Deux semaines jours pour jour après le crash du vol AH 5017 affrété par Air Algérie, le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA) a tenu une première conférence de presse, ce jeudi 7 août à 14h heure française.

Peu d’informations ont été dévoilées par le BEA au cours de cette conférence de presse tenue conjointement par le président de la commission d’enquête malienne et le président du BEA, Rémi Jouty. « Les seules données certaines que nous avons pour le moment, ce sont celles que nous vous avons données », a ainsi déclaré Rémi Jouty.

Une chute vertigineuse

Première information révélée par le BEA, l’avion ne s’est pas désintégré en vol mais suite à un choc d’une grande violence. Grâce aux données de l’enregistreur de vol (qui enregistre en continu près de 90 paramètres), le BEA a pu reconstituer la trajectoire de l’avion, présentée à la presse sous forme de schéma. « Globalement, on observe une trajectoire dirigée vers le nord », a expliqué Rémi Jouty. « On constate des écarts de route relativement modérés, qui ressemblent typiquement à ceux effectués dans une situation orageuse, pour contourner un système orageux », a-t-il précisé. « À 1h15, l’avion atteint son altitude de croisière. Puis, 2 minutes après le début de la croisière, il y a une diminution progressive de la vitesse, à altitude constante. Ensuite, l’altitude commence elle aussi à diminuer progressivement », a détaillé le président du BEA.

Un zoom sur la partie finale de la trajectoire permet de constater que, à une vitesse d’environ 160 nœuds, l’avion effectue un virage sur la gauche et se met à perdre rapidement de l’altitude. Des changements d’altitude et d’inclinaison assez importants ont lieu pendant ce mouvement. L’avion continue ensuite à descendre tout en continuant à tourner. Le dernier point enregistré par la boîte noire correspond à une altitude de 490 mètres pour une vitesse de 380 nœuds (740 km/h). Il s’agit donc d’une « vitesse descendante extrêmement importante » a commenté Rémi Jouty, précisant qu’il n’y avait qu’une seconde entre le dernier point enregistré et le moment de l’impact.

Un rapport d’étape sera présenté mi-septembre

« Le travail continue pour essayer de comprendre cette trajectoire, grâce à la validation des paramètres de vol », a déclaré Jouty. Comme expliqué par le président de la commission d’enquête du Mali, 3 groupes de travail ont été formés. Le premier doit produire une représentation graphique des débris sur le site de l’accident ; le second va restituer le déroulement du vol à partir des paramètres enregistrés ; et le troisième aura pour tâche de collecter les informations du contrôle aérien. « Ces groupes se sont immédiatement mis au travail et fourniront un rapport d’étape mi-septembre », a précisé le président de la commission d’enquête malienne.

Un des enregistreurs « assez endommagé », sa bande magnétique « inintelligible »

La radio française Europe 1 révélait ce matin qu’une des deux boîtes noires de l’appareil n’aurait pas fonctionné lors du vol. Ces informations ont été précisées par le président du BEA.

Le CVR [cockpit voice recorder] a été « assez endommagé par l’impact de l’accident », a ainsi déclaré Rémi Jouty. « La bande magnétique a pu être extraite du boîtier protégé, elle était un petit peu endommagée, rompue et froissée par endroits, mais le laboratoire du BEA a pu remettre en état cette bande magnétique, et elle a pu être lue. Cependant, les enregistrements sur cette bande se révèlent, à ce jour, inexploitables. Il est trop tôt pour savoir s’il y a un espoir ou pas d’arriver à quelque chose de ce côté là », a-t-il ajouté.

Interrogé à plusieurs reprises sur ce point par les journalistes présents dans la sale, Rémi Jouty a précisé qu’ « il y a du signal sonore enregistré sur la bande, mais [que] ce signal sonore est inintelligible à ce stade ». Cela signifie que l’appareil enregistrait, mais qu’il y a eu un dysfonctionnement.

Du fait de ce dysfonctionnement, les enquêteurs devront se fonder sur d’autres enregistrements pour rendre compte des messages des pilotes au cours du vol. « Le BEA collecte les données de communication qu’a pu avoir l’équipage, avec des organismes au sol ou avec d’autres avions », a expliqué Rémi Jouty.

Enquêter et non sanctionner

Dans l’ensemble, les deux interlocuteurs de cette conférence de presse se sont montrés très prudents. Le président du BEA a assuré qu’aucune piste n’était à ce jour exclue par les enquêteurs. Répondant à la question d’un journaliste, il a déclaré que le BEA ne pouvait, à ce stade, « exclure la thèse d’une action délibérée », ajoutant qu’il ne pouvait pas en dire plus pour l’instant. Il a, toutefois, tenu à préciser qu’il n’y avait pas, sur le site du crash, « de choses qu’on ne s’attendait pas à trouver dans l’avion ».

De son côté, le président de la commission d’enquête malienne a réaffirmé que l’objectif de l’enquête était de déterminer des causes et non de prévoir des sanctions. Il a rappelé que des procédures judiciaires étaient en cours dans plusieurs pays concernés par le crash.