux One, Two, Tree, Viva l’Algérie ! Oui, tout cela est vrai. Mais si l’Algérien avait la possibilité de rencontrer davantage l’autre et découvrir le reste du monde avec son passeport vert maudit, il pourrait peut-être trouver une autre référence dans sa vie que son pays.

6-    L’Algérien frappe sa femme. L’Algérien cultive la violence conjugale comme il cultive ses fruits et légumes. La femme algérienne est violentée à longueur de journée. On entend ce jugement, un peu trop hâtif, depuis des années. Certes, la violence conjugale existe en Algérie et la violence à l’égard des femmes atteint quelques fois un seuil alarmant. Mais les langues se délient pour dénoncer ce fléau et de nombreux acquis ont été arrachés par les femmes. La nouvelle génération d’Algériens est plus mature et beaucoup moins violente par rapport à la précédente.

7-    L’Algérien est un grand fainéant qui refuse de travailler. Il ne faut donc jamais recruter un Algérien car aucun chantier ne sera livré dans les délais. Il rouspète tout le temps et ne respecte aucune consigne. La journée du travail de l’Algérien commence souvent à 10 H et finit presque toujours à 15 H… Vrai peut-être. Mais si l’Algérien était davantage considéré dans son travail, mieux rémunéré, et placé dans de meilleures conditions de travail, ne serait-il pas capable de produire plus et de donner le meilleur de lui-même ?

Disons que ces clichés puissent leur origine dans une certaine vérité. Mais aucune vérité ne justifie qu’on caricature tout un peuple pour l’enfoncer dans le cercle vicieux des préjugés. Et qu’a-t-on fait pour déconstruire ces clichés ? Presque rien ! Notre pays n’est nullement connu dans le monde entier en dépit de notre histoire millénaire et notre chaleur humaine. Le génie algérien dont les manifestations et les œuvres datent de plusieurs siècles n’est guère mis en valeur. Notre pays ne participe qu’à deux grands évènements mondiaux : la Coupe du Monde de football et les Jeux Olympiques. Exceptés ces deux évènements internationaux, notre drapeau national ne flotte nulle part. Que font nos ambassadeurs, nos diplomates en poste à l’étranger ? Que font-ils pour promouvoir notre pays ou du moins pour le faire connaitre dans sa véritable nature ? Pourquoi ne pas exposer notre patrimoine dans des foires internationales, organiser nos propres évènements d’envergure mondiale et travailler sérieusement l’image de notre pays ? Pourquoi notre musique qui traverse les frontières de tous les pays n’est pas utilisée pour véhiculer nos véritables valeurs nationales ?

Avec ses ressources, son intelligence collective, son histoire millénaire et sa culture plurielle, l’Algérie a de quoi s’offrir un précieux soft power. Mais pour ce faire, il nous faut un régime compétent, représentatif de sa population, légitime et engagé sur la voie du développement. À défaut de ce régime, notre pays se vautre dans ses clichés. Et nos concitoyens sont stigmatisés par ce qu’ils disent eux-mêmes sur les interlocuteurs étrangers lors des rares échanges qu’ils établissent avec le reste du monde…